Chaque jour apporte une annonce de candidature individuelle ou déjà collective aux élections municipales… dans une grande ou une petite ville. Peu d’entre elles se réclament des classements politiques passés car ils ne paraissent plus très porteurs. La belle époque de l’affrontement « tendance de gauche » et « positionnement à droite » dans les villages ne font plus recette. Il ne s’agit plus du tout de demander à un(e) candidat(e) quelle sera la philosophie globale de son engagement au service du bien commun puisque l’essentiel se porte sur la « gestion » prise au seul sens financier du terme.

On se situe « nulle part » aux municipales de telle manière que l’on puisse échapper à la politisation du débat national présent ou passé. Alors apparaît un qualificatif qui va servir à bon nombre de listes : elles seront « citoyennes ». Les seules questions qui méritent d’être posée : « y-aurait-il aux municipales des candidat(e)s qui ne seraient pas citoyen.ne.s ? » ou «  en quoi les listes qui s’en réclament sont-elles plus citoyennes que les autres ? » Les réponses concrètes à ces questions seraient vraiment intéressantes à analyser. Surtout qu’à mon humble avis la mode va se répandre et l’appellation va finir par être galvaudée.

Devenir une liste de ce type ce n’est pas que rassembler des personnes de tous les horizons mais c’est uniquement s’engager sur une plate-forme, un pacte, une charte présentant les valeurs, les principes et les méthodes mises en place. Il faut un discours de la méthode et pas seulement un catalogue de bonnes intentions. Dans le contexte actuel et futur de la vie municipale il n’est pas certain que tout soit fait au niveau national pour que les citoyen.ne.s prennent leur part dans la gestion publique. C’est le contraire quis e prépare

D’abord parce qu’il est quasiment acquis que bien des communes vivent leurs dernières heures. Le scrutin qui permet de les doter de conseils municipaux ne correspond plus aux objectifs réels du pouvoir central. Il est certain que tout sera accompli, par étapes, pour que le socle de la gestion locale soit déplacé vers les « communautés » de second niveau. La proximité entre élu.e.s et…. citoyen.ne.s n’a plus d’intérêt : il faut justement la déconnecter au maximum et réduire le nombre eds interlocuteurs de l’Etat! 

On le voit de plus en plus avec le rôle croissant de l’intercommunalité qui permet de décider et de faire dans le fond n’importe quoi sans aucun risque de sanction électorale. Que prétend donc apporter une liste « citoyenne » sur ce sujet ? Aucune solution n’émerge alors que lors du prochain mandat ce sera pire que lors du précédent.

Peut-on croire par exemple que tous les conseiller.e.s municipaux des communes de la Métropole bordelaise exercent un vrai droit citoyen de contrôle sur les décisions prises en réunion métropolitaine ? Quelle sanction peut infliger à une président.e d’intercommunalité un(e) électeur.trice mécontent.e ? Les habitant.e.s qui se déplaceront le 15 mars prochain connaissent-ils vraiment les tenants et les aboutissants de la gestion intercommunale ? Ils se contentent de grands mots et de grands projets mais ils sont écartés de toutes les décisions.

La véritable citoyenneté passe donc par deux revendications fondamentales : redonner leur poids réel aux communes et introduire le contrôle citoyen à l’échelon supra-communal. Il n’est pas certain que ce soit la vision de tous les candidat.e.s qui font déjà l’impasse sur la base pour viser les sièges où se situe le pouvoir local réel d’autant que le cumul des mandats et des indemnités reste possible. Qui votera le 15 mars en connaissance de cause ?

Il ne peut y avoir, selon moi, de listes citoyennes qui ne proposent par un « pacte » ou une echarte » servant, grâce aux engagements proposés, de support à leur action future. Quelles valeurs ? Quels principes ? Quelles modalités de gouvernance ? Quelles priorités ? Tout programme type catalogue de La Redoute sans ces réferences n’offre aucune garantie en la matière.

Pourquoi ces choix ? Comment les mettre en œuvre ? Avec qui ? Autant de modalités de construction d’une vie locale « citoyenne » qu’il faut dévoiler pour justifier une ambition. Il faut casser une vision qui voudrait que la gestion collective partagée ne soit pas rigoureuse et attentive aux considérations financières. Au contraire ! Il faut contractualiser avec la population ! 

Pour survivre la vie locale aura besoin d’un fort, d’un énorme effort de renouvellement des pratiques. Ce n’est plus du tout une étiquette politique qui le garantit. L’autonomie, la responsabilité, la solidarité constituent des fondements qu’il faudra d’urgence remettre dans l’action publique. Sauf que ce sera un combat constant et peut-être vain puisque l’autonomie communale est singulièrement altérée, la responsabilité est seulement virtuelle pour une part des élus municipaux et la solidarité devient très rare à tous les niveaux. Alors méfiez vous certaines appellations ne sont vraiment pas d’origine contrôlée.