En fin d’année on a perdu bien de ses illusions surtout si l’on évolue dans le monde politique français. Il faut bien se rendre à l’évidence : les réflexes pavloviens continuent à réguler les comportements et ce ne sont pas les élections municipales qui vont changer la donne. Le réseau dont les cellules sont imbriquées les unes dans les autres n’est pas prêt à s’effacer alors qu’il faudrait absolument refonder de nouvelles relations.

L’impression en ces derniers jours reste la même : maintenir ce qui existe tant sur le fond que sur la forme! Impossible d’insuffler de nouvelles idées ou de nouvelles bases constructives. Jamais la société n’a été aussi fermée et même autant réactionnaire. Elles se recroqueville sur elle-même avec le risque de mourir étouffée par son absence d’air nouveau.

La France ressemble à un immense billard, dont le tapis serait de moins en moins « vert », sur lequel s’affrontent des « boules » représentant non plus des partis aux couleurs différentes mais des groupes de pression. Ces boules se mettent en mouvement sous l’influence d’un coup provoquée par ce qui est pris pour une agression. Chacune d’entre elles n’a qu’un objectif : rester sur le « billard » quitte à pousser, à précipiter la chute des autres dans les trous institutionnels.

Cette lutte pour la survie provoque des effets consternants puisque toutes références à des valeurs communes partagées disparaissent inexorablement devant la nécessité de conserver sa place. Inutile de vouloir proposer une nouvelle approche du jeu social puisque la méfiance est devenue le seul point commun à l’ensemble du pays. On ne partage plus l’espace démocratique, on le conserve à son avantage de telle manière que les intérêts particuliers de caste, de corporations, de chapelles ou de finances soient maintenus.

Attention il ne s’agit certainement pas de ceux que veulent maintenir des citoyen.nes révulsés par le mépris qui accompagne leur avenir. Eux subissent la volonté d’appropriation par justement les seules élites dominantes de la totalité du « billard ».

En 2019, j’ai personnellement constaté la profondeur du mal. Deux initiatives se sont en effet heurtées à cette volonté de certain.nes de rester dans l’entre soi pourtant rejeté par des millions de françaises et de Français. Toute initiative échappant au sérail doit être combattue surtout si elle change la donne. Ainsi la relance de l’association «  Gironde citoyenne » ouverte à absolument tous les progressistes souhaitant relancer l’éducation populaire citoyenne a provoqué des remarques acerbes discrètes de celles et ceux qui voient dans cette initiative une « attaque contre les pouvoirs structurés ».

Toute structure nouvelle est suspectée d’affaiblir celles qui sont en place. Elles sont moribondes, plus du tout attractives, incapables de s’ouvrir sur l’extérieur mais elles combattent les initiatives pouvant mettre en évidence leurs faiblesses.

Le pire c’est que même les plus récentes s’enlisent très vite dans ce bourbier du refus de la différence sur le fond et sur la forme. Repenser la société et ses pratiques débouche pourtant inévitablement sur une remise en cause des corps intermédiaires actuels non adaptés à des modes de vie et de penser différents.

En Gironde il faudrait par exemple ne dialoguer avec personne, ne pas aller à la rencontre des citoyen.nes sur des territoires réputés réservés, ne pas partager le débat avec des élu.e.s aux approches différentes et se contenter de laisser la place à l’indifférence, à l’ignorance, à la résignation ou à la défiance qui constituent les bases de la croissance constante des exploiteurs de cette carence en rencontres de proximité. « Gironde citoyenne » agit sur le fond et ne se soucie pas vraiment de savoir qui a fait acte d’allégeance à qui et pourquoi. C’est son unique défaut qui perturbe l’ordre établi traditionnel !

Le second événement qui me fait douter de l’avenir à court terme de cette société du prêt à porter idéologique et des certitudes dévastatrices aura été la sortie du livre sur « le partage du pouvoir local ». Il est extrêmement difficile de sortir des sentiers battus des affrontements de personnalités, des sondages de cotes « individuelles » similaires à celles des courses hippiques. Arriver sans arrière-pensée politicienne et sans calcul de « carrière » avec une théorie sociale pourtant étayée sur des exemples concrets ne rencontre qu’un écho local…

Heureusement le bouche à oreille permet de garder l’espoir de lancer un débat dans les prochains mois…grâce au bouillonnement de la constitution par ci-par là de listes municipales citoyennes. Mais dès qu’elles pointent le bout de leur nez avec des idées battant en brèche le système établi elles sont dédaignées, boudées, raillées et éliminées.

Malheureusement pour elles, elles ne sont pas affublées du qualificatif salvateur d’émanations de « la société civile » comme certains chefs d’entreprise, professions libérales, universitaires ou cadres supérieurs. Elles ne se glissent pas dans les sillons du pouvoir puisqu’elles sont crétarices d’un anti-pouvoir dépassé. Et pourtant une grande partie de l’avenir de la démocratie dépend de leur impact aux municipales… et aux élections suivantes !