chambre

En ce 18 mai 2010 plusieurs mil­liers infir­miers anes­thé­sis­tes mani­festent à Paris, dans le cadre d’une jour­née d’action. Partie de Denfert Rochereau à 11h, la mani­fes­ta­tion s’est déviée vers la gare Montparnasse devant le refus du cabi­net de Mme Bachelot de les rece­voir. Celles et ceux que l’on décline sous le sigle d’IADE envahissent les voies de TGV.

Le trafic des gran­des lignes au départ et à l’arri­vée est donc inter­rompu dans les deux sens et même si l’évacuation par la police ayant duré plus d’une heure permet de rétablir les aller-retours mais une immense pagaille s’installe.

Les hasards de la vie font publique font que l’Association des Départements de France a réuni l’une de ses commissions dans la salle habituelle de l’Institut catholique où elle a ses habitudes. J’ai mes repères avec un retour habituel en milieu d’après-midi dès que la réunion est terminée. Pas de raison que ça change. Après une halte au kebab qui m’accueille toujours avec plaisir je file vers la gare.

Dès l’arrivée sur la Place Bienvenue au pied de la Tour la foule s’avère beaucoup plus dense qu’à l’accoutumée. Bizarre. Ce n’est rien par rapport à celle qui se masse dans le hall permettant d’accéder aux quais. Le tableau dans son cliquetis d’antan annonce des retards en série mais aucune annulation. Il faut patienter.

Les annonces se succèdent avec des motifs différents : retard dans la mise en place du TGV, incidents sur les voies, personnel indisponible… rien de bien extraordinaire. Toujours pas de décision relative aux départs prévus dont le retard ne cesse de croître.

La foule statique tend les oreilles pour tenter de saisir des messages… inaudibles. Les regards se tourne vers les lignes en noir et blanc qui continuent à s’entasser sur les deux colonnes. La situation empire et les passagers commencent à perdre patience. Ils s’accumulent en une marée humaine agglutinée jusque dans les couloirs d’accès et dans les escaliers au bout de deux heures d’attente. Les informations circulent : une manifestation des infirmières ne permet plus la circulation des trains. Tout est bloqué. Que faire ?

Une décision s’impose. Un appel de mobile sur Bordeaux me permet de vérifier que l’avenir en ce beau moi de mai s’annonce plutôt compliqué. Paris respire le printemps mais pas à Montparnasse où la promiscuité devient pesante. Le plus compliqué reste de s’en extraire.

Remonter le courant de ce « fleuve » humain qui ne cesse d’enfler relève de l’épreuve sportive de haut niveau associant les aptitudes au slalom et celles des avants de rugby allant à la percussion. Finalement me voici à l’air libre sans espoir de regagner mes pénates et donc à la recherche d’une…chambre d’hôtel !

Mon optimisme toujours très limité tombe à chaque passage devant un lieu d’accueil. La pancarte « complet » ou un refus poli du même ordre constituent les réponses constantes. Le temps file et mes chances de dormir ailleurs que dans une gare bondée diminuent. Il me faut une idée géniale.

Un nouveau coup de fil à Bordeaux me permet de demander que via internet une âme charitable me déniche une chambre disponible dans Paris. La réponse ne se fait pas attendre : «  j’ai retenu au Vavin… tu peux y aller ! » Me voici soulagé ! Enfin pas très longtemps car quand j’arrive à l’accueil : 

Désolé mais avant de regarder aux réservations internet nous avons déjà loué les chambres restantes par téléphone. La dernière est partie il y a quelques minutes ! 

-Vraiment. Vous n’avez aucune autre solution ?

-Je vais appeler un autre hôtel avec lequel on travaille. Mais je vous préviens c’est rue de Rivoli ! » Le contact établi, j’ai droit enfin à une solution : « vous vous dépêchez il ne leur reste qu’une chambre que je bloque à votre nom ! Il vous faut faire vite ! » Je ne demande pas mon reste. Je file au métro !

Arrivé sur place je découvre un palace de la rue de Rivoli. Je me vois attribuer une chambre sous les toits mais à un prix qui me saisit d’effroi. Je tente de négocier : «  vous savez je repars demain matin prendre le premier TGV pour Bordeaux et je ne vais rester que quelques heures.

je peux vous faire 10 % mais pas mieux. C’est à prendre ou à laisser…

-je prends ! ».

Il me faut régler à l’avance plus de 500 € soit environ 100 € de l’heure… La nuit me paraît courte et fastueuse. Difficile de fermer l’œil. La télévision annonce que vers 20 heures les TGV ont repris leur va-et-vient mais que des milliers de voyageurs ont été contraints de remettre leur voyage.

Je ne traîne pas le matin et je suis parmi les tout premiers arrivants sur les quais. La gare Montparnasse me parait déserte… et je m’assois à la place que m’a attribuée l’achat d’un nouveau billet de TGV avec soulagement et en me sentant plus léger du portefeuille. Depuis je me méfie toujours du tableau de la Gare Montparnasse que j’ai vu disparaître sans amertume.