Quelle différenciation peut-on faire entre un homme fragile gavé de propagande religieuse commettant des attentats aveugles et un homme fragile imprégné de complotisme ou de haine raciste tuant au hasard ? Difficile de se prononcer sauf à partir d’à priori faciles. L’époque actuelle conduit en effet à ne pas trop réfléchir et donc à se fabriquer des certitudes réconfortantes car simplistes.

L’écart se trouve dans les mots : « attentat terroriste» dans un cas et « tentative d’assassinat » dans l’autre. L’un s’en prend pourtant à une église et l’autre à une mosquée. Les deux tirent au hasard et font des victimes innocentes et totalement étrangères aux préoccupations de tueurs froids sous influence. En fait l’interprétation n’est que juridique d’abord, médiatique ensuite pour devenir finalement politique.

Dans de très nombreuses situations les « croyances » constituent le fondement d’exactions abominables. « Telle est la faiblesse de notre raison : elle ne sert le plus souvent qu’à justifier nos croyances » affirmait Marcel Pagnol dans La Gloire de mon père. Or il semble bien que la raison ne soit plus de ce monde et que tout vire au surnaturel, à l’ésotérique, à la superstition, au religieux avec des déviances aux conséquences épouvantables. La pression de l’irrationnel étouffe les consciences pour transformer « les Hommes en loups pour les autres hommes.»

Ce mode de pensée qui n’existe qu’en dehors du domaine de la raison ou qui s’y oppose envahit . Il existerait, trois formes de ce mal du XXI° siècle : une première qui place l’irrationnel comme obstacle interdisant la reconquête de la rationalité ; une seconde celle de l’irrationnel comme recours, offrant le moyen de renouveler et de prolonger l’acte créateur ; une dernière, l’irrationnel par renoncement qui serait le véritable rejet du rationnel.

Certains propagandistes d’une vision irrationnelle du monde le font de façon naïve, mais sincère, pensant réellement que des concepts aussi divers que l’« histoire » ou la « vérité » seraient modulables et dépendraient de différentes interprétations « alternatives ». D’autres diffusent des principes voulant que la société issue du rationalisme, promouvant l’idée de progrès serait fondamentalement négative et que la science provoqueraient divers maux. Ils tiennent sous leur influence des milliers de personnes sur tous els continents.  

Ils ont idéalisé une société archaïque, souvent anhistorique, fallacieuse mais qu’ils vantent avec succès dans un contexte de fragilité psychologique, sociale, éducative ou culturelle. Et chaque jour leur vision gagne les esprits. Les extrémistes, les provocateurs, les prédicateurs ont envahi les espaces sociaux que la raison a délaissé et grâce à une effarante complicité médiatique ils tiennent le haut du pavé télévisuel. Ils entrent dans des foyers fermés, rétrécis, recroquevillés pour se faufiler dans les failles du raisonnement que les « réceptifs » n’ont pas appris.

Les bases de l’irrationnel sont au sens très large, religieuses. Il s’agit de trouver une explication à l’existence et au sens de la vie que la société actuelle n’apporte plus par l’invention d’une « action divine ». Alors tout fait sens, l’action de Dieu, des Dieux est partout, Dieu ou les Dieux étant omniprésent, omniscient et omnipotent.

Certains chefs des États les plus puissants de la Terre invoquent sa clémence, son soutien, font allégeance et accréditent donc la thèse de la réalité de cette influence sur le sort des populations. Les plus grands sportifs se prosternent, implorent le ciel, se signent ou se recueillent devant des stades bondés et des millions de téléspectateurs indifférents.

Le prosélytisme de la haine, du racisme, de la violence verbale puis physique conduit de son coté à des multiples formes de fanatisme ravageur, de dogmatisme dévastateur tant au niveau religieux que… politique ! Le niveau d’alerte est atteint mais encore une fois on cassera le thermomètre pour ne pas avoir à traiter les causes de cette fièvre terrifiante. Le jargon judiciaire ne changeront rien à cette réalité angoissante : les « terroristes » ne viennent pas toujours de loin mais sont tous imbibés d’irrationnel à doses massives.

Depuis le début des années 2000, un grand nombre de sites Internet et de blogs, majoritairement militants, font la promotion de l’irrationalité en tant qu’alternative à une raison qui serait pipée, truquée et orientée… Et parfois ce n’est pas tellement faux ! Le doute raisonnable n’a plus sa place !