2019 sera marquée en Gironde par un départ prématuré et une disparition malheureusement pressentie dans le monde politique. Le 12 mars Alain Juppé quittait en effet la ville pour laquelle il avait épanché tant de déclarations d’amour pour brutalement se réfugier chez les Sages du Conseil constitutionnel laissant ses proches pantois. Philippe Madrelle, le 27 août mourrait et s’effaçait physiquement du paysage girondin, après une résistance acharnée contre une implacable maladie. Il siégeait, et il y avait tenu jusqu’à son dernier souffle, parmi les… sages du Palais du Luxembourg.

Leurs routes s’étaient croisées à de multiples reprises avec respect mutuel mais sans aucune aménité quand il s’est agi de défendre son camp. Comme le veut la règle propre au Sud-Ouest les affrontements furent virils mais toujours corrects.

Ces deux hommes aux parcours très différents jouaient depuis un quart de siècle pour le Maire de Bordeaux et un demi-siècle pour l’ex-Président du Conseil général, le rôle de chefs de file, réels durant la plus grande partie de leur parcours puis plus discret au cours des derniers mois, de leur camp respectif. En fait si Philippe Madrelle avait eu la sagesse de passer le flambeau à la tête du département après avoir assuré une énième victoire, rien n’était vraiment réglé au Palais Rohan.

La succession saccagée par le passage dévastateur de Valérie Calmels à la Mairie et à la Métropole, se profilait à courte distance sans que vraiment la pérennité de la majorité bordelaise en soit assurée. Le contexte, en l’absence d’une personnalité forte, s’est vite complexifié : se sont mis en marche toutes les pratiques de l’ancien monde. Rien de nouveau sous le soleil !

Le randonneur Cazenave passant par là rêvait en se baladant dans les rues de la ville, que la « fuite » de Juppé vers la rue Cambon lui ouvrirait une fenêtre de tir possible. Un espoir vite déçu puisque Nicolas Florian jouant allégrement la célèbre pièce de théâtre : « j’y suis, j’y reste ! » occupait très vite le devant de la scène.

La nature politique ayant horreur du vide, les conseillers juppéistes ont pas mis longtemps à colmater les brèches, en distribuant moultes promesses puis parvinrent à négocier quelques pactes de non-agressions. Au PS on a tout fait pour « étouffer » Matthieu Rouveyre et Feltesse a baissé pavillon !

Rien ne dit que la « responsabilité » de l’ex-Premier Ministre ne sera pas engagée si les sondages actuels pour les municipales se confirment dans les urnes… Il a pris un risque fort pouvant singulièrement bouleverser l’avenir de son courant de pensée en Gironde. Les nuages montent et la solidarité vole discrètement en éclats ce qui annonce quoi qu’il advienne, un vrai bouleversement des équilibres antérieurs. Il y aura c’est certain un après 12 mars 2019 au Palais Rohan !

Rien de se genre ne pourra être mis au discrédit de Philippe Madrelle. Son image personnelle ancrée depuis des décennies dans le milieu rural ou périurbain demeure vivace car elle est encore portée sur le terrain par une bonne vingtaine de conseiller.e.s départementaux qui ont été biberonné.e.s à son lait de proximité.

Jean-Luc Gleyze désormais parfaitement installé dans le fauteuil de président du Département a su modifier patiemment certaines trajectoires dans un contexte évolutif et incertain en s’appuyant sur le cocktail « anciens » et « nouveaux » savamment concocté par son prédécesseur. Le problème réside justement dans le probable renoncement à poursuivre leur mandat de la très grande majorité d’entre eux. La « génération Philippe » a beaucoup donné et se retire sur la pointe des pieds dans certaines villes et sur certains territoires. Et le danger est là…

Les échecs cuisants du PS aux législatives ont fait de Jean-Luc Gleyze le seul leader potentiel des campagnes à venir puisque tous les autres sont fort préoccupés par leur résultat aux municipales dont l’issue est parfois incertaine. Il est prêt à jouer ce rôle. Pour lui l’épreuve de vérité se déroulera dans quinze mois après un autre scrutin qui s’annonce, faute d’arbitre avéré, extrêmement disputé : les sénatoriales.

Cette échéance trotte dans l’esprit de cinq sortant.e.s récemment arrivés au Palais du Luxembourg et comme on compte officiellement ou officieusement une bonne demi-douzaine d’autres prétendants résolus à en découdre la « hélée » girondine qui s’annonce sera impitoyable et très confuse. Qui va arbitrer ? Nul n’en aura plus la stature ! On annonce même des retours fracassants pour régler des comptes historiques et le milieu bruisse de rumeurs de ralliements impossibles il y a quelques mois.

D’une part l’effacement des ombres tutélaires de ces deux mentors, ancré en Gironde pour l’un et importé pour l’autre, a libéré tellement d’ambitions que le « chacun.e pour soi » envahit les esprits et des dégâts sont prévisibles. Quand d’autre part les structures supports politiques meurent à petit feu faute de renouvellement de leurs pratiques il y tout lieu de prévoir des soubresauts à tous les étages. Il y aura c’est certain un après Madelle mais aussi et surtout un après Juppé… 2020 le démontrera !