A peine sorti des aventures du legs Bertal du début du XX° siècle ayant duré douze ans le lieu où se trouve « l’Hôtel et café de la Prévôté » va connaître une période extrêmement difficile. Hugo Porta le propriétaire entretient des relations pour le moins difficiles avec la mairie voisine. Au comptoir les discussions sont animées puisque l’on est entré en campagne pour les municipales. Alors qu’il avait signé un protocole d’accord pour le confortement de son mur, le voisin du nouvel hôtel de ville, conseillé par les opposants au Maire, refuse de régler sa quote-part des travaux. C’est le début d’une épriode sombre pour notre actuel « Bistrot des copains »! 

Le tenancier profite de la confusion provoquée par la présence de trois listes pour mobiliser l’opinion publique en sa faveur et la justice de Paix est saisie. Le premier magistrat sortant le Dr Emile Saligue, a 77 ans. Il a bien du mal à répondre aux accusations qui l’accablent. S’appuyant sur le formidable impact des premières fêtes de la Rosière il espère néanmoins revenir aux affaires.

Les élection municipales du 3 mai 1908 dans la fièvre des polémiques soigneusement entretenues. Ce qui est devenu fièrement le « restaurant Porta » sert de siège à la liste conduite par Léon Techeney et on y tient des réunions fiévreuses. Le résultat n’est pourtant pas à la hauteur des contestataires. Au premier tour dix « anciens » sont élus laissant pourtant sur le carreau le maire et son bras droit Paul Garbarrou. Le clan Techeney arrache 5 sièges, celui des indépendants deux et celui de Saligue seulement 2… On repart en campagne !

Il faut un appel vibrant des victorieux dénonçant dans un tract virulent une cabale : «  méfiez-vous des intrigants et des faux-frères ; observez la discipline républicaine comme il convient à des hommes libres, et vous triompherez facilement de la réaction cléricale » pour que faire basculer le scrutin. Nous sommes en pleine querelle locale sur la séparation de l’église (très puissante avec La Fabrique, son usine à cierges et à bougies, sur Créon) et l’État !

Les laïques finissent par triompher de justesse et Émile Saligue accompagné de Paul Garbarrou rejoignent leurs colistiers au sein du conseil municipal ébranlé par les polémiques. Conscients de l’impopularité de leur tête de liste les conseillers vont lui refuser le droit de revenir dans son fauteuil de maire. Seulement 4 voix se portent sur son nom quand Bernard David obtient 7 voix ! Porta a gagné du moins provisoirement car son établissement va être progressivement boudé par le clientèle « républicaine ». Il décide de vendre  et de se retirer après avoir perdu son procès pour la facture du mur ce qui pèse sur ses finances.

L’acheteur n’a aucune attache directe avec Créon. Il est originaire de cette Alsace et Lorraine annexée après le désastre de 1871 qu’il a fui comme beaucoup de ses compatriotes. Guillaume Goettert prend possession fin 1908 de l’établissement. Un homme modeste, vaillant qui ne se mêlera pas des affaires créonnaises qui ne se s’arrange pas avec une vive contestation sur le choix de la Rosière de 1908 ayant nécessité l’intervention des forces de l’ordre pour protéger les élus et une décision du Préfet !

Il ne change pas le nom mais il élargit l’offre de services et fait refaire la façade beaucoup légère et attractive. Gros travailleur souvent en sabots avec une casquette rivée sur la tête, il redonne avec son élégante et jeune épouse, une belle activité au restaurant et à l’hôtel oubliant un peu l’activité du café. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ou du moins en apparence.

En effet Créon comme toute la France est  plongée en 1914 dans la première guerre mondiale. Si comme ailleurs la population croyait naïvement en une guerre éclair victorieuse, les événements allaient vite démontrer le contraire. Les affaires vont mal. Les marchés et les foires dès 1915 périclitent. La mort rôde chaque jour un peu plus sur le Créonnais. En fait la guerre généère des phénomènes inattendus. Dans l’hôtel et café de la Prévôté on ne se presse plus. Les rumeurs insidieuses, venimeuses vont bon train comme c’est le cas le plus souvent dans une bastide.

L’une d’entre elles enfle vite : Guillaume Goettert serait un espion allemand ! On lui prête des intentions belliqueuses ou suspectes alors que rien ne justifie pareille accusation. Lentement le café périclite. Plus personne ne fréquente celui qui faute d’être l’un des « Boches » serait l’un de leur soutien. Dehors les étrangers ! Dehors le Boche ! Dehors l’espion ! Terrible ! Horrible ! Mais bien réel. Les Goettert seront contraints de s’enfuir après avoir liquidé leur affaire en pleine guerre.

De longues années plus tard l’une de leur descendante viendra dans ce qui était devenu le Café « le sport ». Elle venait présenter son spectacle sur la scène de l’espace culturel construit sur l’emplacement des dépendances du grand hôtel de la Prévôté… Elle connaissait parfaitement l’histoire. C’est Anne Roumanoff… qui nous a confié le désarroi des ses aïeux ayant certainement une piètre idée de Créon !

2 Réponses

  1. puyo Martine

    Comme le monde est petit ! comme les histoires passent les années et refont surface un jour ou l’autre. Mais là : ANNE ROUMANOF . CE n’est pas rien, d’autant qu’elle connaissait l’affaire. Mais bon, les créonais du début du siècle dernier, et ceux d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes…………….

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    • Bernadette

      Oui, les histoires refont surface,c’est normal pour les municipales.
      C’est le dénigrement de l’un auquel la population est appelée à ne pas voter pour lui. Mais en fait ce monsieur a raison mais il est maladroit pour le dire.

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