Lors de l’un des nombreux débats auxquels j’ai participé après la sortie du livre sur « le partage du pouvoir local » une personne m’a posé un commentaire qui m’a quelque peu désarçonné : « dans le fond vous revenez aux principes de la démocratie grecque ! » Bien entendu il me fallait non pas faire référence aux récentes péripéties liées à la crise ayant secoué Athènes mais à la période de l’Antiquité. Je me suis demandé en quoi l’autogestion associative citoyenne pouvait avoir un rapport avec la manière dont les Athéniens avaient construit leur démocratie.

C’est en 507 avant J.C. Qu’est en effet née la « démocratie dans la cité ». Les grands principes de ce régime politique (littéralement « gouvernement par et pour le peuple ») ont considérablement changé car les territoires à gérer ne sont plus du tout de la même dimension.

À l’époque, environ 40.000 personnes sur les 250.000 qui peuplaient l’Attique étaient des « citoyens », c’est à dire qu’il avaient plus de 20 ans, qu’ils étaient de sexe masculin, libres (non-esclaves) et nés de parents athéniens. Ceux-là, et ceux-là seulement, avaient le privilège de siéger à « l’Ecclésia » (l’assemblée du peuple). La décision appartenait sur tous les sujets à ce rassemblement sur l’Agora.

La base de cette gouvernance ne s’appelait pas la « commune » mais elle en était purement et simplement les prémisses. Chaque village constituait ainsi une « dème ». Ces dèmes (les « communes actuelles) pouvait se trouver dans trois parties distinctes de l’Attique (région d’Athènes) : la partie « polis » (zone urbaine), la partie « paralia » (bord de mer), et la partie « mesogeia » (« terre du milieu », entre le bord de mer et la ville).

Ces dèmes (« communes) étaient regroupées en 30 « trytties » (on dirait départements) pour former une dizaine de « tribus », (nous les nommerions « régions ») composée chacune d’un peu de chaque territoire afin de favoriser la diversité. Tout le système reposait donc sur trois niveaux de é »collectivités territoriales »… comme c’est le cas actuellement en France puisque les structures intercommunales (métropoles, communautés de communes ou d’agglomération) ne sont que des « outils » de mutualisation. Donc de la fameuse « démocratie grecque » j’ai donc retenu le principe d’une cellule de base où doit se construire la citoyenneté.

Dans ce système chaque « tribu » (rappel : la région) élisait 50 représentants pour une seule année à l’Ecclésia (parlement global d’où émergeait la Boulè forte de 500 membres) présidée à tour de rôle par chaque « tribu ». Elle décidait des ordres du jour, puis les lois étaient discutées et votées par l’Ecclésia à main levée et jamais à bulletins secrets.

Le tout se déroulait à l’agora d’Athènes ou sur la Pnyx, colline de la ville. Les textes légaux étaient affichés en ville : ainsi, tout le monde pouvait en prendre connaissance. En fait le partage était largement partagé et il appartenait directement aux citoyens qui avaient la responsabilité de sa mise en place !

La base de cettee gouvernance était connue d’absolument tout le monde : égalité devant la loi (Isonomia) ; l’ égalité de la parole (Isegoria) ; l’égalité des pouvoirs (Isokrateïa). Là encore il faut accepter ces bases essentielles à la survie de notre démocratie participative. Ce sont les repères qui font pourtant défaut dans des programmes qui regorgent pourtant de propositions tellement enjôleuses. Il est important dans les débats de demander des précisions sur la stratégie.

La tentation actuelle venant des technocrates qui tiennent le pouvoir c’est de couper le lien de démocratie directe entre les citoyen.ne.s et les élu.e.s issus du suffrage universel. Cette rupture mettra en péril les fondements de la démocratie.

Entrave à la libre gestion des collectivités par la restriction sur les décisions politiques relatives aux ressources ou la limitation arbitraire des dépenses relevant de choix concrets ; retour permanent sur la décentralisation ; renforcement des privatisations : autant de dépossessions des vertus essentielles des élections. La personnalisation excessive de la vie publique ajoute à ce marasme qui sortira des municipales dans un contexte anxiogène favorisant le délitement des principes collectifs.

La démocratie athénienne reste un modèle théorique du partage du pouvoir. Il serait vain de croire qu’elle peut être transposée à l’identique à notre époque quand partout (et ce n’est pas fini) les populismes ont occulté les bienfaits de la citoyenneté. La facilité c’est de subir et de contester. L’exigence c’est d’agir et de construire. Il semble bien que dimanche prochain on reste sur le premier constat !