Qu’a-t-on retenu de la manifestation des sapeurs-pompiers professionnels (1) dans les rues de Paris ? Leurs revendications salariales ? C’est approximatif puisqu’ils ne demandent en fait qu’une revalorisation de la « prime de feu » qu’ils souhaitent voire alignée sur celles des policiers et des gendarmes. Leur retraite ? Ils ne veulent que maintenir la poissibilité de départ possible à 57 ans s’ils ont 42 annuités ! Les violences qui leur sont faites ? Impossible pour eux d’admettre qu’en arrivant les premiers aux appels ils essuient les injures et même les coups des gens qu’ils viennent secourir. Est-ce anormal ? 

Les spécificités de leur métier ? Ils les assument mais ils revendiquent de s’en tenir aux fondements de leurs missions. Dans le fond ils ne sollicitent de la part du pouvoir que le respect de leur engagement au service des autres. En pure perte.

Eux-aussi réceptionnés par des canons à eau et des grenades lacrymogènes ils ont pu constater que le dialogue autour de la triste réalité de la préservation des biens et des personnes, se résumait à un affrontement avec les forces de l’ordre. Ils voulaient, comme beaucoup d’autres corps de la fonction publique, être écoutés et reconnus ce qui par les temps qui courent est impensable.

En fait les sapeurs-pompiers sont devenus les supplétifs des carences criantes d’un système de santé en perdition. ils le font savoir. Ils auraient ainsi pu défiler avec des personnels des urgences ou des assistantes sociales ou des membres en charge de l’ordre public.

La situation actuelle extrêmement préoccupante sur le fond plus que sur la forme n’a pas l’air de mobiliser outre mesure le gouvernement. Comme l’essentiel est assuré à chaque minute de la journée par des professionnels ou des volontaires disponibles, il n’est pas question de remettre un brin de logique dans un échafaudage d’une extraordinaire complexité : celui de secours aux personnes.

Il aurait été pourtant utile que les responsables politiques sachent que les membres des SDIS ne doivent intervenir que sur les accidents ou blessures survenant sur le domaine public ou être requis pour de graves défaillances physiques ou des incendies sur ordre du 18 ou 15 selon les situations.

Ils sont astreints à lutter contre les incendies, les fléaux naturels ou industriels (sauf si le site a ses propres forces) mais en aucune manière ils ont à répondre aux « lever d’un doute » ou pour des interventions liées a des incidents ou des besoins matériels divers. Sauf qu’actuellement plus de 60 % de leurs sorties portent sur des « secours à personnes » de niveaux extrêmement différents en gravité.

Les pompiers pallient les absences des ambulanciers (ils préfèrent des déplacements sanitaires des malades vers les hôpitaux ou les cliniques), des ervices sociaux, de médiateurs divers et restent le seul service au public permanent sur les territoires.

Dans la catégorie « secours à personnes » il assument de plus en plus de  transport de gens « alcoolisés » abandonnés sur les trottoirs, des victimes de bagarres de sorties de boite de nuit, des blessés.e.s légers des querelles intrafamiliales ou vont effectuer des interventions sur appel des systèmes d’alerte pour relever des personnes esseulées. Souvent ils recouchent les appelant.e.s avec le maximum de sollicitude et sans autre mesure de sécurité.

Ils sont parfois envoyés par une alarme pour un danger potentiel et se retrouvent à changer les piles de la zappette de la télé, à conduire quelqu’un aux toilettes, à remettre au lit des gens âgés perdus dans la nuit d’Alzheimer ou à descendre le chat d’une mamie monté dans un arbre… Ces dizaines et des dizaines de missions sans rapport avec leur métier de plus en plus technique, de plus en plus spécialisé et de plus en plus dangereux rongent la disponibilité des professionnels et des volontaires. Ils les submergent.

En Gironde toutes les 4 minutes, 24 h sur 24 et 365 jours par an, en moyenne un véhicule quitte un centre de secours. Les « pics » se situent bien entendu le matin entre 6h 30 et 8 h ; entre 12 h et 14 h ; de 17 h à 20 h et il arrive alors que les ambulances soient en point de rupture. Ce sont les périodes où les « privés » ne sont aps disponibles comme la plupart du temps dans la nuit.

Les temps d’attente aux urgences aggravent ce manque de disponibilité sur les grands centres hospitaliers. Or la population attend d’eux disponibilité, rapidité, efficacité… sans se rendre compte d’un situation pouvant à tout moment se révéler impossible à gérer. Le paiement des déplacements « inutiles » est en cours dans certains départements. Encore une fois la régulation s’effectuera pas l’argent.

A Paris les représentants d’un service public du quotidien ont été rincés ou gazés ou bousculés. Ils avaient leur tenue de feu. Pas de gilets jaunes. Il est certain que le mépris qui les accompagne depuis plusieurs mois laissera des traces profondes. La lassitude s’accroît de jour en jour. Il ya le feu chez les pompiers !

(1)Les pompiers professionnels représentent 16% des quelque 247.000 pompiers en France, le reste étant à 80% des volontaires.