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La France est vraiment malade de sa Constitution qui ne correspond plus aux réalités de ses composantes politiques actuelles. Les modalités du fonctionnement inscrites dans le texte de la création de la V° République sont très marquées par la personnalité de celui qui en avait besoin pour terminer le conflit algérien : le Général de Gaulle. Il a fait construire une « monarchie » réputée alors « républicaine » qui correspondait aux nécessités d’un pouvoir fort face aux tentatives diverses de déstabilisation connues durant la période post-guerre mondiale.

En ajoutant l’élection du Président au suffrage universel le Général a conforté les objectifs initiaux de cette Constitution adaptée à la personnalité d’un homme providentiel. La stature de de Gaulle a en effet masqué les défauts de cette conception de la vie républicaine. Elles apparaissent désormais au grand jour. Plus personne ne réclame cependant un bouleversement de cette gouvernance très personnalisé du pouvoir. C’est oublié depuis que les partis politiques se sont dissous dans « l’acide » impitoyable du populisme puis du macronisme qu’ils n’ont pas su  combattre durablement.

Après l’échec du projet trop prématuré de « nouvelle société » de Chaban-Delmas venant après la rupture de mai 68 Giscard s’est essayé à « réformer » sur la forme mais peu sur le fond ! En fait le seul Président ayant été élu sur un programme qu’il a eu bien du mal ensuite à mettre en œuvre fut Mitterrand. En mai 1981 les Françaises et les Français avaient eu les fameuses 100 propositions du candidat socialiste et surtout des discours enflammés et profonds sur des valeurs accompagnant quelques mesures symboliques.

La Gauche unie a tenu deux ans avant d’être contrainte à réviser ses promesses. Elle a par exemple oublié le grand service public d’éducation face à des manifestations parisiennes gigantesques. Le virage a été mortel car plus jamais un Président ne retrouvera un vote personnel positif sur ses propositions. D’abord parce que les successeurs de Mitterrand n’en feront plus et que les électrices et les électeurs n’y croiront plus sauf Rocard qui fut balayé alors que ses réformes sont les seules qui subsistent ! 

La bataille présidentielle, à partir de 1995, se résumera à « prendre le moins pire » ou le « moins discrédité » des candidats. Le phénomène va trouver son apogée en avec le duel Chirac-Le Pen en 2002. Depuis ce jour il n’y pas eu un scrutin présidentiel qui soit « positif » et tous deviendont «négatifs ». L’élu qui a gravi les marches du Palais l’Elysée (Sarkozy, Hollande, Macron) n’a jamais emporté l’adhésion populaire mais simplement a recueilli les votes de rejet de son adversaire. Cette réalité a pour conséquence qu’ aucun d’entre eux a pu légitimer son action dans un laps de temps réduit à cinq ans soit en réalité seulement deux ou trois de pouvoir effectif !

Le seul candidat qui avait le mailleur bilan (Lionel Jospin) a été battu sur son incapacité à communiquer et à créer une empathie sur les valeurs qu’il portait. Ce fut la seconde coupure dans la V° République au soir du 21 avril. Ce soir là plus question de programme ou de propositions, de droite et de gauche : on devait repousser Le Pen ! La campagne ne sera plus jamais basée sur un projet politique mais sur des actions de promotion d’un individu pouvant battre le FN. Chirac en a bénéificié. L’astuce de Sarkozy a été d’avoir su l’écarter et donc il a gagné dès le premier tour ! Hollande a recueilli les suffrages des anti-Sarko mais n’a pas nécessairement été élu sur un programme minimum (« la finance est mon ennemie ») d’ailleurs vite oublié.

Macron a réussi avec l’appui du monde du profit à faire émerger une image différente mais il a lui-aussi surtout été adoubé, comme « rempart » anti-FN. Il a été persuadé  ou il a fait semblant de croire que « ses réformes » avaient recueilli au second tour une approbation majoritaire dans le pays. En fait (et c’est incontestable!) ses propositions (dont celle en question sur les retraites) n’avait obtenu seulement que 18 % des voix potentielles du pays !

Le scrutin présidentiel ne dégage plus absolument une politique ou des valeurs politiques puisque le scrutin du premier tour décide dans la répartition actuelle des votes seulement de l’ordre des deux premiers et l’adverse contre Le FN.

Macron cristallise simplement désormais les 70 % de refus diversifiés et parfois contradictoires des gens hostiles à ses propositions. Ils l’étaient dès le 23 avril 2017 et ils le redeviennent massivement. Une majorité à l’assemblée ne suffit pas dès le lendemain du scrutin des député.e.s à créer un majorité dans l’opinion…

La seule opportunité du gouvernement actuel c’est que l’opposition reste encore et toujours électoralement les lepenistes puisque tous les partis ont disparu. Aucun leader n’émerge réellement et la contestation sociale ne se transformera pas en contestation politique. Les municipales le montreront amplement.

Faute de « merles moqueurs » on se contentera de « grives de passage » ! La Constitution est à bout de souffle et dangereuse, très dangereuse si en 2022 les progressistes sont dans la même situation. Elle est taillée sur mesure pour une Présidente RN !