Le cœur en France de la République demeure l’Élysée dont le blason a été sérieusement terni par le passage dans ses murs d’un certain Nicolas Sarkozy et par les dérives actuelles sur ses modalités de Fonctionnement. Et bien évidemment, comme le veut la construction de l’opinion dominante, le Palais serait le creuset de tous les abus financiers ou matériels.

Combien de personnes peuvent pourtant mesurer la réalité de ce lieu d’où partent et arrivent les mesures essentielles de la vie sociale collective du pays ? Grâce à une invitation « personnelle » d’Aain Zabulon (1) j’ai pu durant plus de trois heures, entrer avec des amies dans cet Élysée sur lequel ne bavent pas que les escargots du parc ! impressionnant.

Une découverte libre, qui n’avait aucun cadre officiel, et donc qui permettait vraiment d’aller partout sans rencontrer des discours « officiels ». Un privilège, dans un contexte où souvent on tente par tous les moyens de masquer les vérités qui dérangent.

Pour la première fois de son quinquennat, François Hollande recevait ce soir-là en visite d’État son homologue… italien. Un événement pour lui, mais pas pour le personnel de l’Élysée pourtant stressé, comme le commandant militaire qui faisait ses débuts en la matière.

Vu de près et de l’intérieur c’est d’une extraordinaire complexité, en raison des règles du protocole . Ballet millimétré des voitures officielles, timing angoissant et surtout, contrairement à tout ce que j’avais entendu, aucun faste particulier en dehors du tapis rouge sur les marches du fameux perron. Aux cotés de ce colonel de gendarmerie, les dialogues via des radios paraissent surréalistes avec les codes, les minutes et les secondes, les ajustements et… l’angoisse de l’échec tenant à un détail.

Le repas « officiel » ne durera que 90 minutes mais on a fait bien mieux antérieurement («  Sarkozy n’aimait pas ces soirées, alors il mettait la pression pour que le souper ne dure qu’une heure, et il renvoyait les invités ! ») expliquait très librement un habitué des lieux.

Matériel de location (« nous n’avons pas de lieu de stockage ») vaisselle élyséenne (« je dois tout compter après ces repas ! » confie une dame triant par douzaine les serviettes « car on les emporte facilement en souvenir ! ») et de superbes bouquets de roses sur le trajet à travers les salons des invités : pas grand chose de « fabuleux » ou de « spectaculaire  »  mais une extraordinaire machine (« chacun à une tâche très précise » ajoute un salarié, affairé à empiler les tables pliées) qui adapte en quelques minutes chaque salon à une nouvelle destination (« nous mettons 7 à 10 minutes pour installer la table du conseil des Ministres »). L’organisation est quasiment militaire dans tous les secteurs.

L’Élysée ressemble à une ruche avec une case centrale (le bureau présidentiel séparé de celui du secrétaire général par une salle de réunion) où, dans le fond, le seul risque que court l’occupant, c’est celui de l’isolement absolu du monde réel. « Je pense que c’est la raison pour laquelle Monsieur rentre souvent chez lui »… Étonnant d’entendre les gens parler entre eux de « Monsieur » et « Madame » et jamais du « Président ».

L’avis est unanime : malgré tout ce qu’on peut affirmer, le rythme présidentiel est épuisant. « Monsieur, comme son prédécesseur, dort 5 heures maximum par nuit ». Et d’ailleurs, son bureau est allumé. « Madame est rentrée et lui, selon le travail qu’il a, il restera dormir ici ! » (2) explique l’un des militaires qui accompagne.

Les salons en enfilade ne facilitent pas les cheminements discrets puisque l’on traverse obligatoirement l’un pour aller vers l’autre. Celui des Ambassadeurs, où l’on remet les lettres de créance, celui des déjeuners en groupe très restreint, celui pour les attentes avant d’aller dans la salle des fêtes, avec table de maquillage décalée… et celui du conseil des Ministres. Un seul vient d’être restauré et se trouve au niveau d’un palais présidentiel. Les autres sont plus ou moins fanés avec des ors de la République beaucoup moins flamboyants qu’en d’autres Palais !

L’Élysée n’est en fait qu’une ancienne résidence historique modifiée qui ne correspond pas nécessairement aux normes modernes. Le bureau présidentiel du premier étage est véritablement le plus rutilant. Le Général de Gaulle avait choisi l’un des salons du rez de chaussée, plus proche de la salle du conseil des Ministres. « Chaque Président a son style, sa façon d’être et de se comporter. Il passe et nous on reste… » ajoute un employé qui se lâche !

Dans une aile du bâtiment se trouve une salle à manger confidentielle dans l’appartement dit de « permanence ». C’est là que nous allons dialoguer sur les sujets qui fâchaient (mariage pour tous, rythmes scolaires, décentralisation, ressources des départements…) avec le directeur adjoint du cabinet du Président. La vaisselle en porcelaine de Sévres a vu défiler bien des plats plus ou moins réussis et elle impressionne justement par son histoire. Le lieu retiré de l’agitation extérieure se situe au bout du couloir longeant les cuisines sur lesquelles on a la vision d’une ruche en pleine saison de production. On a l’impression de dîner au XIX° siècle !

Un moment exceptionnel de partage où une sénatrice, une députée et un maire peuvent librement, très librement, présenter leurs idées, leurs avis et leurs.. critiques. Inutile de préciser que c’est une vrai plaisir de constater qu’un tel dialogue est possible à l’Élysée, dans les murs mêmes de ce que l’on présente souvent comme une forteresse inaccessible !

En descendant le perron dépouillé illico du tapis rouge, face à la cour où se joue souvent l’Histoire du pays, on revient sur terre. Demain ce ne sera plus qu’à la télé… et on restera une autre vision du Château!

  1. Créonnais d’adoption, Alain Zabulon a occupé les fonctions de directeur de cabinet adjoint du Président de la République