Lors d’un congrès comme celui des départements apparaissent vite les limites des comportements politiques actuels. Il n’y a guère de querelles partisanes puisque l’objectif avoué est de pondre une motion commune qui puisse être votée par tous les élu.e.s présent.e.s au nom de la solidarité. L’obsession générale c’est de ne pas faire de « politique » !

Heureusement je n »aurai pas à me prononcer car je ne pense pas que l’on ait intérêt dans le contexte actuel de se contenter de remarques techniques sur la fiscalité, les allocations de solidarité ou le pacte limitant les dépenses. Les citoyen.ne.s qui s’intéressent tant soit peu à la vie collective sont perdus dans des considérations strictement financières éloignées de leurs préoccupations.

La querelle sur l’exonération bidonnée de la taxe d’habitation n’a pas de sens concret sauf à la situer dans un contexte politique général. Cette mesure menace les fondements de la République mais on continue à se battre sur des taux, des montants et se laisser enfermer dans un débat de chiffres. Le vrai problème est ailleurs car cette mesure hâtive va créer après la fracture sociale, la fracture numérique, la fracture environnementale une vraie rupture du lien entre une majorité des habitants d’une commune et les élu.e.s qu’ils ont majoritairement choisis.

Plus de véritable responsabilité dans les dépenses puisqu’elles ne seront pas portées par une fiscalité directe. Comment juger d’une qualité de gestion quand cette dernière ne repose que sur une répartition d’argent essentiellement octroyée nationalement et une taxe n’affectant qu’une partie de la population. On devenait citoyen il y a maintenant plus de 230 ans grâce à une contribution à la vie collective proportionnelle à ses moyens et non pas par le seul fait d’appartenir à une catégorie. 

La décentralisation n’est vraiment pas une affaire de textes législatifs mais elle résulte elle aussi d’une vision du fonctionnement de la République. Celle de Gaston Deferre partait d’un inversion de la gouvernance du pays. Son fondement était une confiance mesurée dans les élu.e.s choisis par le peuple. Il plaçait la responsabilité en première ligne et il ajoutait en corollaire l’autonomie. C’était un vrai choix, une véritable décision politique refusant la verticalité des décisions touchant au quotidien.

Désormais on fait fi de ce principe et on impose de Paris une recentralisation mettant le pouvoir décisionnel entre les mains d’une élite totalement coupée du terrain et sans aucune expérience réelle et inconsciente des conséquences des mesures prises.

Des légers signes d’inflexion  de cette tout puissance née de l’arrivée à l’Élysée de l’un des leurs, commencent à venir pour les corps intermédiaires (grand débat,panel citoyen, retour sur la réforme des retraite, décalage de grandes réformes annoncées pourtant comme urgentes…). En revanche pas question de redonner des possibilités d’action pour les collectivités locales de telle manière qu’elles ne mettent pas en exergue des réussites que n’obtient pas le gouvernement.

Les élections municipales se profilent dans cet environnement de méfiance, de mépris ou de défiance. Il ne faudra pas surtout croire dans le miroir aux alouettes des programmes pléthoriques car ils seront bâti sur du sable. Tout est verrouillé de manière serrée et durable.

Comme il n’est plus évident que l’on sache encore faire de la politique (la vraie) celle des valeurs, des principes, des stratégies le refuge sera dans les querelles techniques. Or sans adhésion à une action justifiée, charpentée, construite sur des fondations claires les électrices et les électeurs se retourneront vers les élus les plus proches. la fièvre jaune n’est pas prête de s’éteindre… rendez-vous début décembre 2019…