Chaque fois qu’une démocratie a été menacée les premiers signes de sa désintégration possible viennent de la manière dont sont gérées sa police ou ses forces armées. A toutes les époques les rapports entre le Peuple et celles et ceux qui ont en charge… sa protection démontrent la réalité de la mise en œuvre des Droits de l’Homme. Si le doute s’installe on en arrive vite à un divorce démocratique dont les conséquences se révèlent désastreuses. La violence appelle la violence. Dans un sens comme dans l’autre et nul ne peut en prévoir l’arrêt.

Depuis la montée de fièvre « jaune » polluée par les intrusions de groupes organisés (d’ailleurs ils semblent avoir disparu depuis plusieurs mois) ou la venue de pilleurs intéressés le pouvoir a décidé de répliquer par la force dite publique. Au fil des manifestations de multiples comportements réputés « légitimés » par les nécessité du maintien de l’ordre ont été dénoncés par les observateurs neutres. Récemment même le défenseur des Droits s’est emparé de dossiers comme si la confiance affichée par les autorités dans les corps internes d’inspection n’étaient plus crédibles.

Les policiers ou les gendarmes semblent avoir oublié que désormais plus rien ne peut rester « secret ». Les téléphones mobiles enregistrent absolument tous les faits et gestes. Les plus ordinaires comme les plus abjects. Cette nouvelle donne pèse sur la doctrine du maintien de l’ordre mettant en péril toute tentative de dissimulation et rendant la communication sur les faits extrêmement périlleuse.

Dans une période critique comme celle que traverse la France la défiance monte donc à l’égard des donneurs d’ordre. L’escalade contrôlée au prix de graves dérapages dont on ne saura que dans de longs mois s’ils sont sanctionnés semble s’apaiser et il est temps de faire descendre la tension. Les responsables nationaux de la police ont affirmé leur inquiétude sur la perception très dégradée de leurs femmes et leurs hommes dans le pays. On sait fort bien que la situation est très inquiétante dans certains quartiers ou dans une catégorie de la population. Elle se détériore dans des milieux réputés spontanément moins hostiles. La pente est glissante.

La mort du livreur a marqué encore plus les esprits. Les circonstances même si elles restent encore à déterminer par la justice ne laisse pas de place au doute. Pour verrouiller toute tentative de tergiversations le défenseur des Droits s’est saisi du dossier. Il a décidé de se saisir « d’office » pour se pencher sur les circonstances du décès du livreur Cédric Chouviat après une interpellation controversée à Paris, a-t-il récemment annoncé. 

« Une instruction va être ouverte. On va regarder les circonstances de l’intervention et si les règles de déontologie ont été respectées », a précisé la porte-parole de cette autorité administrative indépendante. « Déontologie » : le mot va devenir à la mode tout comme celui « d’éthique ». Des éléments de langage qui ont été jetés en pâture aux médias afin d’éteindre l’incendie provoqué par les images du croche-pied infligé à une femme, le tir de LBD à bout portant et l’étranglement mortellement indirect du livreur.

Le premier à dégainer devant les caméras avec un aplomb digne d’un comédien expérimenté a été le « sinistre » de l’Intérieur : « C’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police » a-t-il déclaré abandonnant les fanfaronnades antérieures. Lors de ses vœux à la police nationale il a ajouté le rappel au devoir « d’exemplarité » et l’importance de « l’éthique ».

Pour faire bonne mesure il a prêché en faveur de « l’usage juste et proportionné de la force est ce qui sépare la démocratie de l’arbitraire, ce qui distingue l’ordre et la brutalité, c’est le fondement, aussi, de notre confiance avec les Français ». C’était le premier étape de la campagne « bonne conscience ». Elle va se poursuivre dans les prochains jours. Il est possible de tenir désormais ce type de déclaration est possible puisque le régime de retraite des policiers a été maintenu. Plus de risques de rébellion.

« J’attends de nos policiers et de nos gendarmes la plus grande déontologie (c’est le mot à la mode). Le Prsident y est allé de sa « couche » et s’est exprimé sur les récentes accusations de violences policières. Il a demandé au ministère de l’Intérieur des « propositions très concrètes » pour « améliorer la déontologie »(sic) des forces de l’ordre. « Il y a eu des comportements qui ne sont pas acceptables », a admis le président, précisant qu’il ne voulait pas « en faire une majorité du genre ». Il a ajouté : « En aucun cas je ne veux que ce sujet vienne gâcher la violence profonde qui existe dans notre société et dont les forces de sécurité intérieure sont les premières victimes ». Ce en quoi je suis d’accord !

« Éthique » et « déontologie », deux valeurs qui pourraient aussi s’appliquer à celles et ceux qui commandent, ordonnent, soutiennent, approuvent ou excusent les actes incriminés. Mais aussi à des personnes qui oublient leurs déclarations de leur patrimoine, qui sont « impôtphobes », qui oublient la misère, qui mentent au plus grand nombre,ou qui répandent une violence sociale permanente.