Dans près de 35 000 communes de France le résultat des élections municipales est acquis. Le premier tour a été suffisant pour que dans une très grande majorité des cas les sortants retrouvent leur fauteuil. Il reste à régler la situation des autres (une cinquantaine en Gironde) où des alliances sont nécessaires pour constituer des majorités stables et terminer un scrutin déjà bien mal en point.

Il faudra attendre probablement le dimanche 21 juin pour solder les municipales. Un jour de fête de la musique : tout un symbole ! Une décision qui génére bien des difficultés juridiques mais qu’il aurait été débile de ne pas assumer dans le contexte actuel. Il aurait été pourtant beaucoup plus réaliste de repousser le scrutin dès le début de la crise sanitaire. Mais un quarteron de responsables politiques en ont décidé autrement. Parmi eux l’influent Gérard Larcher qui règne sur le Palais du Luxembourg.

Un petit tour d’horizon permet en effet de mieux comprendre pourquoi le Président du Sénat soutenu pas d’autres affidés de l’actuelle opposition s’est vivement opposé à ce report portant fortement envisagé. Comme dans bien des cas de la vie politique c’est à la fois par intérêt personnel et par souci de défense partisane. Désolé pour les fans de Gérard Larcher mais il n’a jamais été de la génération des enfants de chœur et le vétérinaire a plus d’un tour politique dans son sac.

Personne n’évoque en ce moment le renouvellement de la Haute assemblée en septembre 2020… La date de l’élection n’est pas connue mais on suppute sur celle du dimanche 27…ce qui a officiellement entraîné une entrée en campagne électorale le 1° mars. Les comptes sont donc ouverts et les sénatrices et sénateurs potentiellement candidats doivent désormais surveiller leurs publications, leurs actions de communication et leur dépenses en tous genres.

C’est passé inaperçu mais leur électorat étant essentiellement constitué des maires et des délégués des conseils municipaux il fallait vite bloquer la situation pour lancer les opérations préalables. D’où l’importance de connaître le plus rapidement possible l’électorat potentiel et de profiter du contexte favorable indiqué par les sondages !

Souvent les premiers magistrats sont en effet désignés par leurs pairs dans les petites communes pour ce vote au second degré et dans les grandes villes le parti du gagnant rafle les « grands électeurs » supplémentaires à ceux de l’assemblée municipale. Le résultat obtenu dans 35 000 collectivités permet de connaître les contours essentiels de la liste électorale 2020. Or avec un décalage des municipales le calendrier des sénatoriales aurait été bouleversé … Il risque de l’être avec le report du second tour mais de matière moins forte qu’avec un rapporttotal. Les courriers de félicitation pourront partir vers la majorité des conseils élus.

Larcher surveillait donc attentivement le déroulement des municipale car il en découlera son maintien dans le fauteuil de numéro 2 de la République Française. Il est inquiet sur cette échéance qui pouvait voir LREM progresser avec ses espoirs de prendre quelques grandes villes et donc de peser sur sa réélection. Il a fait donc front commun avec les présidents d’associations d’élus locaux pour éviter toute mauvaise surprise et graantir son fond de commerce.

Même s’ils ont été démentis ses propos face au Président à l’Élysée ont fait polémique : « Si vous reportez les élections municipales, alors je dirai publiquement que je suis totalement opposé à ce report; si vous décidez de maintenir l’élection municipale, alors je ne me déroberai pas ». C’était stratégique et il obtint gian de cause avec un « chantage » à l’opinion publique en partie insouciante des conséquences de l’organisation du scrutin.

Gérard Larcher va en effet depuis plusieurs mois de département en département pour apporter la bonne parole et il sait en bon stratège du Palais du Luxembourg qu’il devra mainetnant vite conquérir les nouveaux arrivants pour tenir son rang. Il vient d’être privé d’un atout qu’il possédait avec Bruno Retailleau : l’annonce du report du débat sur la réforme des retraites qu’ils auraient pu faire durer à leur guise et plus encore l’interdiction de se déplacer.

Le voici dépourvu de job durant quelques temps. Devant la réalité tragique de la « guerre sanitaire » au Covid-19 le Sénat va pourtant être contraint à convoquer ses troupes pour une journée de délibérations sur les mesures annoncées par le Président de la République et ensuite se mettre en sourdine pour quelques temps. Mais l’essentiel est assuré. Il peut mettre sa stratégie en place/

L’intérêt des Françaises et des Français ne peut pas être ignoré et il a vite fait machine arrière. Le peuple n’est pas son électorat et donc s’il a fait amende honorable c’était sans risques réels. Il avait des alliés de circonstances qui depuis on fait profil bas compte-tenu de l’évolution de la situation. Reste que, au regard du report du second tour des élections municipales, le Parlement devra légiférer sur la mise en œuvre d’une telle décision. Loi, ordonnance, loi d’habilitation… on verra ! Une mise à l’épreuve pour les instances clés de notre démocratie qui devront être mobilisées et surtout crédibles face à la situation.

Un décalage énorme existe entre les contraintes du terrain où désormais des élus municipaux, se trouvent en première ligne pour tenter de réguler une situation angoissante. Certain.e.s le savent. D’autres vont le découvrir. Et début juillet il sera temps de penser aux sénatoriales… avec celles et ceux qui croiront encore à la démocratie représentative au second degré ! Tout est prêt… avec d’ailleurs probablement pléthore de candidat.e.s… qui comptent déjà leurs voix potentielles. Ah ! Le virus de la « vraie » politique !