De très grands ensemble immobiliers sont en vente dans des stations balnéaires ou des villages de montagne. Ils sont désertés alors que durant de nombreux étés ils résonnaient de cris d’enfants, de chants collectifs et que les occupant.e.s occupaient les rues, les sentiers ou les plages. Les herbes folles envahissent les lieux et les fenêtres restent désespérément fermées. Des milliers de m² sont ne vente depuis fort longtemps mais plus personne ne veut investir dans les colonies de vacances. Parfois non plus du tout conformes à des quantités de normes draconiennes ou obsolètes dans leur agencement ces locaux attendent que la collectivité prenne la peine de réfléchir à une éventuelle reconversion. La fameuse chanson de Pierre Perret n’a plus aucune actualité.

La chute des effectifs se prolongent chaque année un peu plus et de multiples « affaires » médiatisées ont bien écorné l’image de ce qui était vraiment une idée républicaine reposant sur l’égalité d’accès des enfants à des structures d’éducation populaire via les vacances. Les patronages rivalisaient pour proposer aux élèves des opportunités de découvrir une autre manière de vivre solidairement.

Pour ma part j’ai une seule fois goûté il y a près 60 ans aux joyeusetés de ces vacances collectives. Et j’en conserve un souvenir impérissable. Ma mère avait en effet décidé qu’un séjour à la montagne nous ferait le plus grand bien. En plus de flacons de phosphate Pinard nous pourrions aborder la « croissance » de la meilleure manière grâce la pureté de l’air pyrénéen. Une association liée à la paroisse de Branne proposait ce type de séjours de trois semaines dans son centre proche de Lourdes, celui de Viger !

Mon frère et moi nous allions devoir assumer une première séparation familiale. Pas facile ! D’autant que la période estivale rimait pour nous avec une liberté inconditionnelle d’exploitation des ressources insoupçonnables de Sadirac. Les journées se succédaient avec le bonheur de dénicher une trouvaille permettant de meubler un temps que nous ne voyions pas passer. L’initiative maternelle n’eut donc pas vraiment l’heur de me plaire.

Un matin frisquet il fallut pourtant que je me rende à l’évidence. L’autobus attendait que les parents, peu rassurés pour ceux qui confiaient pour la première fois leur progéniture, apportent des valises soigneusement étiquetées avant que l’appel permette de vérifier que tous les inscrits étaient présents. Impossible de savoir si pour moi c’était la perte provisoire de ma liberté de gamin ou celle de mes parents qui me rendait triste. Le voyage me parut interminable et il l’était d’autant que nous avions effectué une halte à Aire sur Adour.

La colo de Viger installé sur un plateau dénudé avait des allures peu engageantes. Un long baraquement sommaire découpé en dortoirs collectifs et en bout un bâtiment collectif avec les bureaux et le réfectoire. Un nom pour notre groupe constitué sur des critères d’âge et rapidement des consignes dignes d’un régime auquel j’étais vraiment peu habitué. Impossible que je ne me décide pas à faire ma « cabougne » comme l’on disait à Sadirac.

Mon frère Alain s’adapta tant bien que mal mais quand il me fut signifié qu’il faudrait le lendemain matin assister à la messe, je décidais d’entrer en résistance. La démarche fut vaine lors d’un premier rendez-vous programmé. Il en alla différemment au second car je tins bon profitant du fait que j’avais été touché par ce qui me valut d’être convoqué avec un autre récalcitrant par l’abbé qui dirigeait Viger. L’explication ne changea guère ma révolte et la menace suprême fut brandie : mes parents allaient être invités à venir me récupérer. Ce qui ne m’apparut pas comme une vraie sanction !

Ils arrivèrent donc pour le week-end et après un entretien avec le curé ils décidèrent de nous emmener à Lourdes… Le miracle n’eut pas lieu et contre l’achat du couteau dans un étui en cuir dont je rêvais, je promis de tenir la dernière semaine. Même si elle s’annonçait longue, il m’était impossible de faire de la peine à ma mère et à mon père qui avaient dépensé une bonne part de leurs salaires d’été pour que je puisse profiter des Pyréneés. Il me fallait tenir loin de la Pimpine bien plus douce et agréable que le Gave et les sous-bois des montagnes moins accessibles que ceux de l’arrière de la Mairie.

