Sur une idée du célébrissime Alain Decaux, Jacques Martin avait ouvert la télévision du dimanche après-midi aux « Voyageurs de l’Histoire ». Le principe en était simple : une vaisseau spatial conduisait les « histronautes » dans le temps afin qu’ils puissent découvrir les réalités d’une époque. Bien évidemment les invités triés sur le volet devaient à la fois connaître la période concernée mais se prêter au jeu télévisé.

En 1981 la production contacta l’école élémentaire publique de Créon pour envoyer une délégation enregistrer l’un des épisodes de cette émission. Ma classe du CM 2 avait été choisie pour cette mission exceptionnelle mobilisant trois élèves. Un autre venu d’un établissement mérignacais compléterait le quatuor girondin. Une aventure exceptionnelle pour des écoliers peu habitués à fréquenter la capitale et les studios de télévision.

Une réunion extraordinaire de la coopérative de classe devait désigner les lauréats. Bien entendu il faut vite entendu que la Présidente Karine serait de l’expédition. La discussion et le suffrage des coopérateurs décidèrent qu’elle serait accompagnée de Marie-Christine et David. Les préparatifs occupèrent la classe durant plusieurs jours et le journal scolaire commença à annoncer le déplacement du trio créonnais. La presse locale anticipa puisqu’il s’agissait d’un véritable événement. Le trio assuma parfaitement. Les deux filles ne manquant pas de répartie elles ne se montrèrent guère impressionnées.

La classe était en ébullition puisque leurs représentants allaient se retrouver, un dimanche après-midi dans ce miroir encore très extraordinaire qu’était un écran de télévision. La préparation du déplacement fut collective et donc chacun eu sa part de l’aventure. Le départ s’effectua dans une ambiance mêlant fierté, crainte et impatience. L’instit en fut ému.

A l’arrivée les « Mousquetaires » , rejoignirent les studios des Buttes-Chaumont où devait être enregistrée l’émission. Pas question, contrairement à leurs espoirs de voir Jacques Martin. Invités à déjeuner par la production ils eurent droit au self-service du personnel au dernier étage. La scène fut cocasse car il fallut refréner les envies boulimiques de convives certes habitués à la cantine copieuse de Mme Macari et Patricia à l’école mais pas à cette profusion d’entrées et surtout de desserts. Le plateau dut donc être allégé !

Le voyage de l’Histoire tardait à débuter. Il commença par un entretien d’embauche. Un Jacques Martin bougon reçut les «acteurs » pour un forme de casting pour savoir ceux qui auraient le droit de monter dans le vaisseau et ceux qui seraient affectés aux tâches de figurants. David, un tantinet timide et surtout impressionné par le contexte de cette journée fut affecté à une scène où il jouerait dans un marché totalement fictif. Les deux filles imposèrent leur punch. Elles furent soumises à la question par le « pilote » qui s’aperçut très vite qu’elles avaient du répondant. Le courant passa très vite. Je regardais ce dialogue avec une certaine tendresse tellement elles étaient spontanées et décontractées.

Équipées de leur tenue blanches d’Histronautes adaptées à leur taille par une costumière au doigts agiles et aux épingles pratiques. La première surprise, en pénétrant dans le studio, vint du décor relativement sommaire. En fait le « vaisseau » en contre plaqué, posé sur des cales en bois, ressemblant à un salon où l’on cause n’avait pas véritablement fière allure. Peu importe les caméras se chargeraient de transformer l’ordinaire et odyssée spatio-temporelle !

L’enregistrement saucissonné me fit trembler car Marie-Christine et Karine hyper concentrées, ne lâchaient rien, étonnant un Jacques Martin devenu souriant, affable et friand de ces remarques d’enfants libres. Du tac au tac… On aperçut David jouant aux billes dans un coin du studio avant que les comédiens prennent le relais pour les séquences historiques. Le duo créonnais n’eut même pas le réflexe de demander un autographe à Maître Jacques bien différent de ses bouffonneries dominicales.

L’émission mise en boite pour le dimanche suivant, nous repartions vers Créon… Dès le lendemain matin les « héros » eurent à raconter leur périple lors de l’entretien habituel. Bien entendu il fallut attendre la diffusion pour mesurer le décalage considérable entre le voyage réel de « l’école des fans » et celui que la télé délivrait dans une époque où Créon n’était qu’en rêve. Le miracle de la télévision fait que près de 40 ans plus tard les « voyageurs » se souviennent encore de leur montée à Paris !