Toute la stratégie de Bercy repose sur deux axes déclinés de manière systématique : « privatiser » tout ce qui peut l’être de telle manière et dynamiser la « consommation » sous toutes ses formes pour récupérer en taxes ce qui est abandonné dans les prélèvements fiscaux. Il ne se passe par un jour sans qu’une réforme, une mesure, une décision ne concourent pas à la concrétisation de ses principes.

Ministère par Ministère, les équipes placées sous la tutelle des « technofinanciers » cherchent à transférer directement ou indirectement des charges qui incombent depuis parfois des décennies aux compétences régaliennes de l’Etat. Il n’y pas d’affirmation politique claire de cette volonté mais un ruissellement de règlements, textes ou lois pour conduire à un désengagement constant et croissant. Cette avalanche de « réformes » permettent forcément d’empêcher une réaction collective forte. Le gouvernement construit ainsi un puzzle de privatisations avec mtéhode et opiniatreté.

Dans le secteur de l’énergie la vente des barrages hydro-électriques passera sans gros problèmes puisqu’elle ne touche pas dans son quotidien la population. On sait que la dérégulation des tarifs s’accentue et que les grandes entreprises de commercialisation se préparent à passer à la vitesse supérieure au détriment du fournisseur institutionnel surendetté par des investissements imposés par la puissance publique.

Le 1er août dernier, les tarifs réglementés de vente ont encore augmenté de 1,23 %. Une hausse qui venait après un renchérissement spectaculaire de 5,9 % intervenu le 1er juin 2019. La libéralisation est également responsable d’une explosion des abus des fournisseurs d’énergie à l’encontre des ménages français, dont s’alarme aujourd’hui le Médiateur National de l’Énergie. N’oublions pas que chaque fois que les prix progressent les taxes récupérées par l’Etat suivent la courbe.

Pour l’éducation c’est plus subtil. Partant d’une bonne intention relative à la scolarisation obligatoire des enfants de 3 ans le gouvernement a singulièrement renforcé la capacité financière des organismes de l’enseignement privé. En effet la loi indiquait la non-obligation pour les communes de financer une école maternelle sous contrat puisque sa fréquentation n’en était pas obligatoire… les dépenses de fonctionnement des classes ayant fait l’objet d’un contrat d’association avec l’État doivent désormais être prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public. La dépense publique supplémentaire est de 100 millions d’€ et renforcera la concurrence dans ce secteur tout comme l’avait été la modification des droits d’inscription dans les universités.

Que dire du secteur de la santé où l’affaiblissement du secteur hospitalier démontre justement combien les équilibres sont rompus ? Peut-on nier sérieusement que la réforme du droit à pension On pourrait trouver des dizaines d’autres exemples dans absolument tous les besoins essentiels de la vie quotidienne. Ils démontrent tous que l’action est coordonnée, idéologique et surtout voulue comme irréversible puisqu’elle s’accompagne de suppression de postes dans le service public.

D’un autre coté la marchandisation tous azimuts permet de maintenir l’illusion d’une baisse d’impôts. Il faut conforter la consommation productrice de taxes indolores car non appréciées par les acheteur.teuse.s ; Ce n’est pas un hasard si par exemple le financement de la solidarité humaine dispensée par les départements sera assuré par une fraction de TVA tout comme le comblement de l’exonération de la taxe d’habitation.

Derrière la baisse de la rémunération du livret A on trouve la volonté manifeste d’accentuer d’autres formes de placements imposables ou dévolus à l’économie. Les Français.e.s continuent en effet à plébisciter ce placement avec 55 millions de livrets A qui engrangent près de 300 milliards d’euros « dormants » et donc ne rapportant rien à l’État. Il faut absolument contraindre les épargnant.e .s à dépenser !

Les baisses d’impôts ne visent qu’à donner l’illusion d’un pouvoir d’achat amélioré mais dont il faudrait retirer l’accumulation des augmentations des services, des denrées, des tarifs, de l’énergie, des cotisations diverses et de bien d’autres domaines.

Le libéralisme outrancier détruit durablement le tissu social et laissera des traces indélébiles dans le système républicain solidaire, égalitaire, libre et fraternel. Mais comme il parcellise habilement ses coups tordus appelées « réformes indispensables pour l’avenir » la sensation collective de démantèlement n’apparaît pas ou s’estompe au fil des annonces.