Nous sommes partis pour une campagne des municipales qui se sera pas à la hauteur des enjeux de la défense de la démocratie locale. Les vieilles recettes du passé ressortent des classeurs. Dans quelques « cuisines » les ingrédients sont les mêmes alors que les appétences citoyennes ont évolué. Pas de dégagisme lors des échéances antérieures ! Pas de déliquescence profonde des partis politiques quels qu’ils soient ! Pas de montée d’une épidémie de « fièvre jaune » ! Pas d’étouffement des collectivités territoriales en cours ! On continue comme si de rien n’était.

La tambouille « politicienne » se poursuit. Le mode d’emploi ne varie pas. Des doses politiciennes avec des accords de forme mais pas de fond servent à composer des listes hétéroclites. Un zeste de militant.e.s rescapés s’ajoute à des pincées de partisan.nes ou de grosses doses de produits labellisés. L’ordre des ingrédients prend une importance particulière car elle conditionne l’attribution des parts du « gâteau » derrière le chef. Nul ne prend conscience que ce n’est plus l’étiquette qui offre le respect des convives des 15 et 22 mars prochain.

Le « menu » proposé devient vite roboratif avec sa colonne réputée à droite, sa colonne réputée à gauche et sa partie centrale inodore, incolore et sans saveur. La seule certitude : personne ne donnera l’origine des « produits » et le débat porte justement sur l’affichage ou le nom affichage des « labels ». Une seule certitude rassemble tous les « maîtres-queues » des municipales : la verdure doit être dans tous les plats. Beaucoup de « vert » car comme la planète est au régime on ne va donc mettre sur le programme le maximum de « salades ».

Il faut proposer de la matière attrayante aux consommateur.trice.s avides de propositions attractives sans trop se soucier de l’origine des produits. Pourtant les pratiques n’ont de chance que de plaire qu’aux client.e.s fidèles. Mais elles ne déplaceront pas celles et ceux qui ont l’habitude de rester chez eux le dimanche dégoûtés par la communication sur des « menus » qui ne tiennent jamais leurs promesses.

Il est pourtant indispensable de tout repenser pour construire une autre approche de la vie sur un territoire commun. Il existe en effet des lieux où l’on peut constituer soi-même son « repas » avec des « denrées » soigneusement sélectionnées. Se mettre d’accord sur des valeurs essentielles reste alors le préalable à toute action collective. Or elles ne sont que rarement présentées car la clientèle électorale serait avide de ratios, de concret, de catalogue, de crédits ou d’engagement à tout proposer mais gratuitement.

La disparition des « marmites aux idées » que constituaient les structures locales des partis, l’absence criante de formation au « goût politique » des rencontres d’éducation populaire ont singulièrement affaibli la crédibilité des propositions. Les « conviés » au festin municipale cèdent donc souvent à la facilité consistant à utiliser des « mets » lyophilisés ou « aseptisés » pour satisfaire le plus grand nombre. Il y aura des désillusions puisque chacun.e aura l’insatisfaction de ne pas avoir apporté sa contribution à « l’action commune ».

Une « brigade » municipale a obligatoirement besoin d’une ligne directrice et d’un engagement général à la servir. Et ce n’est pas avec des mots aussi prometteurs soient-ils que l’on construit une vraie « politique ». Les « menus » vont défiler. Tous plus alléchant les uns que les autres alors que l’avenir même du « lieu » où ils vont être présentés se trouve menacé des fermeture « administrative ».

Les normes, les contraintes budgétaires, les pertes d’autonomie dans des « chaînes » supra-communales totalement anonymes et abstraites constituent en effet des dangers imminents. L’ignorer c’est partir avec la certitude d’échouer tôt ou tard !

Pour passer de la « cuisine politicienne » à la « gastronomie citoyenne » il sera nécessaire d’avoir un travail intense de réflexion continue, d’appropriation de la réalité, de construction collective autre que celle fréquemment pratiquée consistant à dire que le concurrent est mauvais, peu fiable et inintéressant. Ce travail « politique » au sens noble de ce terme trop galvaudé demande beaucoup d’efforts, de rigueur, de pragmatisme et d’utopie.

Or dans de nombreuses communes on sent pourtant monter une envie des électrices et des électeurs de s’intéresser davantage à leur quotidien. Il faut s’appuyer sur cet intérêt avec la même patience que le cultivateur voyant lentement sortir de terre des pousses printanières. Elles sont toujours trop lentes à croître mais au moment de la récolte elles donnent bien des satisfactions !