Je fus sauvé par un impétigo ravageur qui toucha une bonne partie du groupe dont je faisais partie (j’en conserve les cicatrices sur les jambes). Admis à l’infirmerie je ne pouvais plus participer aux moments sympas de la vie collective auxquels j’avais fini par trouver un intérêt. Il m’en reste un seul en mémoire de manière vivace et durable : le moniteur nous avait appris, pour le feu de camp de clôture du séjour, la chanson de l’auvergnat de Georges Brassens.

Elle reste pour moi l’un des plus belle et surtout elle éveilla en moi mon goût pour l’homme à la pipe que je n’avais point encore rencontré dans ma vie d’enfant. Je la connais parfaitement grâce à lui. Et dans le fond si je n’étais pas allé dans cette « joli colonie de vacances » mon été de 1959 n’aurait pas été aussi profitable pour mon caractère et ma culture !

7 Réponses

  1. François

    Bonjour !
    Comme tous les matins, comme d’autres ouvrent leur bréviaire, je clique sur « blog Darmian » et là, oh surprise de la journée, mon écran me ramène 68 ans en arrière …à Viger grâce à la collection CPA Delcampe : LE CHOC ! !
    ….Double car je découvre que toi, le banlieusard de Créon, le Rose de la région a fait des débuts ( peu glorieux semble-t’il ) dans ce cocon montagnard qui a été une ouverture sur la vie de groupe pour beaucoup de jeunes gosses et pré-ados girondins. Là, je t’invite à un petit sondage où tu constateras qu’ils ont tous « bien tourné » ! Si les Viger existaient encore, il est possible que beaucoup de problèmes comportementaux de la Société seraient …résolus !
    Viger ! C’était, pour moi aussi le premier départ autre que les tontons et taties vacances ! C’était d’autant plus dur qu’un groupe de scouts venait de s’installer dans le bois voisin, véritable attraction pour les gamins du pays.
    Je dois reconnaître que, malgré ce petit nœud à l’estomac enfantin, je garde un excellent souvenir de ce séjour montagnard qui m’a certainement ouvert sur la vie collective, l’aide de l’autre en éveillant en moi ce qui deviendra plus tard ma passion pour la montagne. C’est toujours avec grand plaisir que je retrouve les anciens colons …que je découvre aussi ! !
    Puisque tu sembles avoir une mauvaise image (de gosse) de la colo de Viger, après avoir réécouter Pierre Perret et ses « jolies colonies de vacances », n’hésite surtout pas à t’accorder une sortie découverte du site transformé par les boulistes et autres sportifs locaux. Ce « pèlerinage » va te réconcilier avec ton enfance.
    Comme je le fais annuellement, monte au village : tu seras surpris par la rénovation des lieux : il arrive que nos impôts tant décriés servent magnifiquement. Merci à la commune, au département et à la région !

    Oui, c’était Viger.

    Cordialement.

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  2. J.J.

    Je ne doute pas que, pour des enfants en liberté, dans une accueillante campagne, avec toutes les richesses que l’on y peut découvrir, la vie en communauté soit ressentie comme une quasi brimade, avec de surcroît la pesante contrainte religieuse.
    Je n’ai pas subi cette vie communautaire, étant relativement libre dans mon milieu semi rural, semi urbain. Par contre j’ai eu à supporter la contrainte religieuse, et c’est avec une immense satisfaction que je m’en suis débarrassé.

    Pour « nous », enfants vivants dans un milieu rural relativement sain, ces vacances en colonies ne pouvaient guère nous apporter, mais je suppose que les petits citadins pouvaient en tirer un certain bénéfice.
    Il est d’ailleurs regrettable qu’ils en soient maintenant privés, le Secours Populaire ne disposant que dérisoires moyens pour offrir aux plus déshérités une journée à la mer.
    Pierre Perret à peut être un peu forcé le trait dans sa fameuse chanson très réaliste, mais je l’ai entendu interviouvé à propos de ses expériences de colon.
    Il évoque avec humour et tendresse ces séjours dont il a semble-t-il gardé un bon souvenir ( peut être aussi comme ces joyeux souvenirs du service militaire, alors qu’on oublie délibérément les moments où l’on s’est copieusement emmerdé ….).

