Lorsque l’on entre dans une chapelle, une église ou une cathédrale le plaisir de la découverte des vitraux constitue un plaisir vraiment profond si l’on sait apprécier la valeur de la lumière. Quelle que soit l’époque à laquelle ils ont été conçus ces fenêtres colorées permettent, à chaque heure du jour, de vivre différemment le sujet qu’ils portent. Autant ils paraissent banals, fades, gris vus de l’extérieur autant le moindre rayon de soleil leur confère une dimension exceptionnelle. Ces « images » destinées à éduquer le peuple illettré en des temps anciens constituent des œuvres d’art religieux certes mais aussi parfois de vrais témoignages de la vie quotidienne d’une époque.

Chaque saison leur donne une tonalité particulière. Réveillés par un soleil de printemps ; enflammés par celui de l’été ; envoûtés par l’or de l’astre suprême automnal ou affadis lors des pâles sorties de l’hiver, les vitraux constituent le cœur battant de ces édifices vivant dans la pénombre. Ils constituent le lien entre les caprices du ciel et le sol réputé stable où passent les Hommes.

Un rai de cette lumière venue d’ailleurs traverse un parcelle colorée pour adroitement laisser accroire en un signe d’un destin. Elle peut aussi se répandre en un éventail coloré et léger dont rêverait un éclairagiste de scène de music-hall. La magie du vitrail repose sur justement ce jeu ne devant rien au hasard entre la lumière et la vision religieuse de l’action divine ! Dans le fond peu importe le personnage ou la scène décrite puisque la symbolique est beaucoup plus forte que la réalité.

Les premières bandes dessinées avec leurs vignettes successives sont dans les immenses cathédrales où les maîtres verriers ont rivalisé d’ingéniosité pour construire une histoire. Paradoxalement la légèreté de l’œuvre repose sur certes le plus malléable des métaux mais aussi le plus lourd d’entre eux. Les supports en plomb esquissent des formes sommaires quand le verre teinté ou peint confère la grâce et la finesse. Les couleurs fortement accentuées augmentent l’effet de l’entrée du moindre rayon lumineux dans le chœur, le transept ou la nef de ces vaisseaux de pierre ternies par le temps.

Il n’y a vraiment que Pierre Soulages pour donner à la simplicité absolu du verre blanc une dimension majestueuse dans la splendide abbaye de Conques.

Les rosaces multicolores situées au dessus des entrées ou en fond des édifices les plus grandioses se veulent les références du talent des maîtres verriers. La recherche affirmée de l’harmonie des flammes ou des pétales colorés compense le fait que rien n’a de signification concrète. D’ailleurs un dessin précis serait invisible depuis le sol. Il s’agit d’une vision d’ensemble illustrant les éléments naturels comme pour rappeler aux visiteurs que le monde recèle avec le feu et l’eau des références similaires à l’enfer et au paradis. La moindre « rose » aux volutes de pierre enlacés, dans la plus modeste des églises, tente de d’ouvrir un œil sur l’extérieur.

Cet échange permanent entre le réel et le spirituel passe par ces parcelles de verre taillé rassemblées pour construire une silhouette pieuse ou une scène biblique. Jamais l’humain ne se trouve à leur hauteur et d’ailleurs seuls les généreux donateur.trice.s peuvent se hisser aux pieds de la sainte ou du saint patron attributaire des lieux. Leur nom ostensiblement posé sur l’œuvre, souvent en caractères assez gros fait oublier que derrière la construction de chaque vitrail il y a un artiste-artisan n’ayant pas éprouvé le besoin de signer.

Quand les architectes mettent leur talent au service des futaies de pierre montant le plus haut possible vers le ciel, les « vitraillistes » se contentent d’embellir le résultat final. Utilisés par les puissants pour leur gloire présente ou future ils se plaisaient aussi à donner leur place aux modestes bâtisseurs, agriculteurs, artisans, commerçants, chasseurs ou pêcheurs. Inventeurs de monstres menaçants, de dragons cruels, de combats épiques ou de sacrifices épouvantables ils ont contribué à forger une morale par l’illustration outrancière. Un modernisme exceptionnel dont bien évidemment notre époque ne saurait s’inspirer.

Les vitraux ont offert à la société le choc des images quand les officiant ajoutaient le poids des mots. En ça je ne peux jamais m’empêcher d’aller les décoder, les admirer pour le seul plaisir de penser que la communication est loin d’être uen invention des temps actuels. Elle a été inventée par les dessinateurs ou les graveurs préhistoriques et perfectionnée au fil des siècles par d’habiles tailleurs de bouts de verre.

Allez voir juqu’à la fin de 2019 le voyage au coeur d’un vitrail dans l’abbaye de La Sauve Majeure (33) consacré à la rose de la sainte chapelle

4 Réponses

  1. Batistin

    Bonjour.
    Ce qu’il est amusant de noter, à propos des couleurs et de la lumière, est ceci :
    Prenez des pigments de terres de différentes couleurs, ocres bleu, jaune, rouge, mélangez les tous ensemble, vous obtiendrez une teinte assez triste, du marron au gris/noir en passant par le caca d’oie !
    Par contre, quand la nature remélange entre elles toutes les couleurs d’un arc en ciel, cela donne… du blanc ! Ou plus exactement de la lumière.
    Cette notion de deux « solfèges », l’un pour les couleurs de terre, l’autre pour les couleurs de ciel, nous donne aussi la mesure de l’humilité nécessaire face au « Créateur ».
    Et complique fortement le travail des vitraillistes, qui verront le verre coloré par la force d’un pigment et posé à plat sur leur table de travail, changer de teinte une fois que la lumière du ciel y passera à travers !

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  2. J.J.

    ….Les premières bandes dessinées avec leurs vignettes successives sont dans les immenses cathédrales….
    Personnellement, je les vois plutôt dans l’art pariétal, sculpture ou fresques, exécutées avec un extraordinaire et immense talent.

    J’avoue humblement que, aussi béotien que mécréant, l’art du vitrail me laisse la plupart du temps indifférent.

    «  »Cette notion de deux « solfèges », l’un pour les couleurs de terre, l’autre pour les couleurs de ciel, nous donne aussi la mesure de l’humilité nécessaire face au « Créateur ». » »

    Belle et pertinente observation, Baptistin, mais je me trouve humble en présence de la nature, de ses beautés, comme de ses monstruosités, plutôt que face à un hypothétique créateur.

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    • Batistin

      Oui J.J, le mot « Créateur » est à lire ici dans le sens du sujet abordé, les vitraux d’églises.
      Je n’ai, comme vous surement, que l’émerveillement à regarder une simple fleur, pour arriver à l’humilité… ou à la foi ?!
      Aucune preuve tangible, sauf l’émerveillement…
      Ce qui est déjà en soi … une douce religiosité !

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  3. Bernadette

    Bonjour,
    Je voulais soutenir l’art pariétal par la peinture de nos ancêtres de la préhistoire, sans eux c’est à dire nos ancêtres très lointains, l’art pariétal n’existerait pas. Leur peinture dans les grottes ornées c’est magnifique et très bien conservé.
    Merci

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