Une mutation profonde dans le monde du sport réputé professionnel s’est opérée au cours de l’année écoulée. Surtout en Gironde où le football montre ses limites quand le rugby explose les siennes. Englués dans la dangereuse affaire du stade Matmut les Girondins désormais américanisés et donc financiarisés n’arrivent plus à passionner un public comme ce fut le cas il y a encore une vingtaine d’années.

La tendance s’inverse et même l’écart se creuse avec l’Union Bordeaux Bègles. Les affluences, les résultats, la gestion et surtout le dynamisme ont changé de camp. Il semble bien que cette tendance à la toulousaine soit désormais inscrite dans la durée.

Croire que M6 ne l’avait pas anticipée relève de la naïveté la plus complète. Le lien entre résultats sportifs et financement du grand stade relève de la pire des solutions financières surtout en 2020. En cette année électorale, on voit mal les collectivités locales ayant juré leurs grands dieux que ce partenariat public-privé ne pèserait en rien sur leurs finances ne sont pas prêtes (dans l’immédiat) à céder.

Le consortium constructeur accumule les pertes car dans le contrat initial une part de sa rentabilité venait des recettes annexes espérées mais qui n’arriveront jamais. En fait son seul espoir serait que… le rugby (UBB plus phases finales) s’installe plus souvent dans l’enceinte désespérément vide ou à demi-vide.

Or la lutte est sévère avec Lyon, Nantes, Lille, Marseille voire Nice et Bordeaux ne pourra jamais espérer cumuler toutes les bonnes recettes. Vinci-fayat vont-ils continuer longtemps à « subventionner » un club qui a de résultats en dents de scie ? Ne vaut-il pas mieux jouer l’épreuve de force avec les collectivités après les élections ? La saison prochaine sera décisive et tout se jouera en juin prochain !

En remplissant le Matmut face à La Rochelle le club Bordeaux-Bègles a récupéré, absolument tous frais payés, 220 000 € nets quand quasiment à tous les matchs les Girondins peinent à couvrir les frais. Toutes les loges ont tourné à plein régime pour le ballon ovale et ne sont remplis qu’à 50 % voire beaucoup moins pour le football.

Cette situation ne pourra pas perdurer surtout que le rugby a le pouvoir de choisir ses rencontres et de rester au Parc Lescure où tout est beaucoup plus rentable.

L’ambiance promise au Matmut n’a jamais été au rendez-vous depuis l’arrivée des financiers US et les Girondins ont coupé les liens avec le football amateur.

Finie par exemple l’opération « jeunes au stade » en partenariat avec le Conseil départemental ! Elle permettait à la fois de bonifier grâce à la passion des enfants les travées et surtout elle permettait aux clubs de tisser des rapports positifs avec le club phare de la Nouvelle aquitaine.

Une opération de communication non négligeable en cette période où l’image n’est pas terrible compte-tenu de la fracture avec les supporters les plus fidèles.

Les « investisseurs « américains » vont tenter une opération survie destinée à donner quelques couleurs au club qu’ils ont acquis uniquement pour bénéficier du nom « Bordeaux » de l’autre coté de l’Atlantique. Malheureusement Trump a gâché leurs perspectives d’exploitation de ce patronyme porteur notamment en taxant les vins français. Ils avaient échafaudé un plan autour de l’équipe féminine qui risque bien de tourner court ou paradoxalement de sauver le club si leurs résultats leur permettent de rester dans le sillage de Lyon et du PSG.

Les 30 millions actuels de déficit du club (on parle même de 40 à 50 millions), les presque 7 millions de déficit du consortium des bâtisseurs et une Métropole inquiète car les contrats avec le club sont sur la sellette depuis la reprise intégrale par les financiers américains.

Petit détail si dans les deux ans qui viennent Bordeaux et Métropole étaient contraintes de mettre la main à la poche, les sommes leur seraient imputées au dépassement des obligations du « Pacte de Cahors » (+ 1,35 % contraints de dépenses de fonctionnement) et seraient donc facturées deux fois aux contribuables (1). Certes les retombées économiques existent mais elles sont pas directement imputables (sauf la taxe des spectacles sportifs prévue en baisse) aux budgets des collectivités territoriales.

La Gironde bascule vers le « rugby passion » et il faudra des sacrés exploits footballistiques pour effacer le désastre des footeux en 2019. Une élimination prématurée en coupe de France, une ou deux défaillances en championnat et le club deviendra invendable. Un club strictement livré à la finance internationale est voué à l’échec car le sport spectacle ne souffre pas les calculs. Il lui faut insuffler de l’intérêt, de l’empathie, de la constance et même de la passion pour survivre. Il ne peut surnager longtemps dans l’eau froide des résultats comptables… surtout quand ils reposent sur d’improbables résultats sportifs !