Il y a fort à parier que les plus grands éditeurs ont déjà contacté les avocats en charge des affaires de l’évadé du pays du soleil levant en brandissant des contrats d’exclusivité en dollars. Carlos Ghosn va en effet monnayer directement ou indirectement ce qui relève du roman à clés. Sa fuite du Japon est suffisamment extra… ordinaire pour que Hollywood veuille rapidement en faire un film assez sophistiqué pour passionner les foules.

Comment le « prisonnier » virtuel des Nippons a-t-il réussi à s’évader ? Qui l’a aidé ponctuellement ? Qui a négocié les complicités obligatoires dont il a bénéficié ? Quel rôle officieux ont joué les services secrets ? Combien a coûté pareille fuite au Liban ? Toutes les supputations sont possibles. Et il sera bien difficile de ne pas tomber dans la tendance moderne du complotisme.

Il y aura des théories, des supputations, des extrapolations et des sous-entendus mais rien ne parviendra à parfaitement décrire la réalité. Un seul constat objectif : avec du fric on parvient partout dans le monde à échapper aux pires situations !

Carlos Gohn a c’est certain, rassemblé des appuis ou au moins des actes de mansuétudes de la part de certains gouvernements avec lesquels il a entretenu des dialogues relatifs aux entreprises dont il avait la charge. D’abord il est indéniable qu’en cette année des jeux olympiques financés en grande partie par les plus grands patrons mondiaux : Toyota, Visa, Coca-Cola, Japan Airlines… et tant d’autres !

Les équipes nationales bénéficient aussi du soutien financier précieux de ce monde économique dans laquelle la solidarité de classe joue. Il aurait donc été malvenu que celui que l’on a présenté comme l’un des PDG les plus talentueux soir à la barre d’un tribunal impitoyable à la fin du printemps prochain. D’ailleurs les Japonais avaient envisagé un report d’un an… mais il faut attendre confirmation de cette hypothèse.

Le ridicule ne tuant plus depuis belle lurette, le gouvernement nippon s’en remettra vite et adoucira la blessure d’amour-propre du peuple avec un peu de nationalisme olympique triomphant ! Mais dans le fond il sera impossible d’avoir des certitudes sur un sujet politiquement aussi sensible…

Au Japon il existe aussi bien des moyens « officiellement officieux » de contourner les difficultés venant d’une implication officielle de l’État. Doit-on passer sous silence que les fameux yakuzas sont organisés en quatre syndicats principaux, présents sur tout l’archipel, et possédant également des ramifications dans la zone Pacifique, et même en Allemagne et aux États-Unis. Ils étaient officiellement 39 100 membres fin 2016, au sens large du terme. Ils seraient la plus grande organisation de crime organisé sans être pour autant secrète.

Ainsi, les clans ont généralement pignon sur rue, la plupart du temps sous couvert d’une structure légale de type associatif. Il est donc assez aisé de parvenir à ouvrir des brèches dans le système de surveillance des aéroports surtout s’ils sont annexes et mal surveillés. Mais là encore il ne s’agit que d’une élucubration inconsidérée.

Un jet privé quel qu’il soit doit déposer un plan de vol précis et selon la nationalité de la société qui le possède il est systématiquement inspecté. Les pilotes sauf si eux-aussi avaient des papiers entièrement faux sont connus et donc identifiables. L’avion a quitté le Japon depuis un aéroport discret d’Osaka, à 23h10 dimanche soir. Un autre avion, de la même compagnie privée turque, l’a ensuite conduit d’Istanbul à Beyrouth.

Les autorités turques ont donc interpellé pour la forme sept personnes, dont quatre pilotes d’avion, soupçonnées d’avoir participé à l’escapade de l’ancien patron de Renault. Il y a fort à parier que ces professionnels ne savaient rien et ne pourront pas avouer ce qu’ils ne connaissaient pas ! Avion turc : un autre hasard puisque la traversée entre Istanbul et Beyrouth est très rapide. Dans unimmense aéroport au trafic intense un aéronef local peut totalement passer inaperçu et ce fut le cas. Les services secrets turcs n’ont rien vu pas plus que la police…

Il est impossible que le gouvernement libanais n’ait pas été informé puisque dès son arrivée il a effectué un crochet par le palais présidentiel pour une petite coupe de champagne entre amis. A son arrivée sur le sol de son pays de résidence il a présenté un second passeport français de derrière les fagots et non pas celui qui lui avait permis de quitter le sol japonais.

Ce n’est pas illégal en France car des centaines de personnalités bénéficient de ce privilège. Mais il serait intéressant, par souci de transparence que le gouvernement publie ces deux documents pour que l’on sache comment et quand ils ont été obtenus ainsi que l’endroit où ils ont été retirés et par qui. On peut toujours rêver.

En attendant il faut relire La Fontaine dans les animaux malades de a peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »… et aller voir le film le jour où il sortira en salle sponsorisé par Renault !