Il faut vraiment voir la France depuis la citadelle de Bercy pour ne pas vouloir reconnaître que la fracture sociale s’agrandit chaque jour un peu plus. Les yeux rivés sur la croissance les « ratiomanes » ne se préoccupent pas de cette angoisse profonde qui progresse dans le pays : comment simplement survivre dans une société marchandisée à l’extrême ? Sans argent rien n’est possible et le « sol » d’un confort modeste se dérobe en quelques instants sous les pieds de celels et ceux qui s’y croient modestement installés.

Le racisme progresse sur le terreau des pauvretés matérielles et culturelles en raison d’une peur réelle de ce sentiments : se voir « priver » du peu que l’on possède par des plus pauvres que soi ! Ils vont me prendre mon travail même mal payé. Ils vont m’ôter la solidarité dont je bénéficie. Ils auront des avantages que j’ai mis des années à obtenir ou que je n’ai jamais pu obtenir.

Or selon une étude de l’INSEE le taux de pauvreté en France a augmenté en 2018. Cet indice statistique, qui mesure surtout les inégalités, a été réorienté à la hausse par la politique fiscale du gouvernement qui a favorisé les plus riches et c’est indiscutable. Que pèse par exemple la fameuse éxonération de la taxe d’habitation quand 40 % des contributeurs potentiels en étaient déjà dispensé . En quoi a-t-elle changé le sort d’une caissière à mi-temps de grande surface devant se loger et n’ayant jamais acquitté cette taxe ? Les pauvres atteignent 14,7 % de la population (+0,7 % sur un an).

En fait cette hausse s’explique en partie par…. la baisse des allocations logement dans le parc HLM. L’INSEE ajoute que « son indicateur, par définition, ne peut tenir compte des baisses de loyer imposées aux bailleurs sociaux, censées compenser cette baisse de revenus ». C’est une réalité dramatique car elle recouvre des situations familiales difficiles avec souvent des enfants !

Le taux de pauvreté mesure la part de la population vivant avec des revenus représentant 60% du revenu médian, c’est-à-dire une somme qui partage la population en deux parts égales en nombre, au-dessus et en dessous de cette somme (moins de 1 026 € par mois avec els prestations sociales).

Dans le même temps il y a eu une hausse des revenus médians ce qui creusent considérablement les écarts. Les inégalités face à la vie deviennent insurmontables. Quand certain.e.s perdent leurs APL d’autres reçoivent toujours plus de certains revenus des capitaux, notamment des dividendes perçus par les ménages les plus riches en 2018 (environ + 60%). Quelles que soient les options politiques un constat s’impose : tout au long des années 1970 à 1990, les revenus des pauvres et des riches avaient tendance à se rapprocher… avant de s’éloigner à partir de la fin du siècle dernier.

En 2017 une vigoureuse accélération de la dérive a eu lieu après la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Les dernières données rendues publiques par l’Insee dans son bulletin mensuel « Analyses » montrent clairement que la politique fiscale a fait repartir à la hausse les inégalités.

En plus il faut noter que le libéralisme généreux avec les classes aisées n’a eu aucune retombée sur la consommation, l’emploi ou la solidarité. Au contraire il est essentiel de penser qu’avec la réforme des retraites qui se prépare les pauvres d’aujourd’hui seront dans quelques décennies les très, très pauvres de demain.

Le système leur promet une précarité inexorable. Rien d’autre. Et ce n’est pas le RUA en chantier qui changera la donne car il ne s’agit que d’un moyen de rogner encore plus sur les allocations de solidarité en les globalisant.

En basant la stratégie de réforme de la fiscalité sur la consommation (part de TVA soit la taxe la plus inégalitaire qu’il soit) le gouvernement accentuera la fracture matérielle. Toutes les politiques qui conduisent à éviter un acte d’achat prennent alors une importance particulière car elles cassent un rapport à l’argent pouvant aider à diminuer la pauvreté ressentie.

L’accès à une alimentation de qualité pour justement ces catégories les plus défavorisées. Elle deviendra en effet problématique selon le niveau de revenus de chacun.e dans un contexte mondial de plus en plus tendu et peu propice à la relance économique.

Si cette croissance de la pauvreté se confirme l’an prochain il faut s’attendre à une aggravation des événements violents connus fin 2018 et début 2019 d’autant que les conseils départementaux dont les dépenses sont corsetées et les recettes bloquées ne pourront plus jouer leur rôle d’amortisseurs. L’an 2020 s’annonce crucial pour l’avenir d’un pays en manque de confiance généralisée.