Le différend commercial entre les États-Unis et la Chine a singulièrement perturbé les équilibres économiques mondiaux. Le poids de la politique intérieure américaine est décisif dans ces querelles qui opposent la force de moins en moins tranquille de Pékin et les coups de gueule de Trump destinés à flatter son électorat. Les deux plus grandes puissances trinquent à la santé de leurs entreprises plus ou moins avouables quand les autres pays tentent de ramasser les miettes ou les gouttes de ce gigantesque festin. Un accord entre eux serait proche.

Une délégation française se rend donc en Chine au plus mauvais moment car elle va servir d’alibi à ses hôtes pour faire bouger quelques lignes du protocole d’accord avec les USA. La présence des représentants du monde agricole peuvent par exemple permettre de récupérer des accords sur les sujets auxquels les négociateurs de Trump sont attachés. Pékin a besoin de nombreux produits agricoles car sa population évolue socialement et culturellement.

La dépendance alimentaire devient très préoccupante. La Chine possède en effet seulement 10% des terres arables de la planète pour 20% de la population mondiale ce qui donne 0,07 ha de terres agricoles par habitant, contre en moyenne 0,21 par habitant dans le monde. C’est un pays, plus que le nôtre, dans lequel l’industrialisation et l’urbanisation effacent inexorablement des terres arables. Il a une balance commerciale qui affiche donc un déficit de 60 millions de dollars pour le seul secteur agroalimentaire ce qui le place en fâcheuse posture. C’est la seule faiblesse de Pékin : nourrir son peuple dans l’avenir !

Ainsi l’accord en cours avec les États-Unis prévoirait des achats de biens agricoles pour 40 à 50 milliards de dollars par an (2,5 fois plus qu’actuellement) ce qui donnerait un vrai bonus inespéré aux « industriels agricoles » des secteurs votant massivement pour Trump. Les négociateurs US ont obtenu l’abaissement des réglementations et normes et des barrières non tarifaires. Les Français avec leur viande, leur vin, leur blé, leur porc ou leur pain  représenteront bien peu de volumes !

Aujourd’hui, la Chine reste le cœur du déficit commercial de la France – près de 30 milliards d’€. Pékin est en effet un fournisseur de matériaux (terres rares, ciment, acier,…) à des prix sans commune mesure avec ceux de la concurrence, ce qui permet de contenir l’inflation dans les pays européens. In extremis Trump renoncerait à l’augmentation de 25% à 30% des tarifs douaniers punitifs sur 250 milliards de dollars d’importations chinoises aux États-Unis et empêcherait ses « alliés » de récupérer des marchés qui pourtant les sauveraient.

L’Europe reçoit un message clair sur les sanctions douanières qui lui sont appliquées : elles ne bougeront pas ! Élever des barrières économiques, comme l’on fait les États-Unis l’ont fait avec les droits de douane aggravés, signifierait pour l’UE et donc la France, une hausse des prix et donc une hausse du coût de la vie. Or ce n’est vraiment pas le moment ! Inevisageable. 

La Chine dispose donc d’un vrai atout de ce point de vue et nous attend dans ce qui ne saurait être une vraie négociation car les dés sont pipés. La France vend des Airbus à bas prix ou avec des conditions financières draconiennes mais elle ne saurait en revendiquer seule le mérite puisque l’avion est réparti en production dans plusieurs sites européens. On aura du mal à allonger la liste ! 

L’accord Sino-américain prévoit également un accord sur les « finances », en plein crise de la place de Hong-Hong qui sera de fait court-circuitée, qui permettra aux entreprises américaines d’être propriétaires à 100% en Chine, des maisons de courtage, des compagnies d’assurance, des sociétés d’investissement. La vente directe sera donc possible et surtout la gestion des bénéfices beaucoup moins sujette au bon vouloir du parti communiste chinois.

La France part pour vendre ses produits culturels et ses services : c’est louable ! Dans le premier secteur l’inauguration d’une antenne du Musée Pompidou à Shangaï et l’espoir de placer des films constituent seulement des avancées de prestige. Dans le second les structures d’accueil de la petite enfance intéresseraient Pékin qui doit gérer un nouveau problème : le besoin de main d’œuvre féminine est en effet entravé par la garde des enfants ! Les Chinois cherchent donc un modèle démultipliable à grande échelle. Certes on parlera aussi nucléaire mais c’est toujours très incertain dans ce domaine.

En définitive ce rendez-vous de prestige mais pas d’affaires a comme but d’évoquer des sujets internationaux très sensibles comme celui de l’Iran (la Chine a besoin de pétrole), l’accord sur le climat qui nécessite un vrai geste des Chinois et bien entendu la situation à Hong-Hong qui au-delà des vrais problèmes démocratiques constitue une gêne pour les activités économiques européennes. Mais rassurons nous ce sera un beau voyage officiel avec évidemment un communiqué final à la hauteur des enjeux !