Le 29 novembre sera le jour le plus faste de la surconsommation. La TVA va entrer à flots dans les caisses de l’Etat. Tout ce week-end des camions de toutes tailles vont sillonner les routes et les rues de France pour livrer des colis à des acheteur.euse.s alléchés par des pourcentages mirobolants sur des objets connectés dont ils n’ont pas nécessairement l’usage.

Le « vendredi noir » ne sera pas celui de la confiscation des biens des Templiers sur ordre de Philippe le Bel en 1307 mais plus prosaïquement celui de la carte bleue triomphante. On ne battra pas les records des samedis précédent les fêtes de fin d’année mais les ventes seront probablement à un niveau très élevé.

Cette journée de « promotions en tous genres », importée comme tant d’autres des USA, a commencé modestement en 2013, avant de prendre sa dimension actuelle à partir de 2016. Il semble que trois ans après, une publicité intensive en ait fait un événement économique majeur dans de nombreux pays.

Des variantes existent puisque si dans notre pays le « noir » flotte surtout sur les sites de vente via internet, de l’autre coté de l’Atlantique, il concerne surtout les magasins. Un autre moment a été inventé pour les adeptes des achats en ligne baptisé le « cyber monday » (ce serait chez nous le 2 décembre) et donc la différenciation est parfaitement prononcée. Les commerces d’abord les sites ensuite ce qui déjà est bien moins dangereux que l’inverse. Mais tout le monde est obligé de suivre…

Les sites marchands les plus visités (et ce n’est pas une surprise) seraient Amazon, C Discount, la FNAC, SFR et Darty… et les produits les plus demandés se situent dans les secteurs de l’électronique, de l’équipement de la maison, de la téléphonie et de la mode. La catégorie la plus attendue est le high-tech qui constitue l’attraction de ce jour de démence acheteuse. Comme il n’existe aucune règle pour définir les modalités de ce jour particulier tous les abus sont permis.

Selon une étude publiée en 2016 par l’UFC Que choisir , la moyenne réelle des réductions est inférieure à 2%.  En 2018, le même constat a été fait, et certains articles étaient vendus moins chers la semaine suivante. Les tests comparatifs présents sur le site de l’association de consommateurs indiquent la plupart du temps l’évolution du prix des produits testés, ce qui permet de savoir si la réduction proposée est bien réelle ou artificielle.

En effet, de nombreuses enseignes gonflent artificiellement le prix des biens, afin d’afficher des promotions illusoires. Si la légalité de cette pratique est discutable, elle devient chaque année davantage une escroquerie déguisée! Et le pire c’est que ça marche…

Cette année des opposants se sont manifestés en bloquant un entrepôt d’Amazone. Quelques militants altermondialistes non-violents et écologistes des associations Les Amis de la terre et Action non violente COP 21 ont tenté d’attirer l’attention du grand public sur les conséquences de cette frénésie d’achats compulsifs.

En France on table pour l’édition 2019 sur 1,7 milliard de gains pour l’ensemble du dispositif avec sur l’ensemble des canaux de distribution, un total de dépenses de près de six milliards d’euros sur le week-end. Il est donc impossible de ne pas être présent sauf à abandonner à la concurrence des pans entiers de son activité.

Si les déclarations hostiles se font jour même sur les bancs de l’assemblée nationale elles ne pèseront pas lourds face aux lobbying des grands opérateurs de vente en ligne. A Bercy on se frotte les mains car les rentrées fiscales seront conséquentes et devraient battre des records sur une journée. Quand on sait que le gouvernement a décidé de remplacer la part de taxe sur le Foncier bâti touchée par une « fraction de TVA » on mesure la sincérité des propos.

Élisabeth Borne a ainsi déclaré : « On ne peut pas à la fois baisser les émissions de gaz à effet de serre et appeler à une frénésie de consommation. Il faut surtout consommer mieux ». Il est difficile de la croire avec la réforme fiscale en cours ou alors elle ne croise jamais la route des ministres retranchés sans la forteresse de Bercy !

Le « vendredi noir » illustre les contradictions sur le fond des politiques : déclarations fracassantes relatives à la situation planétaire jugée catastrophique et laisser-faire absolue en matière de

surconsommation car il faut entretenir le veau d’or supposé de la croissance ! A qui profite-t-elle ? Quelles en sont les conséquences à moyen ou à long terme ? Ne va-t-on pas vers des jours « noirs » d’un autre genre ? Tout le monde le sait les consommateur.trice.s sont responsables et autonomes. Alors croisons les doigts !