France

Mais que va-t-on faire dès cet après-midi si l’on est en vacances ou un rare pensionné heureux ? Fini le plaisir de faire la sieste devant une étrange lucarne distillant les images de la France vue du ciel entrecoupées par celle de pelotons de pédaleurs ou de quelques autres égayés sur des départementales ! Finie l’expédition pour aller quérir auprès d’une caravane de marchands du temple cycliste, après des heures d’attente des dosettes de café, des bouteilles d’eau minérale, des gadgets de supermarchés ou pour acheter à prix d’or un maillot à pois rouges !

Fini l’enthousiasme débordant bleu, blanc, rouge pour un coursier portant les espoirs d’une Marseillaise sur les Champs-Élysées. Finies les larmes sur le triste sort de celui qui n’avait pas la cuisse de Jupiter ! Finis les rêves de gloire pour un porteur de gilet jaune repris par la patrouille ou lâché par sa capacité à s’enfuir quand la cote montait. Fini le palmarès des pourcentages des cols qui vont retomber dans l’anonymat des sommets de ces montagnes qu’ils escamotent par leurs lacets exigeants.

Finies les exégèses de comptoirs ou celles des sorties cyclistes entre copain.ne.s, sur les cétones qui dorent les pilules avalées par les uns ou les autres. Finies les évasions des forçats de la route commentées comme des effets papillons sur le monde sportif. Fini le défilé des hommes sandwichs tentant d’imposer les marques de leurs employeurs. Finies les analyses des je-sais-tout du vélo sur les braquets, les développements, les rythmes cardiaques ou les secondes à effacer ou à ajouter. Finis ces moments savoureux où on ne sait plus qui du commentateur.trice ou du coureur participe à l’épreuve pour exister.

Finies les études sociologiques sur les mérites du vainqueur colombien illustrant le mérite des jeunes voulant se sortir, eux, de la misère à laquelle ils paraissaient condamnés. Fini le concours quotidien de superlatifs destinés à justifier des dépenses partiellement financées par la taxe audiovisuelle. Finies les exceptionnelles séquences publicitaires d’Eurosport pour soigner par exemple une prostate récalcitrante, pour cuisiner sans odeurs, pour courir après « Saint » Thomas sur une bicyclette fixe, pour trouver le gentleman tant attendu par une veuve peu éplorée. Finies la passion, l’émotion, la déception par procuration. On repasse des affaires pédalantes aux affaires courantes ! 

Bref le grand vide se profile dans l’actualité puisque le tour de force des pédales s’efface pour un an ! La France privée de ses fourmis sur deux roues va vite enfouir sous le sable du quotidien le spectacle d’improvisation constituée par cette partie de jambes à l’air. Elle bascule dans les vraies vacances. Désormais l’émission télévisée la plus mobilisatrice devient celle de la météo. La pays met du vert à son tourisme ; du bronzé à ses plages ; du blanc dans ses verres ; des pois dans ses jardins. Une forme de concurrence réputée libre et non faussée entre les pédaleurs de charme ne rythmera plus la vie nationale. Le monde n’aura plus les yeux tournés vers le tour du nombril français.

La France va revenir aux faits d’été les plus vendeurs : les vacances de son Président et de son épouse adorée, aux sautes d’humeur météorologiques liées au réchauffement climatique, aux états d’âme sonnants et très souvent trébuchants de Neymar, aux vedettes se prétendant traquées dans leurs villas d’été ; les chassés-croisés des bisons peu futés. Le sportif tout terrain entre dans le désert des emballements de supporter puisque les millionnaires de la balle ronde se préparent encore dans un certain anonymat. Même pas un championnat du monde d’athlétisme à se mettre sous les yeux puisque les pétrodollars se le sont accaparés pour octobre.

Le train-train aoûtien nécessite souvent la naissance d’un feuilleton médiatique pouvant relancer l’intérêt du plus grand nombre. Malheureusement on ne trouve pas toujours un Benalla pour revêtir le maillot jaune de la mégalomanie jupitérienne. Et donc dès demain il va falloir trouver le « héros » de l’été 2019 !

Les images Panini de Pinot, Alaphilippe, Bardet, Barguil vont entrer dans les albums des seuls collectionneurs car dans quelques années elles auront soit pris de la valeur soit elles seront totalement oubliées. Les chaînes de télévision vont vendre et surtout revendre les « moments forts » de ce qui n’est plus la grande boucle mais le grand zigzag puisqu’il faut bien rentabiliser les investissements mis en œuvre.

La France va vivre encore deux ou trois jours maximum sur la lancée du sprint des Champs Elysées envahis par le soleil couchant d’Austerlitz. Pas plus ! Les roues de la fortune ou de l’infortune ne vont plus tourner. Le rideau se ferme. Un grand Tour et tout s’en va… Rassurez vous les organisateurs ont plus d’un tour dans leur sac à profits. Le retour général s’annonce moins passionnant !