Durant des mois le Brexit a été aussi réel que le monstre du Loch Ness surtout en Ecosse où l’on en veut pas ! Désormais il n’est plus incertain ou illusoire puisque les députés britanniques ont donné le feu vert à l’accord de divorce négocié par Boris Johnson avec Bruxelles. La très large majorité qu’a obtenue lors des dernières élections l’ancien maire de Londres en décembre dernier ne laissait que peu de place au doute.

L’accord a été adopté à la Chambre des communes par 330 députés en faveur de la rupture conventionnelle et seulement 231 contre. Le texte traduit dans la loi britannique l’accord de 535 pages conclu à l’arraché par Boris Johnson avec les Vingt-Sept il y a trois mois. On pourrait penser que le plus dur est fait quand on regarde en arrière. Or il faudra encore beaucoup de discussions afin que le 31 décembre 2020 la Grande Bretagne quitte avec un solde de tous comptes l’Union européenne.

Les deux prochaines étapes ne posent pas de problème. Le teste adopté devra être validé par la Chambre des Lords puis promulgué par la reine dont on connaît l’aversion qu’elle a personnellement pour l’UE. Le dernier obstacle (mais ene st-ce un?) se déroulera au Parlement européen qui aura à ratifier le traité deux jours avant la date fatidique.

Alors et seulement après ces diverses échéances Royaume-Uni deviendra le 31 janvier à 22 heures le premier pays membre à quitter l’Union européenne. Il créée un précédent qui va renforcer les mouvements nationalistes très vivaces en Italie, en Hongrie, en Slovaquie et même en Pologne… Une porte ouverte ne se referme pas toujours facilement quand souffle le vent mauvais de la discorde. Une Europe uniquement basée sur le profit a roulé dans le précipice poussée par des peuples se sentant floués.

Pour le moment le protocole d’accord négocié avec Bruxelles règle globalement le divorce. Il énumère les garanties accordées aux citoyens.ne.s et a établi un compromis au sujet de la frontière irlandaise. Il envisage «  une période de transition » jusqu’au 31 décembre 2020, pendant laquelle la Grande-Bretagne continuera à appliquer les règles européennes et continuera à en bénéficier.

Les Britanniques verseront leur contribution financière, mais sans siéger dans les institutions ni participer aux décisions. Cette période ne pourra être prolongée qu’une seule fois, jusqu’à fin 2022 au maximum. Rassurez vous Londres a bordé les modalités de ce fonctionnement « un pied dehors-un pied dedans » mais dans le fond il reste bien des débats ardus en perspective.

L’un concernera les accords dits de « libre-échange » quand un autre devra traité du délicat problème de la « sécurité ». Deux sujets que le grand vainqueur de la bataille du Brexit veut boucler très rapidement afin d’avoir les mains libres pour se tourner vers le pays qui « Trump énormément » ou les anciennes colonies du Commonwealth… dont l’Australie et le Canada. La Grande Bretagne va devenir la plate-forme des États-Unis en Europe et vont très vite perturber encore plus une Union qui ressemble à un puzzle sorti de la boîte.

Le monde financier sera au cœur des négociations puisque la fameuse City rapporte plus de 10 % des ressources britanniques. « Notre priorité est de rappeler au gouvernement britannique l’importance du secteur des services en général, et de la finance en particulier », a expliqué au Monde la patronne de la place financière londonienne où se trame des affaires plus ou moins louches sur les monnaies, les ressources naturelles ou les taux d’intérêt.

Après le 31 janvier, une période de transition de presque un an va s’ouvrir, pendant laquelle les arrangements actuels entre Londres et Bruxelles resteront actifs. Fin 2020, le Royaume-Uni perdra le fameux « passeport financier », qui permettait aux banques dont le siège est à la City de travailler dans l’ensemble de l’UE.

Il faudra un nouvel accord pour que cette possibilité reste ouverte. C’est la panique à la City puisque Johnson semble obsédé par l’idée de partir au plus vite… pour installer le nouveau « nationalisme » britannique reposant sur un « splendide » isolement » profitable !

« L’UE se déclare prête à « concevoir un nouveau partenariat avec zéro droit de douanes, zéro quotas, zéro dumping », a déclaré Ursula von der Leyen la patronne de la commission européenne. « Sans concurrence équitable en matière d’environnement, de travail, de fiscalité et d’aides d’état », les Britanniques ne pourront pas selon elle « avoir un accès de la plus haute qualité au plus grand marché commun du monde ». Ça ressemble au fameux « retenez-moi ou je vais faire un malheur » cher aux bravaches ayant en fait aucun argument costaud face à leurs adversaires.