La vie associative révèle les valeurs de chaque personne qui s’y engage. Jeannot Ovéjéro était l’un des ces bénévoles qui a oeuvre durant plus de 40 ans à la réussite des initiaves créonnaises. Hommage personnel à lui…

        « Nul ici dans ce lieu de rassemblement, au cœur de ce Créon, que tu aimais avec discrétion mais avec passion, ne comprendrait vraiment que je ne m’adresse pas à toi autrement qu’en t’appelant Jeannot.

            Ce diminutif affectueux, repris par toutes celles et tous ceux que tu as aidés, soutenus ou côtoyés correspondait en effet parfaitement à ton caractère.

            Jeannot, l’homme proche, l’homme dévoué, l’homme amical, l’homme brave jamais fatigué dans son envie d’être utile aux autres, a donc quitté son jardin où, dans la douceur des soirs de printemps ou de la belle saison, retrouvait une terre moins ingrate que celle de Sadirac qu’il avait durement travaillée dès ton plus jeune âge du hameau de Peguin au domaine de Joyeuse.

            Jeannot tu étais un homme des jardins visibles ou secrets, publics ou privés. Tu étais l’un de ceux qui sait que l’incertitude de la récolte est réelle et souvent sans rapport avec les efforts accomplis. Tu ne mesurais pas ton travail, ton énergie et tes espoirs, pour bâtir en permanence le bonheur des autres, de tous les autres.

            Dans le jardin face à ta maison tu regardais mûrir lentement les tomates, pousser les pommes de terre, friser les salades ou rougir toujours trop lentement les fraises. La vraie philosophie d’une vie marquée par le travail.

            Ton royaume était d’abord ce lieu organisé selon ton désir, dans lequel tu pouvais échapper aux multiples sollicitations auxquelles tu répondais avec Jeanine ne sachant jamais dire non quand il s’agissait d’œuvrer au bien commun.

            Tu aimais voir pousser partout et tout le temps ce que tes mains rudes, lourdes, meurtries par le travail de maçonnerie, avaient semé, organisé ou installé.

            Jeannot tu avais toi-même construit sa maison créonnaise. Tu y avais installé avec fierté une famille nombreuse, vivante, exigeante et à ton image.  Surtout tu y recevais beaucoup d’amis que tu servais avec discrétion sans jamais rien leur demander, sans rien attendre en retour.

            Heureux de la réussite des tiens mais aussi heureux de la réussite de celles et ceux que tu appréciais, tu aimais simplement le partage.

            Jeannot tu avais le cœur sur la main, heureux de donner de ton temps, de tes forces, de ton enthousiasme.

             La richesse de ta vie résidait dans le bonheur que tu éprouvais à partager avec les gens que tu aimais. Tu leur as consacré des centaines, des milliers d’heures de tes loisirs, de ta retraite, de tes jours, de des nuits avec un dévouement discret dans les pas toujours pressés de Jeanine avec laquelle, comme avec toi, j’ai vécu tellement de moments précieux pour leur sincérité à   Sadirac d’abord et à Créon ensuite. Entre nous l’affection était un mélange de paternité, de fraternité et d’amitié.

            En presque vingt années passées à la tête du comité des fêtes nous avons tout vécu, tout imaginé et surtout tout partagé. Tu as été fidèle, solide, infaillible dans l’engagement et tu auras probablement été le Créonnais ayant consacré le plus de temps à une bonne quarantaine de Rosières qui d’ailleurs savaient ce qu’elles devaient à Jeanine et toi, indissociables dans l’organisation de leurs jours de fêtes.

            Jeannot tu étais aussi toujours là dans les coulisses du centre culturel, dans la mise en place et le rangement de mémorables nuits de la musique, des kermesses de l’Amicale laïque et comme l’a parfaitement décrit M. le Président des Fils d’Argent dans des centaines de rendez-vous des Fils d’Argent.

            Immanquablement présent. Un coup de mains à donner ? Une aide concrète à fournir ? Une participation amicale à offrir ? Un problème matériel à résoudre. Jeannot tu étais là. « Ne t’inquiète pas : je m’en occupe ! » Tu étais dévoué et plus encore désintéressé !

            Jeannot tu as appartenu à absolument toute ma vie personnelle et j’en suis ému mais aussi largement à notre vie collective, à cette vaste famille d’un Créon convivial.

            Tu as été un hussard généreux de notre vie associative créonnaise qui a fait l’admiration de bien des gens extérieurs. Tu n’es pas allé sur le devant de la scène or tu en étais digne.

            La maladie implacable t’ayant volé les dernières forces que tu n’avais pas données aux autres, tu avais décidé de partir vers un ailleurs moins épuisant.      Tu étais épuisé d’avoir tant donné.

            Certes j’aurais encore été trop long dans cette conversation avec toi. On ne manquera pas de me le reprocher mais ces minutes ne sont qu’une infime réponse à toutes celles que tu as données au service de notre collectivité.

            Tu ne pouvais pas nous quitter sans que nous nous souvenions de cet investissement pour l’intérêt général et tu méritais tant que l’on te dise combien tu nous as apporté !

            Tu entres dans un autre monde où tu retrouveras Daniel trop tôt parti.

            Tu y cultiveras le jardin de l’éternité, celui des fleurs qui ne fanent jamais, des fruits qui restent mûrs, des plantes qui ne perdent jamais leurs odeurs ou leurs couleurs. Que tu saches enfin t’y reposer. Jeanine nous sommes avec toi, tes enfants, tes petits-enfants, tes arrière-petits-enfants et toute ta famille.

            Adieu Jeannot, nous t’aimions beaucoup plus que tu ne l’as cru mais beaucoup moins que tu le méritais. »