Celles et ceux qui ont disputé un marathon savent combien le moral compte pour avoir le plaisir de franchir la ligne d’arrivée avec un sentiment tellement exceptionnel de libération. Pour l’éprouver il faut avoir accepté de tenir sur une bonne quarantaine…de kilomètres qui se succèdent plus ou moins difficilement.

Une défaillance peut surgir à tout moment si vous vous laissez emporter par le virus du renoncement. Elle prend vite des proportions exponentielles puisqu’elle vous conduit au renoncement temporaire ou définitif. Je ressens exactement la même sensation avec le confinement actuel.

Un.e marathonien.ne comprendra aisément ce que représente l’annonce d’un parcours solitaire face au temps. La situation est similaire et le ressenti tout aussi semblable. Les distances kilométriques sont seulement remplacées par une distance temporelle et l’itinéraire l’est par le calendrier.

Chaque jour qui passe nous même vers une hypothétique arrivée se situant plus probablement à plus de 40 bornes que des 15 annoncées. Il serait illusoire de croire qu’une semi-quarantaine suffira ! On ira beaucoup plus loin. Autant se le dire et s’économiser.

Les deux premières « longueurs » ne sont pas si faciles que ça. Une journée passée dans un lieu connue sans possibilité d’évasion de l’engagement pris paraît interminable surtout si on a l’habitude de préférer le sprint à la course de résistance. On se teste. On cherche le bon réglage. On se ravitaille pour se rassurer et même parfois on boit sans avoir soif.

La foulée reste légère et on n’imagine même pas que le « parcours » sera difficiel . Tout va pour le mieux dans le meilleur des « confinements-marathons. » possible. Les présences de compagnon.ne.s de route rend optimiste car elles permettent de trouver le temps moins long et de rassurer sur sa capacité à tenir.

En se lançant à l’insu de son plein gré sur les routes de l’isolement il faut bien avouer que l’on se retrouve face à ses limites et ses états d’âme. Si par malheur on n’a rien pour meubler son esprit, pour se détacher des craintes que l’on a sur ses capacité à tenir , le reste de l’épreuve sera interminable. Souvent une bonne dose de ses musiques préférées aide à se vider l’esprit. Mieux elle permet de s’isoler quand tout s’agite autour de vous.

Au fil des « kilojours » les difficultés apparaissent. Le rythme alerte du début disparaît. Le temps paraît plus long et le chemin monotone. L’indifférence gagne et l’automaticité remplace l’entrain. Tout devient pesant et compliqué. La tentation est grande de reporter sur des éléments extérieurs ses déboires psychiques.

C’est là que sur le chemin un signe d’encouragement, une parole bienveillante, une question sur votre moral, la vue de vos ami.e.s ou vos proches au bord de la route prennent des allures de trésors. La solidarité n’est jamais que matérielle mais l’intérêt de l’autre pour vos efforts en constitue la clé essentielle pour continuer à avancer.

Le ravitaillement devient une vraie préoccupation et parfois la nécessité d’avoir recours à des baumes, des onguents ou des recettes miracles pour atténuer les « douleurs » s’impose. N’empêche que ces adaptations ne parviennent jamais à distraire de la réalité du parcours restant à accomplir.

Il faut alors imaginer, inventer, innover pour tenir bon et résister à une baisse inévitable du moral. Bizarrement malgré les dizaines d’accompagnateur.trice.s on se sent bien seul en pareilles circonstances. On ne voit jamais le bout de ce chemin que l’on ne pensait pas si long. On peine. On traîne. On accélère puis on ralentit… On tente de s’occuper pour durer. On se désespère mais d’un autre coté il n’est pas question de renoncer. On compte les « bornes » en les trouvant répétitives et interminables. C’est probablement ce que ressentiront les « confiné.e.s » au fil des jours. Les commentateur.trice.s tenteronnt de les rassurer tout au long de leur périple immobile mais ils augmenteront sans cesse la distance !

L’avantage du marathonien sur le confiné c’est que le premier est assuré s’il tient les 42 kilomètres de la fin de son épreuve et le second restera dans l’incertitude totale. Rien de bien terrible dans le périple de la quarantaine sauf à penser que demain sera pire qu’aujourd’hui. Il arrive que la sur-activité pèse et que la non-activité soit encore plus pénible.

Il faudra mettre des écouteurs sur la tête, avoir des capacités à gérer ses émotions, se permettre de rester fidèle aux règlements et à son engagement initial pour durer. Ce sera en effet long. Très long. Trop long. Inutile de dire que des efforts seront nécessaires et que chacun à sa manière nous avons devant nous un improbable marathon de la solidarité à parcourir.