La montée des incivilités dans de mon quotidien d’un carré de la bastide devient exponentielle. Là où autrefois un acte de mépris à l’égard des règles de la vie commune restait l’apanage de quelques malotrus il devient désormais une habitude généralisée. Ce sont des faits réputés, par celles (de plus en plus nombreuses) ou ceux qui les commettent, sans importance alors qu’il révèlent une tendance sociale simple : les règlements ou la loi ne sont que pour les autres et surtout pas pour moi. Et ce dogme s’applique souvent aux couches les plus aisées de la société qui ont la toute puissance du 4×4 ou de la voiture sans limite.

Pour eux.elles si « je » perturbe la vie commune ce n’est que pour un motif individuel « sérieux » mais aussi avec le sentiment que ce n’est pas grave pour la vie sociale ! Le « rouspéteur « ou le « moralisateur » qui les mettent devant leurs actes ne sont en fait que les vrais « coupables » car ils font d’un événement sans importance un « problème » ! Le (la) vrai.e emmerdeur.euse est souvent propriétaire d’un moyen de déplacement hors normes. Le code de la route lui est totalement étranger du moment qu’il peut éviter de marcher !

Ainsi dans la rue perpendiculaire à celle où je vis, le stationnement en bout de chaussée bloquant totalement la circulation, devient monnaie courante. Pour aller quérir une cartouche de cigarettes, pour déposer son ticket de loto, pour récupérer une baguette de pain, pour simplement saluer un.e ami.e, on s’arrête avec les feux de détresse et on abandonne son véhicule durant un laps de temps indéterminé. Inutile de protester si vous attendez derrière ou de klaxonner car l’insulte vient vite aux lèvres de l’occupant de l’espace public qui vous jette un regard furibard.

Dévalant la dite rue à tombeau ouvert les automobilistes oublient majoritairement la priorité à droite (c’est dépassé et désuet!) pour ensuite, arrivant au bout de la ruelle, enfreindre sciemment l’interdiction de tourner à gauche vers la place centrale. J’ai ainsi vu une gente dame descendre, faire le guet, bloquer la circulation « normale » afin que son époux au volant puisse aisément s’affranchir de la règle et prendre sans vergogne la rue de contournement de la dite place en sens interdit ! Une femme avec enfants en bas âge à bord n’a pas hésité sous mon nez à griller la politesse à tout le monde en effectuant la même manœuvre pour se garer sur une place de stationnement devant un passage pour les fauteuils roulants ou personnes à mobilité réduite situé en sens interdit !

Un camion de travaux peut s’installer au beau milieu de la rue durant des heures sans aucune signalisation de chantier empêchant tous les riverains d’accéder chez eux. Peu importe : lui « il travaille » et donc il ne voit pas pourquoi un vieux « con » lui fait des remarques sur son outrecuidance. Ouverture de la chaussée sans prévenir et plus souvent encore recouvrement de la tranchée des semaines plus tard son t devenus des actes ordinaires au prétexte que l’on manque de temps pour respecter le processus réglementaire.

Qu’écrire sur les mégots quand vous habitez en face d’un bureau de tabac… Ils jonchent votre devant portion de trottoir, s’étalent dans le caniveau sec par dizaines ou terminent leur vie sur le rebord de votre fenêtre. C’est ainsi les restes de la dernière cigarette du paquet vous condamnent à balayer devant votre porte et surtout à ne pas vous aviser d’effectuer des remarques.

Si par malheur un.e avide du grattage se retrouve avec des cartons perdants ils vous gratifie de sa mauvaise humeur en les lançant sous les voitures… surtout celle qui demeure stationnée sous votre fenêtre depuis des mois… sans que son propriétaire se préoccupe de la perte de cette lumière pourtant si précieuse à l’intérieur de votre maison. Ailleurs trois ou quatre automobiles sans aucun document valable sur les pare brises occupent des places de manière durable sans que l’on sache vraiment si un jour elles bougeront.

Inutile de rajouter qu’au carrefour des rues proches les poubelles s’accumulent, débordent et recèlent des déchets mélangés. De temps en temps un lit cassé, un matelas, une machine à laver ou tout autre meuble peuvent naître au petit matin ou le week-end sur le trottoir. L’espoir de les voir recueillis par un service compatissant suffit à déculpabiliser les géniteurs de ces dépôts sauvages. Ils insistent et se rassurent en affirmant que les autres, tous les autres ne se privent pas de délester leur logement de ces objets délaissés.

Dans ce petit périmètre de proximité on a un condensé de l’évolution sociétale. Il faut s’en accommoder sous peine de devenir un misanthrope acariâtre et nocif. Quand en plus vous avez été instituteur votre situation s’aggrave. « Eh ! L’instit oublie tes leçons de morale… nous avons changé d’époque ! »  le reproche fuse comme celui de toujours vouloir convaincre plutôt que de vouloir sanctionner est dépassé. Désormais la liberté de chacun.e ne s’arrête plus où commence celle de l’autre !