Dans le fond ce ne sont pas les exactions commises contre les Kurdes qui génèrent l’indignation de nombreux pays mais plus prosaïquement les conséquences pour leur propre sécurité de cette attaque turque. En effet, les déclarations de l’affolé du bulbe américain ne sont guère critiquées frontalement car les mesures de rétorsion paraissent trop dangereuses.

Quelques déclarations généralistes suffisent à satisfaire quelques doutes moraux. Il n’y a pourtant aucun doute : les USA apportent leur soutien au sultan d’Ankara contre les Kurdes comme ils le font pour Israël face aux Palestiniens. La raison du plus fort paraît toujours être la plus forte !

Illico la Maison blanche a décidé de retirer un millier de soldats qui œuvraient au coté des Pechmergas dans leur combat contre les djihadistes pour annoncer le redéploiement de 3 000 GI avec armes et bagages sur les bases en Arabie saoudite. Coïncidence ? Impossible. Il s’agit simplement de recentrer les forces dans l’hypothèse d’un conflit avec l’Iran.

On abandonne des « alliés » à leur terrible sort au nom de « la sortie de guerres » sans intérêt pour l’Amérique afin de se préparer à entrer dans un nouveau conflit. Il est vrai que les Kurdes n’ont pas de pétrole mais que des idées démocratiques assez dangereuses.

Alors dans un tel contexte la France s’alarme des effets de ce nettoyage ethnique en cours. Elle n’a dans le fond aucun moyen réel de s’y opposer. Ce n’est pas l’arrêt de potentielles livraisons d’armes aux Turcs qui changeront la donne car ces derniers ont suffisamment de réserves et de matériels pour se priver des arrivages occidentaux.

En fait la préoccupation de l’Élysée c’est l’évasion potentielle de terroristes revanchards car oubliés par leur pays d’origine. On appelle ça en terme diplomatique la « crainte d’uns situation humanitaire intenable »

Les combats sont intenses et auraient provoqué plus de 150 personnes, dont une cinquantaine de civils, et l’exode de plus de 130.000. Des convois pacifiques ont été attaqués et les « miliciens » armés, soutenus logistiquement et par des appuis aériens ou d’artillerie progressent afin de chasser les habitants. Dans ce territoire conquis et « nettoyés » ils implanteront des centaines de milliers de Syriens favorables au régime d’Erdogan. Une colonisation par la force qui va coincer le peuple Kurdes entre des ennemis susceptibles de les étouffer culturellement et économiquement.

Il est impossible que cette stratégie n’ait pas été connue des pays de l’Alliance anti-Daesh. Les Américains l’ont approuvé en faisant semblant d’avoir des états d’âme humanitaire. L’Europe ressemble aux trois singe et se préoccupe surtout de la fuite de plusieurs centaines de proches du groupe Etat islamique (EI) d’un camp de Syrie.

C’est une véritable bombe à retardement qui va alimenter la peur déjà élément décisif des votes populistes ou extrémistes sur le vieux continent. Les amalgames se développent et alimentent une vraie crise des esprits. Les démocraties sortiront encore une fois encore plus affaiblies de cet épisode de renoncement aux valeurs qui devraient être les siennes.

Que peuvent dire désormais les gouvernements européens qui ont encouragé à la lutte contre le régime syrien et qui se révèlent incapables de s’opposer à la volonté hégémonique de la Turquie ? Comment vont-ils pouvoir condamner le fait que des unités de l’armée syrienne se dirigent dans le nord du pays pour faire face à l’agression turque.

Les autorités kurdes ont reconnu… avoir passé un accord avec Damas pour ce déploiement le long de la frontière pour repousser l’offensive turque. L’escalade sera forcément dangereuse. Elle n’a pas été possible sans que l’allié principal de Bachar El Assad, la Russie ne lui ait donné le feu vert… et que les Européens ne soient pas intervenus.

Il s’agit dans les 48 heures de la survie du peuple Kurde. Ses dirigeants ont donc décidé de choisir entre la peste et la choléra car après s’être battus pour notre sécurité il doivent sauver leurs familles.

Erdogan n’a qu’une seule obsession : en finir avec ceux qu’ils considèrent comme de mauvais exemples pour la Turquie.

On n’est pas très loin sur le principe de ce que les dirigeants turcs ont fait avec les Arméniens au début du dernier siècle. Pour lui c’est une vraie « guerre » dont il espère sortir vainqueur et couvert de gloire. Rien ne l’arrêtera à court terme. Des menaces directes ont été brandies contre les soldats français (deux d’entre eux auraient été blessés) et dit-on à l’égard des bases américaines… Il va aller jusqu’au bout! il sait que le temps travaille en sa faveur.