Il y a 85 ans qu’un économiste américain vint en aide à un Congrès américain paniqué après la période noire de la grande dépression que peu de monde avait vu venir et surtout empêcher. Dans la période présente le fameux Produit Intérieur Brut (PIB) n’a plus grande signification sauf qu’il est considéré comme la résultante d’une étude commune du niveau de la richesse économique d’un pays. Il ne sert cependant toujours pas à prévenir les crises comme le thermomètre donnant le niveau de la fièvre ne soigne en rien le malade.

Il est constitué de plusieurs mesures dont les contours sont plus ou moins précis. Ainsi les ordinateurs cumulent les données du Produit intérieur marchand (biens et services échangés) et du Produit intérieur brut non marchand (services fournis par les administrations publiques et privées à titre gratuit ou quasi gratuit). Ce dernier est, par convention, évalué à son coût de production.

Le PIB est calculé à partir des valeurs ajoutées fournies par les entreprises et des comptes des administrations et donc avec un certain décalage dans le temps. La précision des données n’est absolument pas garantie et donc le résultat paraît pour le moins discutable dans certains pays où leur collecte reste approximatives ou volontairement trafiquées.

N’entre dans ce calcul que ce qui s’appuie sur ce qui est déclaré à l’État et ne totalise absolument pas ce qui peut constituer la richesse d’une société. Par exemple le travail non rémunéré, celui que l’on fait pour soi-même (le travail domestique par exemple) ou le bénévolat n’entrent pas dans cette statistique. Or ils sont d’un niveau très variable d’un pays à l’autre.

En France on évaluait simplement le volume du bénévolat en 2017 à un peu moins de 22 millions de bénévoles de 18 ans et plus. Sur la base du SMIC, la « valeur» serait d’environ 26 à 29 milliards d’euros selon la variante d’estimation, soit 1,2 à 1,3 % du PIB. Dans le cas du salaire de l’action sociale sans hébergement, ces valeurs sont respectivement de 42 à 47 milliards d’euros soit de 1,9 à 2 % du PIB.

L’autoproduction et l’autoconsommation ne sont pas pris en compte pas plus que tous les échanges effectuées de la main à la main en liquide. Le travail clandestin ou non déclaré (fraude très répandue en France) ainsi que de nombreuses activités illégales qui pourtant font vivre des milliers de personnes ne figurent pas dans le PIB !

Tous ces paramètres rendent fragiles un thermomètre qui ne mesure qu’un ratio général ne permettant pas d’apprécier ce qui compte dans une démocratie : les inégalités sociales (niveau de pauvreté, différence des revenus entre la majorité de la population et une minorité qui cumule). En effet le PIB ne prend en compte que des « flux annuels de production » et pas du tout un patrimoine matériel ou financier.

Or maintenant il faudrait intégrer les dégâts infligés à l’environnement, l’épuisement des richesses naturelles (surtout dans les pays émergents) ou ce qui est totalement oublié l’impact croissant des conflits ou des événements climatiques. Bref c’est encore et surtout un indice comptable et financier n’ayant pas de vison humaine de la vie collective (on appelle ça désormais le bien-être social). En fait il ne faut que s’intéresser à fiabilité constante des données dans le temps et regarder des différences fortes.

Alors quand on annonce que la dette française a dépassé les 100 % du PIB, il ne s’agit que d’une comparaison provisoire pouvant s’aggraver ou se redresser d’une année à l’autre selon l’évaluation que fait un gouvernement de son taux de croissance.

La situation la plus grave n’est pas celle de ce pourcentage mais de la nature de la dette qui ne sert (contrairement à celui des collectivités territoriales françaises qui sont les seules vertueuses) qu’à financer que du fonctionnement (dépenses courantes, remboursement de la..dette). C’est donc totalement théorique puisque le Traité de Maastricht prévoyait qu’aucun Etat de l’UE ne devrait dépasser 60 % du PIB ! Et la France a oublié un déficit budgétaire inférieur à 3 % : on vit sur des illusions ! L avraie question c’est « à quoi bon d’accorder une dette qui ne sera jamais rendue et de surcroît dont le défaut de paiement n’empêche pas l’économie de tourner? »

La dette globale (particuliers, structures publiques, entreprises) est beaucoup plus angoissante car elle est deux à trois fois supérieure au Produit intérieur brut puisque des tas de subterfuges permet de masquer la déroute. Il faut savoir que les maillons faibles restent les banques et que l’on oublie facilement que les dépôts sur les comptes bancaires sont couverts, depuis le 1er octobre 2010, en cas de défaillance de la banque, à hauteur de 100 000 euros maximum par déposant et par établissement, quel que soit le nombre de comptes possédés.

Cette somme paraît élevée mais celles et ceux qui ont beaucoup moins voire rien du tout paieront aussi une défaillance au prix fort. Leurs emprunts ne seront nullement annulés alors que ceux des États pourraient l’être sans que le monde de la finance s’effondre.