Désormais quand on ne veut pas afficher un choix politique pénalisant soit parce que l’on n’a plus de support soit parce que celui que l’on a est gênant on dégaine le qualificatif magique pour sa liste : « citoyenne ». Plus aucun candidat LREM ne saurait afficher sa qualité de marcheur.cheuse sous peine de se retrouver à la retraite par manque de points dans les sondages.

Il faut bien avouer que ce n’est pas mieux dans tous les camps puisque les partis n’ont vraiment plus la côte. Si en plus on peut ripoliner en vert ses propositions électorales il est possible d’échapper au « dégagisme » ou à l’absence de crédibilité.

Dans un tel contexte l’année 2020 avec deux échéances électorales s’annonce particulièrement difficile pour la majorité présidentielle. La stratégie en deux étapes à pris du plomb dans l’aile. En effet l’Elysée visait d’abord quelques solides victoires aux municipales pour récolter suffisamment de grand.e.s électeur.trice.s votant pour le sénatoriales de l’automne.

Inutile d’aller se perdre dans des batailles communales sans intérêt et il avait été prévu de se concentrer sur les villes rentables. Les ordinateurs ont tourné au Ministère de l’intérieur avec un objectif clair : récolter le plus de suffrages potentiels pour l’élection au Palais du Luxembourg !

On a en effet oublié qu’une réforme est actuellement au frais : celle de la réduction du nombre de parlementaires avec quelques ajustements constitutionnels urgents pour espérer conserver une majorité de Député.e.s lors du renouvellement de 2022. Or pour y parvenir en 2021 il faut absolument approcher la fameuse majorité des 3/5° lors d’un Congrès consacré aux sujets d’ordre constitutionnel. En 2021 la majorité au Palais Bourbon est encore assurée.

Il reste à diminuer, par alliance dans certains cas (je te soutiens aux municipales mais on en reparle aux sénatoriales) l’influence actuelle de la Droite « urbaine ». La configuration actuelle du Sénat ne convient pas à l’Elysée et une déstabilisation de Larcher paraît indispensable.

Il faut rappeler que dans les villes de plus de 30 000 habitants, outre les conseillers municipaux, un délégué supplémentaire pour 800 habitants au-delà de 30 000 habitants (élus à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne) devient grand électeur. Il sera donc possible de mobiliser des énergies nouvelles par concurrence ou alliance afin d’étoffer le groupe En Marche sénatorial.

Si l’on se réfère à la situation girondine on peut ainsi expliquer la rivalité Modem-LREM sur la ville de Bordeaux et dans quelques autres sites de la métropole. Il faudra en effet mobiliser environ 580 voix en Gironde pour espérer emporter un siège…

Les comptes et les négociations débuteront dès la fin mars et si l’on observe bien les ralliements on voit bien que même des députés en poste en milieu rural deviennent soutiens opportunistes de listes urbaines pour ensuite monnayer leur entrée sur une liste sénatoriale plus sûre ! Le reste c’est de la communication électorale.

En plus quand on observe ce qu’il vient de se passer en Autriche ou les « Verts » ont rejoint un gouvernement très à droite les supputations peuvent aller bon train. Ce n’est qu’uns question de patience après les municipales. N’empêche que rien n’est vraiment simple pour la majorité actuelle.

Si certains ministres veulent partir, avec la bénédiction de Matignon, à la bataille pour assurer leurs arrières la très grande majorité préfère rester aux abris. LREM découvre aussi les querelles ou les rivalités de personnes ce qui n’améliore pas la perception de la cohésion politique. Les militant.e.s ont fondu depuis quelques mois et on sait qu’une campagne de proximité se gagne ou se perd sur cette présence sur le terrain.

On oublie donc toute référence à son appartenance au mouvement triomphant des Présidentielles et ons e réfugie derrière une « citoyenneté » abstraite et surtout contradictoire avec le pratiques gouvernementales actuelles.

Enfin il semble que le « dégagisme » qui avait prévalu lors des législatives, ne soit plus tellement à la mode ou qu’il puisse profiter aux Verts et à leurs alliés. Le contexte est donc plus que morose d’autant que le bourbier de la réforme des régimes de retraite étouffe toutes les velléités de rebond à moins de 100 jours du premier tour des municipales. il risque donc bel et bien de faire manquer le première…marche 2020 à son camp !

Or le « patron » est resté droit dans ses chaussures de ville ce qui ne va pas faciliter la tâche d’un Premier Ministre qui de toutes les manières sera responsable de la chienlit ou du rétropédalage. Il va découvrir ce que le mot fusible signifie en politique ! Il risque bien fin mars redevenir… citoyen !