Nous en avons tous un et certain.ne.s en ont même deux voire trois en permanence pour rester en contact avec leur monde. On les cherche en permanence tellement ils paraissent indispensables à notre bonheur sur terre. Dans une société où on se parle de moins en moins physiquemen,t il faut bien reconnaître qu ‘un zeste de lien social réside dans ces SMS, ces mails, ces conversations tenues à distance. On compose un numéro pour ne plus se sentir seul au milieu de nulle part ou plus souvent parmi tous les autres qui nous indiffèrent.

Le smartphone est devenu un outil essentiel pour maintenir l’apparence d’une liaison entre les Hommes. En 2018 on aurait vendu 1,55 milliard de smartphones d’appareils sur la planète. Et de plus en plus la téléphonie sous toutes ses formes pèse sur le pouvoir d’achat des classes les plus paupérisées. C’est un facteur essentiel de la croissance et les fabricants se battent pour sortir chaque année un nouveau modèle réputé plus performant et plus sophistiqué.

Le véritable problème de ces appareils réside dans les besoins en minerais que nécessite leur fabrication. Qui sait que son smartphone utilise environ 70 kg de matières premières  pour sa production, son utilisation et sa distraction? C’est 583 fois plus que pour un simple téléphone !

Ils ont besoin des matières plastiques, du verre, mais également de nombreux métaux. Il y a soixante-dix ans on ne trouvait qu’une douzaine de métaux dans les téléphones fixes. Quarante ans plus tard les gros-GSM en comportaient 29 métaux. L’appareil actuel beaucoup plus petit à la bagatelle de 55 métaux différents.

Les écrans tactiles, les cartes électroniques, les condensateurs ou les divers périphériques regorgent d’éléments tirés du sol comme l’aluminium ou le cuivre aisément « trouvables ». Mais d’autres appartiennent à la catégorie des « métaux rares » considérés comme puissants et donc utilisables en très petites quantités. Sur la planète on se bat directement ou indirectement pour la possession de ces bases qui permettent l’innovation et la miniaturisation.

« Dans les aimants, par exemple, la ferrite a été remplacée par le néodyme, qui, à volume égal, est dix fois plus puissant. Ces métaux permettent la miniaturisation des smartphones, qui, sans cela, ne pourraient pas tenir dans une poche. » explique un spécialiste (1). Ainsi dans la région des Grands Lacs africains, l’extraction et le commerce de l’’étain, du tantale, du tungstène, du cobalt, du coltan et de l’or alimentent l’instabilité et les conflits armés. Et il faut signaler qu’aucune de ces matières premières n’est extraite sur le territoire des pays européens.

La pollution (lavage des terres extraites, utilisation de produits chimiques pour les obtenir, engins de chantier, déforestation…) ravage des territoires jusque là épargné par les inconvénients de la civilisation des surconsommation. Les exemples foisonnent En Amérique du sud, l’utilisation abondante d’eau pour la production de lithium — présent dans les batteries des smartphones — provoque des conflits d’usage avec les populations locales et menace leur survie. Qui s’en soucie ?Au Ghana, au Brésil ou en Guyane française, des milliers d’hectares de forêts sont menacés par l’extraction d’or, de tantale, de cuivre, de bauxite ou de manganèse et les peuplades autochtones en patissent chaque jour davantage.

L’extraction de la poussière d’étain (la cassitérite) sur l’île Bangka, en Indonésie, a ravagé 65 % des forêts et 70 % des récifs coralliens à proximité de l’île. De nombreux habitants ont dû fuir, la pratique de l’agriculture et de la pêche n’étant plus assez viable. Partout les gisements sont exploités de manière outrancière et dans des temps records. Face à cette situation le recyclage devient illusoire.

En France, moins de la moitié des téléphones en bout de course sont collectés pour être recyclés, et au moins 30 millions d’appareils inutilisés sont stockés chez des gens qui ne se préoccupent pas de les remettre aux lieux de collecte. Les usines spécialisées sont aussi rares que les minerais qu’elles traitent car sur sur une cinquantaine de métaux fréquemment utilisés dans le numérique elles ne parviennent qu’en extraire une petite vingtaine !

A chaque fois que nous allumons notre smartphone ou notre E phone nous contribuons aux conséquences de cette fabrication industrielle qui tourne autour de la maîtrise des ressources de la terre. La publicité outrancière, la tricherie sur l’obsolescence des appareils actuels, la création d’une dépendance sociétale : plus rien ne semble pouvoir arrêter une économie de la téléphonie qui domine le monde…Nous détournons le regard vers notre écran !

(1)  Guillaume Pitron, journaliste spécialiste de la géopolitique des matières premières.

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