Il faut se rendre à l’évidence : à partir d’un certain niveau de formation il y a des métiers qui n’offrent plus guère d’intérêt. Celui d’enseignant et surtout s’il concerne l’enseignement secondaire n’attire plus les foules. Les salaires n’ont rien d’attractif. Les illusions se perdent vite au contact d’élèves parfois peu motivés voire agressifs. Lorsque l’on a récupéré des diplômes universitaires l’entrée dans l’Éducation nationale n’a plus le même charme que certaines pistes dans le privé.

Ainsi le nombre d’inscrits aux concours enseignants diminue constamment. Et les chiffres de la session 2020 sont particulièrement préoccupants. Peu à peu une vraie distorsion se créée entre le nombre de postes ouverts et celui des candidat.e.s. Drôle de pays que celui qui risque ne pas pourvoir déployer les moyens nécessaires daNS le service public d’éducation.

Par exemple les candidats au Capes externe sont ainsi à peine plus de 30 000, soit 7,8 % de moins qu’il y a un an. Une chute encore plus marquée dans les disciplines régulièrement confrontées à une pénurie, telles les maths (– 16,8 %) et physique-chimie (– 9,8 %).. La baisse est forte également en allemand (– 17,4 %). Il existe donc à terme des régions ou de secteurs qui ne possèdent pas le nombre requis de profs !

Cette réalité n’est pas nouvelle puisque dans les années 60, chez les instituteur.trices.s manquaient dans certains départements qualifiés de déficitaires. Le concours d’entrée à l’école normale ou l’accessibilité au statut de remplaçant étaient plus faciles. On recrutait coûte que coûte. Moi-même en 1962 j’ai été candidat en seine Inférieure (Seine Maritime) pour entrer à l’EN de Le Havre… où je ne suis jamais allé (1)

Actuellement l’agrégation perd 5 % de candidats. Et la désaffection est encore plus accentuée pour les concours des voies technologique (– 16,6 %) et professionnelle (– 19,7 %). Seul le premier degré présente une stabilité globale (– 1,1 %), laissant des situations tendues dans les académies d’Aix-Marseille, Créteil, Versailles ou Montpellier.

Dans les disciplines en déficit ou peu demandées, le rapport entre nombre de candidats et nombre de postes est devenu problématique ce qui conduit à recruter parfois au niveau de de 6/20 aux épreuves… ce qui pour autant ne signifie pas qu’ils ne seront pas d’excellent.e.s professeur.e.s

En fait l’organisation au niveau national des concours pour le secondaire permet d’effacer les disparités entre académies puisque les recrutés débutent souvent leur carrière dans des zones en difficulté. Un recrutement « régionalisé » ne permettrait pas de répondre aux besoins de Versailles ou Créteil. Si toutes les académies couvrent les postes ouverts, ce n’est pas le cas dans ces académies qui éprouvent de grandes difficultés pour recruter depuis 5 ans, et où les postes non pourvus sont nombreux.

Ainsi, à Créteil, 361 postes ne sont pas pourvus (sur 1704 postes ouverts), et à Versailles, 338 recrutements manquent (sur 2000 postes ouverts). Au total, 775 postes manquent dans ces deux académies. On passe alors par Pôle emploi !

On maintient cependant un système national qui conduit à des abandons en raison des éloignements géographiques ou familiaux. On en arrive à l’absurdité de voir des profs titulaires ne pas pouvoir exercer dans des départements où ils habitent puisqu’ils n’ont pas obtenu leur mutation. Une situation absurde provoquée par la pénurie puisque les rectorats ne souhaitent pas se priver d’enseignant.e.s dans des disciplines aux effectifs limités.

Claude Allègre avait tort : la mammouth se dégraisse lui-même par le manque de vocations. D’ailleurs peut-on encore parler de « vocation » ? Comme pour beaucoup de métiers de la fonction publique la recherche de la sécurité de l’emploi prévaut souvent sur les considérations de fond. Ensuite il s’agit de s’adapter et de résister dans certains établissements.

On voit très peu d’élèves de troisième solliciter un stage dans un lycée ou un collège avec un prof ? Elles (ils) sont nombreuses.eux à vouloir aller dans les bibliothèques, les crèches, les médias, les collectivités territoriales… On verra la situation dans seulement une dizaine d’années car tous les pays où les élites ne se consacrent plus à la transmission du savoir sont condamnés à l’obscurantisme.