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  3. puyo Martine

    bonjour
    JE n’ai pas connu les jolies colonies de vacances, mais dans la Vendée de les parents ou nous allions tous les étés, sur la commune de la Barre-de-Monts il y avait en pleine forêt domaniale des colonies de vacances des villes de la ceinture parisienne. Le Blanc Mesnil entre autre. Elles ont perduré de nombreuses années et puis un jour elles ont été fermées ne répondant plus aux normes. Pour les enfants qui y séjournaient c’était forêt de pin, dune et plage. elles étaient situées assez loin de Fromentine où les enfants allaient avec leurs mentors assister à quelques manifestations (à pieds) et aux feux d’artifice tirés sur les plages.
    les communes de Notre Dame de Monts et de St Jean-de-Monts abritaient également de nombreuses colonies de vacances des communes (rouges ou pas) de la région parisienne.
    A plus

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  4. Bernadette

    Pas de coLos pour moi. En fait la gestion s’avère être trop bureautique, les enfants ne méritent pas cette démolition physique subie par un manque de soins. L’infirmerie est un local où vraisemblablement les enfants étaient mis en quarantaine parce que certaines maladies de peaux se propagent comme la gangrène jadis. Il faut du personnel soignant et des médicaments utiles pour guérir.

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    • François

      Bonjour !
      @Bernadette , Madame,
      En parodiant Michel Audiard, je vous réponds simplement : « Quand on ne connaît pas, on ne cause pas ! »
      En détaillant, je vous dis :
      – la gestion, qui était, à l’époque, familiale et souvent bénévole, est devenue par le snobisme et la réflexion destructrice de bien des fonctionnaires un foutoir de paperasses complexes : bientôt, il faudra indiquer l’heure et le détail des ébats lors de la conception du demandeur pour obtenir le sésame. Bravo les Normes …Résultat : on observe de magnifiques colonies de vacances aménagées avec nos impôts laissées à l’abandon (Bedous, …) ou en vente (Peyranère-Urdos,…) ou reconditionnées à grands frais (Gripp, Pont de Camps,…) et on déplore doctement un incivisme grandissant.
      – la destruction physique des enfants : les quelques témoignages de ce feuillet vous apportent la preuve du contraire. Si vous avez un soupçon de psychologie, n’hésitez surtout à parler avec vos amis qui ont eu cette chance et observez bien leur comportement : vous verrez un sourire juvénile éclairer leur visage ridé. C’est certainement pour vous, la preuve des mauvais traitements,n’est-ce pas ?
      – l’infirmerie : alors là, Madame, on voit bien la preuve de votre ignorance car l’infirmière, très maternelle, déployait une montagne de tendresses pour ses petits malades, qui, souvent, sous motifs de bobos, recherchaient un  nuage  du cocon familial. Le médecin était le généraliste local et je n’ai pas le souvenir que son véhicule soit en permanence devant la colo !
      Peut-on appeler « mise en quarantaine » une ou deux nuitées pour soins d’angine ? Cela vous regarde mais les soins et la surveillance peuvent nécessiter la chambre. Quant aux très rares cas de maladies contagieuses, ils pouvaient se guérir en milieu hospitalier.
      Sachez, Madame, que la gangrène (absente en colo grâce à l’action) N’a JAMAIS été une maladie contagieuse.
      -Le personnel soignant et les médicaments utiles : mon explication ci-dessus vous apportent une preuve de leur présence Cela devrait vous faire oublier le bla-bla destructeur des médias à sensation qui, eux, sont la gangrène de la Société.
      Avec tout mon respect, Madame,
      Cordialement.

      PS : Merci de bien vouloir rectifier (plus haut): 58 ans et non 68 ! Ne nous vieillissons pas, les années s’en chargent ! !

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  5. Jacques C.

    J’ai pour ma part connu la « colo » à la mort de mon père quand j’ai eu douze ans. C’était heureusement pour moi une colo laïque puisque c’était celle de la Caisse d’allocation familiale qui avait proposé à ma pauvre mère de nous prendre en charge mon jeune frère et moi pour une somme dérisoire. Je suis donc parti à Arberatz au pays basque pour quatre semaines où après une première semaine difficile j’ai passé un séjour agréable rempli de jeux, de rire et de franche camaraderie. L’année d’après j’ai fait un camp d’ado à Sainte-Marie de Campan et j’y ai découvert l’effort dans la joie au cours de randonnées superbes en montagne qui ont marqué mon goût pour la marche.
    C’est vrai que nous étions assez cadrés et que nos libertés étaient assez restreintes par rapport à notre vie de sauvageons citadins mais un peu de rigueur n’a jamais fait de mal à personne.

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