Je maintiens le contenu d’un texte écrit sur ce blog il y a maintenant plus de six ans : nous entrons dans une période similaire à celle des années 1930. Ce week-end consacré à la vie parfaite et l’œuvre exceptionnelle de Jacques Chirac a  légèrement éclipsé le retour en fanfare de « Maréchal nous voilà ! » ce qui a évité bien des nausées ou des éruptions de rejet à de nombreux téléspectateurs égarés sur LCI.

En effet retransmise en direct sous l’oeil concupiscent du plateau de cette chaîne complice, l’intervention de Zemmour a redonné espoir aux nostalgiques de la période où le poison du fascisme détruisait les consciences citoyennes pour s’installer dans l’Histoire. Rien à ajouter au déroulé d’un mégalo condamné pour provocation à la haine raciale.

Rappelons en effet que lors de l’émission « C à vous » diffusée le 6 septembre 2016 sur France 5, il avait affirmé qu’il fallait donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France ». Selon lui, la France vivrait « depuis trente ans une invasion », et d’ajouter que, « dans d’innombrables banlieues françaises où de nombreuses jeunes filles sont voilées », se jouerait une « lutte pour islamiser un territoire »« un djihad ». Il a tenu quasiment les mêmes propos si ce n’est pire mais cette fois sans aucune contradiction possible et dans un monologue haineux digne de ceux entendus il y a plus de 80 ans.

Lors de sa logorrhée fielleuse il a pris pour cible les musulmans comme d’autres l’ont fait en leur temps pour les juifs – « tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam » -, comparés à des « colonisateurs ». Zemmour a ensuite évoqué les idéaux de Renaud Camus, fondateur de la théorie complotiste du « grand remplacement », dont il n’est pas inutile de le rappeler s’est inspiré l’auteur des attentats de Christchurch.

C’est un point commun entre les années 30 et le discours politique de l’extrême-droite européenne, pour l’historien Gérard Noiriel qui s’exprimait sur France Culture.fr : “L’ennemi c’est l’étranger, celui qui nous envahit, qui ne partage pas nos valeurs, nos traditions. Sauf qu’aujourd’hui les musulmans ont remplacé les juifs. J’ai montré dans mes recherches que, depuis la fin du XIXe siècle – moment décisif dans la “nationalisation” de nos sociétés – ce type de propagande exploitant les préjugés primaires du “nous national” a toujours existé. A toutes les époques, on trouve dans les archives des lettres adressées aux autorités construites sur ce type de modèle : “On donne tout à ces étrangers, alors que nous, cons de Français, on nous laisse tomber.” Mais c’est seulement pendant les périodes de crise que cette mobilisation identitaire parvient à séduire une partie importante de l’électorat.” En exacerbant ce type de comportement et en lui donnant une légitimité par la télé LCI a pris une lourde responsabilité.

Ça n’a pas posé le moindre problème déontologique au chef d’antenne et on a donc totalement banalisé un discours relevant de la propagande xénophobe. Plus de barrière. Plus de limites. Plus de poids réel des mots. plus de retenue de principe. Une nouvelle brèche s’est ouverte dans le système médiatique ! TF 1 qui a fait des pieds et des mains et à vendu ses soupçons de déontologie rédactionnelle contre le diffusion sur la TNT de sa filiale d’information continue, a démontré son adaptabilité idéologique.

Dans la décennie précédent la seconde guerre mondiale ce type de situation s’est inexorablement banalisé dans la presse écrite. Des journaux ont ressassé des propos du même acabit. Or le contexte est à nouveau extrêmement favorable pour que la diffusion des élucubrations « zemmouristes » trouve un écho favorable au-delà des fans du Lépénisme relooké !

La crise du capitalisme paraît presque similaire entre les années 30 et aujourd’hui. Il y a plus de 80 ans l’effondrement du système capitaliste avait provoqué la propagation des idéologies nationalistes et l’arrivée au pouvoir de forces politiques réactionnaires. Est-ce tellement différent dans la période de fortes turbulences qui s’annonce ? La crise financière qui frappe l’Europe depuis dix ans est la cause principale de à la montée de l’extrême-droite dans de nombreux pays.

L’angoisse face à la perte d’un statut social aussi maigre soit-il renforce cette haine des « autres » vécus comme des menaces. Elle va finir par peser fortement sur la stabilité des systèmes un tant soit peu démocratiques. Qu’une télévision d’un groupe capitaliste à la recherche de ses profits perdus ait failli à ce point aux valeurs du journalisme illustre cette déliquescence du monde économique prêt à tout pour sauver son avenir.

Une violence latente s’installe également chaque jour davantage en France. Violence de mesures insidieuses contre une part des gens en fragilité sociale ; violence contre les services publics seul patrimoine des plus démunis ; violence physique dans les manifestations d’un coté des barricades comme de l’autre ; violences contre la santé, contre l’environnement, contre l’Humain : les vannes sont ouvertes.

L’historien Gérard Noiriel résume ainsi le contexte actuel : «  ce qui caractérise les partis d’extrême droite quand ils sont au pouvoir, c’est la fuite en avant. Etant donné qu’ils ont mis la main sur l’Etat en jouant sur les fantasmes national-sécuritaires de l’opinion, ils n’ont pas, eux non plus, de recette miracle pour résoudre la crise. Ce qui les oblige à multiplier les boucs émissaires et à les réprimer de façon de plus en plus fortes (1) ». A vous de vérifier.

(1) France culture.fr 9 novembre 2018