Citoyennes, citoyens,

Lectrices et lecteurs en Roue Libre,

Les échanges de vœux relèvent des incantations qu’ont adressées toutes les civilisations au ciel réputé leur être favorable ou défavorable selon des volontés échappant à la condition humaine. Le seul intérêt de cette pratique réside dans le fait qu’elle permet quelques en quelques secondes, grâce à une formule longuement mûrie ou banalement conçue, de nouer un fil plus ou moins solide de lien social.

Agir sur le destin de l’autre, espérer construire un avenir avec les plus beaux mots du langage, lancer ses espoirs pour l’autre : ces objectifs méritent le respect. En quelques heures tout à coup, les échanges autour des vœux permettent sans trop d’efforts de démonter l’intérêt que l’on porte aux autres !

Même si tout au long de l’année qui suit ils retomberont dans les oubliettes du temps ils existent le temps d’un SMS, d’un mail et de moins en moins souvent d’un message posé sur une carte soigneusement choisie parmi celles que proposent les organismes caritatifs ou humanitaires.

Il reste dans notre société peu de moments similaires pour construire cette myriade d’échanges positifs autour de la vie des autres. Alors autant en profiter sans trop se poser de questions sur l’efficacité réelle de la coutume. Tout être un tant soit peu rationnel sait bien que le poids des mots ou le choc des photos n’entrent pas en ligne de compte dans la construction quotidienne d’une vie.

Et pourtant plus que jamais on en a besoin pour se rassurer, pour mesurer si l’on n’est pas seul.e face aux aléas d’une existence que nul ne peut raisonnablement prévoir comme obligatoirement heureuse. Les vœux exorcisent la crainte de la solitude, de l’oubli, de la désespérance l’espace d’un instant. Les envoyer c’est important mais les recevoir c’est primordial. Grâce à eux on reste dans une société où l’on peut être isolé.e au milieu de la multitude.

En fait ces échanges de souhaits « pieux » évite de se poser la question essentielle : que vais-je faire personnellement au cours du nouvel an pour que les lendemains chantent ou au moins ne déchantent pas trop ? Ma santé que l’on me souhaite bonne. Ma réussite que l’on espère pour moi exceptionnelle. Mon bonheur dont on ignore les fondements que l’on imagine immense. L’essentiel devrait être donc être simplement que l’on nous souhaite la volonté d’exister pour résister, agir, croire en l’autre, construire dans un monde où rien n’est pire que la défiance, la résignation, la démotivation.

La vie ne se conçoit que dans le combat pacifique, dans l’action partagée, dans la passion raisonnée mas réelle. Les vœux respectables l’oublient souvent au profit d’une sorte d’antidote textuel à la fatalité. Il est impossible d’échapper à ce tsunami social des vœux et donc il faut s’y préparer et en accepter les effets critiquables sous peine de passer pour un ours mal léché. N’empêche que des le lendemain du premier de l’an il vaut mieux tenter de prendre son « destin » en mains ou de se tourner durablement vers les autres.

En 2020 nous devons retrouver nos rêves d’une société plus juste, plus proche, plus désintéressée, plus solidaire et nous persuader chacun.e à notre place, avec nos forces et nos faiblesses nous devons donner corps aux vœux que nous avons émis. « Tous les hommes font la même erreur, de s’imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent. » écrivait Tolstoï et il avait bien raison. Le bonheur réel se trouve davanatage dans les efforts que l’on fait justement pour arriver à ce que quelques-uns se concrétisent.

Le chemin parcouru est souvent plus précieux que l’objectif atteint. Être toujours un chemineau qui ouvre la route, qui éclaire celle des autres, qui encourage celles et ceux qui doutent, qui soutient les plus faibles conduit inévitablement au bonheur que l’on nous souhaite. Ce n’est que le jour où les forces manquent pour partager que le nouvel an rend indifférent.

Soyez donc vous-même, citoyen.ne aussi actif.ve que possible du monde et vous verrez que 2020 correspondra à ce que l’on vous a souhaité  !