S’il est un mot qui peuple les soirées d’été c’est bel et bien celui de « festival ». Il est partout et démultiplié des milleirs de fois. De toutes les tailles. Avec tous les contenus. Composé de toutes les formules. Accueilli dans tous les lieux. Local, national ou international selon les appellations. Pas un jour sans que le statut de festivalier.ière soit accordé à des milliers de personnes passionnées ou simplement intéressées qui le reste du temps sont des sepctateurs.trices.

En 2018, la centaine des plus importants avaient attiré officiellement la bagatelle 7,1 millions de spectateurs. Tous, soit 4,5 % de plus que l’année précédente. Il faut dire que ces événements musicaux ne cessent de grossir : 22 d’entre eux ont ajouté une ou plusieurs journées à leur agenda de l’an passé.  Ils atteignent parfois des tailles inquiétantes en raison des aléas climatiques pouvant remettre en cause leur équilibre financier.

De plus en plus spécialisés ils représentent la diversité exceptionnelle de la création artistique. Absolument tous les secteurs possèdent leurs moments privilégiés où s’expriment des photographes, des vidéastes, des cinéastes, des danseurs.euses, des musiciens.nes, des comédiens.nes ; des peintres… Partout du plus petit village aux métropoles les opportunités estivales foisonnent à tel point que l’on parle parfois de « guerre » entre les organisateurs.trices.

Les rivalités sont exacerbées car pour mobiliser le public il devient de plus en plus indispensable de récupérer des têtes d’affiche puisque désormais la découverte de nouveaux talents n’appartient plus aux habitudes des spectateurs.trices. Ils veulent absolument des vedettes indiscutables, des noms rentables puisque désormais tout festival à une dimension économique.

On va même vers une privatisation, une accaparation de certains événements par des organisations privées à but éminemment lucratif. L’esprit initial de ces rendez-vous entre passionnés impliquant la population, les ressources locales, les responsables bénévoles tend à disparaître. Le modèle d’origine, synthèse de l’esprit français conjuguant débrouillardise, engagement et surtout plaisir simple du partage s’étiole face à la pression des obligations multiples. C’est donc toujours un vrai plaisir de découvrir des initiatives inscrites dans la durée justement parce qu’elle sont des « bijoux » modestes mais durables car ne nécessitant pas de précautions exceptionnelles.

Tout doit y respirer la passion sans laquelle il n’y a pas de festival authentique. Peu importe le thème mais il faut ressentir dans la programmation et dans sa mise en œuvre une envie de donner aux autres. Ce n’est pas pour rien que la notion est née dans le Nord de la France, en pleine zone ouvrière, avec une sorte de rassemblement des orphéons, fanfares emblématiques de la culture populaire.

Il faudra attendre les années cinquante pour quelques grands rendez-vous récurrents en un lieu précis soient inscrits dans la période estivale. Ils vont souvent rendre célèbres, grâce à cette envie d’attirer des passionné.e.s, des communes qui vivaient malheureuses car cachées. La vie associative citoyenne y prend toute sa valeur et donnent une touche sympathique à ces événements qui mobilisent parfois des foules largement supérieurs au nombre d’habitant.e.s.

Qui dans la période actuelle de mondialisation connaîtrait et qui aurait l’idée saugrenue de partir en France pour La Chaise-Dieu, Marciac, Uzeste, Carhaix, Clisson, Aulnoye-Aymeries, Cajarc, Mirande, Vertheuil,… ou Luxey ? C’est la dynamique d’une poignée de convaincu.e.s qui leur a valu de devenir célèbres. Certains ont atteint des dimensions gigantesques mais d’autres ont su allier notoriété et vie villageoise. On y participe autant pour la programmation que pour l’ambiance générale. Bien des festivalier.e.s ont trouvé quelque part leur Woodstock secret où ils trouvent une opportunité de se retrouver, d’échanger, de partager et de vivre souvent intensément une rencontre avec « leur » musique. Ils ne se rendent plus dans ces communes par hasard.

Bien entendu d’autres cités ont fait l’inverse et ont créé de toutes pièces avec des budgets souvent considérables « leur » festival afin de maintenir voire de développer leur image culturelle. L’industrie festivalière se développe chaque année davantage et quasiment aucune grande ville ne se vante pas d’avoir inventer le plus attrayant des rendez-vous spécialisé. La passion n’est pas parfois au rendez-vous. Elle a été remplacé par le marketing compte-tenu des retombées économiques constatées. Cette dimension sonnante et trébuchante de la culture a donc tendance à s’amplifier. La concurrence fait rage ! On s’arrache les têtes d’affiches. On réserve des dates très longtemps à l’avance. On déploie des moyens considérables. On ne s’adresse plus à des festivalier.e.s mais à des client.e.s. !

La découverte n’a plus sa place alors qu’elle devrait être au cœur de ces moments réputés exceptionnels. La terre des festivals estivaux recèle pourtant bien des pépites culturelles qu’il faut chercher sans à priori dans une immense liste !

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