Au moyen âge, les « urbanistes » concepteurs du centre-bourg d’une ville neuve dite bastide comme Créon avaient imaginé une « plurifonctionnalité » garante de son développement : le commerce à travers les boutiques de la « galerie marchande des couverts et le marché hebdomadaire institutionnel ; un habitat égalitaire avec un espace d’autosuffisance alimentaire ; des services officiels comme la religion, la sécurité ou la justice; le lien social à travers la place centrale et la mobilité diversifiés dans des rues aussi pratiques que possible. Ils savaient par expérience que seule la diversité des offres permet la survie du cœur d’une cité et pas seulement ses propositions commerciales. L’interdépendance entre les paramètres sociaux constituait selon eux la clé de la solidité globale du centre ville.

Aujourd’hui ce n’est guère différent puisqu’un centre bourg ne peut résister que sur la base forte et solidaire ces cinq thématiques avec des interactions mutuelles. Il est vain de penser l’économie de proximité sans réfléchir à la manière dont on se rend dans les lieux où elle est installée, sans mener de réflexion sur le type d’habitat qui l’entoure ou créer les services et des lieux de sociabilité. Le rôle de la puissance publique consiste à maintenir ou à développer cette pluridisciplinarité. Un.e habitant;e, un usager, un spectateur, un touriste, un promeneur deviennent dans des proportions différentes un client ! Mais l’inverse n’est pas vrai.

Le système de la grande distribution n’a rien inventé (« centre commercial ») mais a rationalisé et développé ces principes. Comme au XIV° siècle il y a un seul décideur, un seul concepteur permettant ainsi de garantir l’efficacité des aménagements. L’élu.e se doit de jouer ce rôle dans le cadre de la survie ou du développement de la zone centrale de sa ville ou son village. Il lui faut donc désormais travailler à « concentrer » les offres pour maintenir l’attractivité d’un espace qui ne survivra plus par sa seule activité économique.

Actuellement, dans la période pré-électorale la survie des centre-bourgs va être au cœur des programmes municipaux. Or il n’y pas de solution miracle mais des approches complémentaires mesurées : aménager des espaces publics en tenant compte des types de fréquentations, maintenir coûte que coûte des équipements publics ou de services collectifs au cœur de la ville ; sauvegarder les locaux pouvant permettre l’installation de boutiques de qualité ; créer des liens de mobilité entre les zones d’habitat ou de commerce d’enseigne avec le coeur de ville  ; concevoir l’espace comme un supermarché avec des rayons accessibles dans un périmètre restreint ; rendre le logement attractif ; exploiter une éventuelle identité ; multiplier les événements grand public. Il s’agit donc d’une opération constante et globale.

L’arrivée d’un équipement commercial de plus ou moins grande ampleur ne constitue pas toujours un handicap contre les « petit commerce ». Il s’adresse à une zone de chalandise beaucoup plus large et il ramène vers la ville dans laquelle il est installé un potentiel complémentaire. Il faut donc impérativement que la distance entre la zone aménagée et celle qui existait antérieurement soit aussi réduite que possible. Une synergie devient alors possible. La situation la pire c’est quand, en fait, la création d’activités de distribution de produits de consommation journalière n’existe plus dans le périmètre de la centralité.

Le développement de la cité suit les mêmes paramètres pour son plan d’urbanisation. Une comparaison s’impose : jetez un caillou dans l’eau, il dessine des cercles concentriques à la surface qui peu à peu deviennent moins prononcés. Le cœur du centre ville se situe au milieu de trois cercles concentriques. Le premier a un rayon de 600 à 800 mètres de la place centrale et correspond à une distance que l’on effectue volontiers à pied : c’est la clientèle des achats quotidiens récurrents Le second qui peut aller jusqu’à 2 kilomètres, en vélo. Au-delà de cette distance, c’est la voiture qui est reine et donc il devient important de lui réserver toujours sa place dans la zone urbanisée.

Cela signifie que pour aller faire des courses, quelqu’un qui habite à plus de 2 km du centre empruntera presque nécessairement dans sa voiture. A partir de là, peu importe que la zone commerciale soit à 10km il ne reculera pas et se détournera des commerces de proximité. La mobilité prend de plus en plus d’importance et elle constitue désormais la clé du maintien de la vitalité d’un village. Dans cette perspective l’étalement (facilité pour les élu.e.s ) constitue le vrai poison mortel du centre.