Le Bistrot des copains a ses saisons et ses jours. Dans le premier secteur de la vie réelle du monde, il souffre en hiver où il doit vivre intérieurement privé le matin de l’éclairage plein feu du soleil matinal. Les habitués les moins frileux contraints par leur addiction à la cigarette occupent toujours le poste avancé du comptoir extérieur. Ils effectuent des replis stratégiques liés aux aléas climatiques. Ces inconditionnels du « café-cigarette-journal » ont leurs horaires fixes qui amènent parfois Nicolas ou Christine à se soucier de leur santé si par hasard leur présence fait défaut. Ils constituent des repères exceptionnels aussi efficaces qu’une pendule comtale et surtout ils apportent leur précieuse vision sur un monde où plus rien ne tourne rond, celui du foot. 

Ainsi « Dédé » arrive à son rythme de pensionné malade du cœur qui ne dépayserait pas en Corse. Il passe deux fois par jour. D’abord vers 10 h pour un seul café compatible avec une approche raisonnable de sa situation cardiaque et ensuite vers 14 h s’il n’y a pas de cyclisme à la télé. Jamais il n’a consenti une entorse à ce régime drastique sans alcool et sans bière depuis ses déboires cardiaques.

Il a des principes de vie et il s’y tient. Il prend connaissance du quotidien Sud-Ouest avec la minutie d’un rédacteur en chef cherchant les faiblesses des informations diffusées. Il trouve toujours un angle d’attaque de l’actualité plein d’humour, de perspicacité et de distance. Le sport constitue son domaine réservé mais il peut aussi y ajouter, si les événements le nécessitent, la vie politique. Il ne se nourrit d’aucune illusion sur les valeurs de ces deux secteurs de la vie sociale.

Pas une de ses critiques acerbes n’est susceptible d’être contestée car elles reposent toutes sur des constats étayés, argumentés par une longue expérience. Dédé est impitoyable : il dit ce qu’il pense et pense même fortement ce qu’il dit. Il n’a voté que deux fois nationalement, au cours des dernières années en 1981 pour l’union d’une gauche qui l’a déçu  et en 2012 lors du duel présidentiel entre Hollande et Sarkozy qu’il accusait d’avoir conduit une guerre pour affaire personnelle en Libye. Cette rétention démocratique lui permet d’affirmer sa liberté et plus encore son sens inné de ne pas mettre sa confiance en des hommes qui passent leur temps à la trahir.

Son père lui a légué cette indépendance d’esprit qui l’avait conduit à être candidat solitaire le matin même d’une élection municipale en 1971 contre le maire omnipotent. Il ne souffrait pas la servilité politique et il ne se privait pas d’exercer sa causticité à l’égard des actes quotidiens de celles et ceux qui se présentaient comme parfait.e.s

Dédé est aussi la référence, la mémoire de la vie footballistique locale dont il connaît tous les rebondissements ou les acteurs. Il identifie avec une sûreté incontestable les joueurs sur les photos en noir et blanc de Michel Vigneau, inénarrable correspondant de Sud-Ouest à l’époque où toute la proximité était publiée dans le quotidien. Au comptoir (il ne s’assoit jamais à une table) partage volontiers ses opinions bien tranchées avec les habitués de son heure.

Il a droit à une cigarette qu’il va sagement savourer à l’extérieur entraînant souvent Nicolas, le patron, dans son escapade nicotinée. Bien évidemment, connaissant parfaitement la dévotion de ce dernier au PSG il ne saurait se priver d’une petite pique sur les déboires éventuels de ses stars. C’est assez facile dans ce monde du bollon rond qatari qui ne tourne pas très rond. 

J’aime bien converser avec lui et je regrette souvent d’avoir épuisé mon expresso trop goulument. L’art de la conversation au comptoir nécessite du temps pour être véritablement pratiqué. Le mercredi il chambre « l’académie » du tiercé dont il connaît la faiblesse des résultats se gardant bien toutefois de dispenser le moindre conseil considérant avec lucidité ses limites en matière de canassons.

Il est rarement présent le samedi, jour aussi essentiel au Bistrot des Copains. Rares y sont d’ailleurs ce jour-là les retraités puisque c’est la matinée de la cure de désintoxication travail des occupés de la semaine. Ils viennent respirer l’air de la liberté et parfois aussi l’air du pays. Ces dames, comme pourrait le vouloir, la galanterie arrivent les premières vers onze heures et s’installent pour se laisser séduire par un « allongé » … puisque l’horaire permet de conjuguer le petit-déjeuner avec le rendez-vous hebdomadaire.

Selon la vitesse à laquelle arrive le reste de la bande du football il est possible pour un observateur spécifiquement formé de connaître le déroulement du vendredi soir. Certes les séquelles du match de leurs vétérans de maris se pensant toujours véloces, entreprenants et efficaces, constituent des éléments à prendre en condition. D’ailleurs Sophie, Brigitte, Fabienne et Joëlle font au fur et à mesure un rapide diagnostic des blessures issues d’un corps à corps parfois musclé avec des adversaires impitoyables. La présidente du club de foot passe et repasse dans tous les sens pour régler moults problèmes et pour elle le café n’est possible qu’entre le 15 juillet et le 1er août.

L’entrée sur le terrain minéral du parvis de la mairie des « grognards » du club de foot apporte une illustration de ce bilan souvent assez inquiétant d’autant qu’il s’accompagne d’autres constats alarmants. Elle ne génère aucun commentaire spécifique. Ces dames continuent à deviser , indifférentes ou blasées alors que les anciens combattants vainqueurs ou vaincus se pointent en ordre dispersé.

Des paupières mi-closes, des envies pressantes d’un bon expresso, une demande ultérieure de Perrier ou de verres d’eau claire traduisent une troisième mi-temps difficile souvent disputée au Plana où Manu les accueille avec les égards dus aux amis. Il est vrai que le débriefing d’une rencontre aussi capitale que celle de la veille nécessite de l’énergie, du réconfort et du temps ! Quand Nicolas, le charcutier traîteur était présent sur le marché 

Les vertus thérapeutiques du café du Bistrot des Copains sont alors évidentes…

Toute ressemblance avec des personnagés pouvant être croisés au Bistrot des Copains ne serait que pur hasard (enfin presque)

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