Les menaces d’un conflit dans la zone économique la plus stratégique pour la mondialisation se précisent car tôt ou tard les Iraniens riposteront aux provocations américaines. Nul ne sait vraiment quand et quel enchaînement en découlera. L’Europe repliée sur ses problèmes internes s’avère totalement incapable de jouer un rôle dans cette querelle extrêmement dangereuse. Pire, rongée par les nationalismes elle sombre peu à peu dans la récession ou au moins dans la stagnation de son économie.

Une étude récente par un indicateur très diversifié elle progresse de plus en plus lentement et les spécialistes signalent que la croissance sera la plus basse depuis six ans dans la zone euro. Le fameux rêve libéral de la richesse ruisselant grâce à la politique de l’offre s’écroule. D’autant que dans le même temps le pétrole grimpe (+ de 70 $) et que les échanges commerciaux se délitent. Le fameux PIB ne croîtrait que de 0,1 % lors du dernier trimestre 2019 !

Dans le monde la situation est loin d’être sereine. Si les Etats-Unis et la Chine seraient en passe de signer un accord préalable et que le Brexit doit se concrétiser à la fin du mois de janvier, le regain de colère en Iran et en Irak provoquée par la mort du général Soleimani la semaine dernière, ont ravivé les tensions au Moyen-Orient.

Immédiatement on signale un nouveau repli pour les actions européennes et une envolée de l’or qui devient une valeur refuge comme lorsque s’annonce des crises violentes. Dans le prochains jours c’est l’Europe la plus proche de la zone éventuelle de conflit qui va subir l’onde de choc de cette situation beaucoup plus angoissante que la période de la guerre froide.

La situation du moteur industriel européen devient de plus en plus difficile Les derniers résultats indiquent que la production manufacturière a enregistré son « plus fort repli depuis près de 7 ans ». Et la France est en première ligne.

Le secteur manufacturier a terminé l’année sur une note très médiocre. « Les dernières données préfigurent ainsi une baisse de la production industrielle de l’ordre de 1,5% au quatrième trimestre » indique la cabinet IHS Markit cité par La Tribune.fr. Dans ce domaine l’Allemagne s’endort malgré un taux de chômage très faible. L’un des facteurs souvent mis en avant par les économistes est la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis qui a plongé beaucoup d’industries dans l’inconnu.

En outre, la montée en puissance des contraintes environnementales, la défiance normale vis à vis du diesel, la transition compliquée pour les marques vers les moteurs électriques et le ralentissement de l’économie chinoise ont accru les obstacles pour l’industrie automobile allemande. Les résultats sur les marchés extérieurs qui faisaient la force de la RFA se tassent chaque jour un peu plus. Les exportations ne rapportent plus autant qu’il y a quelques années.

Des économistes parlent même de « la fin d’un modèle économique allemand » ce qui reflète une situation beaucoup brillante que l’on semble le voir depuis la France. Socialement les écarts se creusent outre-Rhin et la pauvreté augmente. Le pouvoir d’achat s’effrite et donc la consommation intérieure ne progresse plus.

En Italie, ce n’est pas mieux : le PIB progresserait de seulement de 0,2% en 2019 et 0,6% en 2020. Sur le front du marché du travail, le taux de chômage devrait dans la botte, stagner autour de 10% en 2020.

Pour le moment la croissance dans l’union monétaire reste portée par le secteur des services « privés ». Cette apparente solidité des services s’explique justement par le fait qu’ils ne sont pas impacté par la conjoncture internationale. La France en est la principale bénéficiaire grâce à sa politique de solidarité (enfance, troisième âge, handicap…) ainsi qu’au dynamisme de ses entreprises très pointues sur les marchés.

Il faudra que le gouvernement jongle sur une double problématique ; restreindre les prestations sociales versées, les dégrèvements pour emplois à domicile et maintenir le gisement de croissance que représente par exemple ce secteur des services à la personne. C’est là qu’une réforme des retraites ne s’imposait pas dans la situation actuelle. Il est certain que le premier trimestre 2020 confirmera le déclin de la politique de la croissance.

Le poids du secteur financier l’emporte sur tous les autres. La machine mondiale ne tourne plus que sur des profits artificiels fragiles. Le modèle européen de la zone de la monnaie unique se délite. Il faudrait rebâtir une nouvelle stratégie avant qu’il ne soit trop tard. On en reparle en juin prochain !