Il existe un label pour les villes qui éteignent l’éclairage public la nuit de telle manière que els habitant.e.s retrouvent la véritable sensation d’obscurité. Cette initiative est favorable à la faune mais aussi permet aux amateurs de redécouvrir le ciel dans sa luminescence naturelle.

« Villes et villages étoilées » a ses partisans et ses adversaires pour des considérations soit liées à l’environnement soit à l’insécurité. N’empêche que bon nombre d’entre nous il s’agit d’un vrai retour en une époque où la voie lactée avait des allures de traînée magique.

Depuis quelques heures dans la plupart des agglomérations on en revient à une autre qualité oubliée de la vie : le silence. Certes il existait parfois la nuit en zone rurale mais il avait totalement disparu des zones urbanisées en journée.

Les fortes restrictions sur la circulation automobile et malheureusement plus encore la fermeture des magasins de proximité, des banques, des services non indispensables et celle plus appréciée par les 5-25 ans des établissements scolaires a forcément diminué le trafic. Mais brutalement vers 13 heures le robinet à voiture s’est tari et le passage de piétons est devenu décroissant. Au fil de la journée tous les espaces publics ressemblait à ceux dont rêvent tous les adeptes des immobilités douces.

Dans le contexte actuel où nous avons totalement perdu la notion même du silence puisque nous ne vivons que dans le tintamarre médiatique il va falloir habituer nos trompes d’Eustache à ne rien percevoir. Pas facile quand la société mesure son intérêt musical au nombre de décibels que lui envoie des batteries d’amplificateurs démesurée. Le silence se déguste en gourmet

En fait nous entamons une cure de « désocialisation » ce qui réjouira certainement les gens ne pouvant pas blairer les « socialistes ». En fait durant certainement 4 ou 5 semaines il faudra oublier tous les grands discours constructifs des programmes municipaux sur le « lien social » puisque le confinement va l’altérer durablement.

Le repli sur soi spontané a été stigmatisé mais là, il est institutionnalisé sous l’influence de la guerre sanitaire. Les scènes des pilleur.euse.s de papier hygiénique constituent le baromètre des préoccupations de la société actuelle : chacun pour soi et le dérisoire pour tous.

Comme dans le même temps les librairies ont été fermées comme lieux de vie « non-indispensable » et à risques puisque susceptibles d’accueillir plus d’une centaine de client.te.s simultanée on peut penser que le silence sera meublé par des sons divers et pas nécessairement par des lectures passionnantes.

Il aurait été intelligent justement d’offrir aux « cloîtrés » d’office la possibilité d’accéder, avec toutes les précautions nécessaires aux bibliothèques et de faire autant provision de livres qu’il le souhaitait pour eux et leurs proches.

Il en va de même pour les autres propositions désormais abondantes dans les médiathèques ou les ludothèques. Ouvrir le confinement à la culture aurait l’avantage de donner une utilité sociale à la mesure d’isolement ! Or dans ce domaine c’est aussi le grand silence.

Humainement il est difficile de s’adapter au vide. Le vide sonore devient vite insupportable pour les personnes qui meublent leur solitude par la superficialité du bruit. Ils relient leur place en ce monde à une forme de participation à l’agitation générale. Ne rien entendre de la vie confine psychologiquement à la mort… et on imagine mal que ce soit durable.

Une ville, un village silencieux durant la journée devient vite inquiétant voire angoissant surtout si dans le même temps les rideaux sont baissés. Il va falloir s’y habituer… et c’est probablement le plus difficile. Il faut une vraie philosophie de la vie pour supporter le néant de la vie sociale.

Il y aura donc forcément des séquelles lourdes de la période qui s’ouvre. Il y aura un après confinement un peu comme après ces longues périodes d’hospitalisation consécutive à un accident il faut ajouter une rééducation épuisante. La « sortie » de crise (dans quelle situation globale?) selon les épidémiologistes expérimentés, pas avant le début juin.

Il sera alors temps de penser aux vacances période durant laquelle il faudra gérer des déplacements de masse, des manifestations culturelles imposantes ou des rendez-vous familiaux traditionnels. Sans être d’un pessimisme malsain la France mettra de longs mois avant de retrouver un rythme social conforme à ses principes républicains. Le silence aura lourdement pesé sur nos modes de fonctionnement.

La liberté en aura prix un coup. L’égalité face à la pandémie aura été malmenée. La fraternité aura du plomb dans l’aile. Pas certain que la solidarité soit gagnante dans le contexte qui succédera à la terrible épreuve qu’aura subi un pays mal en point économiquement. En 2022 la campagne s’en trouvera grandement affectée. Silence… on tourne!