Une terrasse, du soleil, un café et des copains. C’est ma meilleure recette pour débuter une matinée d’été à Créon. Ce voyage immobile, hors du quotidien, permet d’effectuer une pause régénératrice aussi importante que n’importe quelle excursion. Quelques dizaines de mètres à pied pour plonger dans un bain irremplaçable, donnant son véritable sens à la vie. Je me sens tellement bien assis au milieu des autres, des touristes étrangers qui scrutent cette micro-société du « Bistrot des copains» juste à coté de la Mairie avec le regard étonné d’un entomologiste découvrant une espèce en voie de disparition : le buveur de café non pressé ! 

Ce client typique, couleur locale, a ses rites, ses codes, ses valeurs et plus encore ses affinités. Un surnom, une apostrophe, un mot différent pour l’un ou pour l’autre, des éclats de voix à l’arrivée d’un habitué, une flèche d’humour et plus encore ces « brèves de terrasse » qui valent largement celles du comptoir. On y parle Girondins de Bordeaux, collecte des cèpes ou on charrie Nicolas sur les aléas du Paris Saint-Germain, on prend des nouvelle de Toye; on s’agace contre un chiot rondouillard qui adore grignoter les pieds de la clientèle ou on écoute Pierrot conter ses escapades du week-end. J’y retrouve mes amis de collège ou mes compagnons des grands moments de la vie locale. Un bain salutaire de simplicité. La télé au-dessus du comptoir cause des malheurs du monde mais ça n’a aucune prise sur la clientèle attendant « son » café !

Une « cène » vivante et mouvante se constitue au fil de la matinée. Personne ne prétend que l’expresso livré par Christine a un caractère sacré, mais n’empêche qu’il permet la véritable « communion », celle du partage, de l’échange, du dialogue, de la rencontre. Il suffit d’avoir la volonté de se poser à une table entre deux fûts (pas de bière mais de vin) pour que le breuvage fasse son effet. Le « petit noir » reste le meilleur catalyseur de la pensée. Il permet d’entrer dans une autre dimension, car il transforme les apparences du quotidien en réalités du plaisir partagé.

Je ne résiste jamais à la tentation de m’asseoir face à la place. Je savoure. Je déguste cet expresso première pression que m’offre souvent avec une tendresse amicale Christine. Je ne veux pas l’avaler prestement, comme ces gens pressés soumis à la pression exigeante des emplois du temps. Il faut savoir prendre son temps pour aimer un expresso. Celui de l’été a une saveur exceptionnelle, car il devient un sablier allongeant les moments de bonheur, ceux que procure l’absence de soucis, de responsabilités, de contraintes . Ce café du matin, sous les premiers rayons de ce soleil dispensateur d’une énergie renouvelable pour le moral reste un breuvage magique : il rend la liberté !

« Le Bistrot des copains» a ses habitué.e.s qui comme les académicien.ne.s peuvent être « perpétuels » ou souvent spécifiques à chaque jour. Bavards ou silencieux ils ne pratiquent pas tous dès l’ouverture, le culte du « café » puisque certains effectuent la mise en bière très matinale ou préfèrent le petit blanc au petit noir ! En fait il ne leur est même plus nécessaire de passer commande auprès de Nicolas ou de Christine qui anticipe leurs désirs. Le mardi et le vendredi ils sont les rois de l’ouverture…

Pour ma part, chaque fois que je peux donner du temps au temps je m’installe pour regarder Créon s’éveiller (pas avant dix heures en été). Je reste en solo, en duo ou en trio à regarder, tout bonnement, vivre la Place de la ville bastide, dans ces fauteuils haut perchés permettant de s’installer dans un statut d’observateur privilégié. On s’y distrait comme on peut !

Le décompte des touristes empruntant les sens interdits offre vite une opportunité de commentaires sur la déliquescence sociétale. Waze ignorant absolument les subtilités du plan de circulation créonnais, précipite ces conducteurs obnubilés par ce téléguidage et ils enchaînement les entorses au code de la route. Il vaut mieux ne pas s’attarder sur les appréciations lancées à la cantonade ! Mais c’est une distraction comme une autre. On y retrouve pas certains cotés des similitudes de fond avec le jeu du trompe couillon de « César » et j’avoue tristement que je participe aux évaluations sans trop de culpabilité. Si les automobilistes occupent lentement mais inexorablement la place où la zone bleue n’est plus de rigueur … les cyclistes constituent aussi l’autre attraction estivale du Café

Peu à peu les cyclosportifs ou les cyclotouristes approchent en effet par couple ou en peloton organisée. Ils passent par « l’oasis » (le seul entre Lignan de Bordeaux et Sauveterre de Guyenne) en remontant la rue Charles Dopter. Chargés comme des chameaux partant vers le désert certain.ne.s garent leur monture pour s’offrir un café réparateur et souvent un petit verre d’eau. Majoritairement étranger.e.s ils n’ont aucun mal à déclarer en français leur envie d’expresso ou de « double expresso » pour les plus audacieux.ieuses et de chercher les toilettes pour, paradoxe, pour un pratiquant du vélo? aller volontairement sacrifier à la pause pipi en marchant comme des canards à cause de leurs chaussures sophistiquées.

La vie estivale depuis le Belvédère du Bistrot des Copains offre la diversité, la réalité, la simplicité et l’originalité mais plus encore au fond des tasses qui y sont servies souvent on y lit l’amitié ! A suivre…

Une réponse

  1. puyo Martine

    Bonjour Jean Marie,
    je sais donc où vous trouver pour vous demander, autour d’un café ou autre boisson, quelques renseignements sur les activités du C.D., tant que vous y êtes encore,. et par la même occasion vous faire quelques propositions (très honnêtes) pour la vie dans nos petites communes rurales qui manquent de tout ou presque.
    Amicalement en attendant de vous rencontrer.

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