ronde

Les tours que l’on s’impose dénotent vraiment la soif que l’on peut avoir de rencontrer l’aventure. Partir pour faire celui du monde, de la France ou du village n’a pas en effet nécessairement la même signification. Et quand il s’agit durant les vacances, de déclarer s’offrir seulement un « petit tour », dénote vraiment un manque d’ambition. D’autant que ce choix nécessite un retour rapide au point de départ sans avoir connu d’émotions fortes sucspetibles d’enthousiasmer la galerie.

C’est pourtant souvent dans la proximité que se trouvent les découvertes les plus inattendues car souvent, trop souvent, on passe à coté de l’essentiel sans le voir. Avant que le soleil ait regagné ses pénates nocturnes offrant un répit dans sa chaleureuse envie de réchauffer la terre, il faudrait chaque soir d’été aller explorer le quotidien, le modeste, l’habituel pour vérifier ce qu’ils nous apportent et les réhabiliter. Une marche solitaire dans l’ordinaire constitue un vrai plaisir.

Dans un ville bastide comme celle de Créon, si l’on souhaite découvrir l’intimité, la beauté réelle de cette ville neuve du moyen-âge, un seul parcours s’impose, celui du « chemin de ronde ». Longeant il y a plusieurs siècles les palissades de bois dressées sur un rive du fossé, ce cercle étroit respire le passé et ladouceur de vie céronnaise. Il a certainement été parcouru par des soldats inquiets, des habitants angoissés, des passants mal-intentionnés, des paysans erientés, des enfants désoeuvrés ou des amoureux transis.

Il a conservé tous ses mystères puisque seules quelques rares maisons ne tournent pas le dos au cercle presque parfait qu’il forme autour autour du carré rigoureux de la place centrale. Étroit voire très étroit en certains passages, il permet pourtant un vrai voyage dans le vie sociale locale si l’on sait ouvrir ses yeux, ses oreilles et ses papilles. Composé de quatre tronçons reliant les quatre axes principaux il offre sa diversité naturelle, architecturale ou économique. Le silence et la sérénité accompgane les pas de celle ou celui qui s’y engage sans d’autre prétention que de jouir du présent.

En fait de l’origine de cette cité sortie de l’imagination rigoureuse d’un arpenteur royal il est aisé de retrouver l’un des principes fondateurs, celui de la globalité de l’offre faite au XIV° siècle aux habitants volontaires. Le commerce certes, l’habitation certes mais aussi les jardins nourriciers qui garantissaient l’autonomie alimentaire en cas de crise. Les quatre jardins  potagers qui subsistent y sont splendides, parfaitement tenus, exemplaires dans leur ordonnancement et surtout d’une productivité plantureuse.Celui, collectif portée par le centre social a le grand avantage d’être installé sur ce qui fut le… cimetière et donc il jouit d’un espace particulier qui ne lui donne pas nécessairement la première place.

Le plus remarquable reste celui de Mario, lové dans un segment des anciens fossés. Avec ses quatre chaises… de jardin qu’il déplace au prix d’incroyables efforts en raison des séquelles d’un accident de motoculteur, l’Italien le plus célèbre de la bastide, continue à cultiver près de 300 m² d’une terre qu’il chérit plus que tout. « C’est mon jardin qui m’a permis de vivre. C’est mon jardin qui causera ma mort » dit-il avec un accent rocailleux de ce Frioul jamais vraiment oublié. Il ne vit que pour ses plates-bandes qui produisent largement plus que ce dont il abesoin. Mario a la tomate, les blettes, les haricots verts, les potirons, les corgettes (italiennes s’il vouis plait) sur la main. 

Des figuiers volumineux attendent la fin de l’été pour laisser choir sur le chemin leurs fruits rouges gorgées de sucre qui feront le festin des merles car ils sont très difficiles à cueillir. Deux poiriers regorgent eux aussi de leur production. Ils débordent sur l’espace public sans que personne ne se soit attaqué à des poires pourtant tentantes. Pour le plaisir d’entretenir les discussions au « Chêne verre » le prunier réputé communautaire n’a pas autant de prestance alors que ses fruits sont attendus chaque année pour finir dans un bocal d’eau de vie. Tous ces arbres affichent un âge vénérable ce qui permet d’imaginer leur importance dans une société autarcique. Ils éclaboussent les jardins.

Les fleurs s’élèvent vaillamment au-dessus des murs de pierres sèches ou de taille. Les rosiers tiennent le devant de la scène, les roses trémières ont perdu de leur superbe mais délivrent les graines d’avenir des alvéoles séchées par la canicule. Tant d’autres arbustes déploient des parures éclatantes. La plus modeste plante se glisse entre les joints des murets ou pousse dans les interstices entre la chaussée et les habitations. La plus luxuriante envahit l’espace. Les panaches agressifs des ronces offrent au passant des grappes de mûres en cours de passage au noir de leur maturité. Il suffit de tendre la main pour récupérer une poignée de ces fruits tellement méprisés par les fanatiques de la netteté des jardins. Un seul d’entre eux est en jachère laissant prospérer une friche compacte qui tranche sur le bel ordonnancement des autres.

Une haie de jasmin embaume l’air tiède. Cette odeur envoûtante efface celle antérieure d’une entrecôte qui exhale sa in sur un bûcher de sarments. Des bribes de conversations filtrent par les fenêtres ou les portes grandes ouvertes comme les bouches de maisons manquant d’air. Peu de télévisions mais partout l’accompagnement étonnant de musiques d’origines très diverses qui s’évadent vers un ciel bleu strié par les panaches des avions ! Un bébé pleure… Le ton monte autour d’une table. Tout est pourtant secret car on ne voit absolument pas âme qui vive.

Jamais le chemin de ronde ne vous donnera les mêmes sensations.  Tous les soirs tombant il affiche son originalité simple, douce, discrète qui enchante mon été. D’ailleurs les chats se prélassent sans crainte sur le goudron encore chaud. Ils ont confiance : ici le calme règne.