Avez-vous remarqué qu’en période de confinement tous les jours se ressemblent ? Un dimanche n’est guère différent d’un lundi et un mercredi ne se distingue plus d’un samedi. On les enfile comme des perles similaires sur le fil du temps. Aucun d’eux n’est plus précieux ou plus important que l’autre et seuls des détails changent vraiment le cours des journées.

Ce que l’on finit par remarquer que les préoccupations qui paraissent tellement essentielles habituellement s’effacent devant d’autres ignorées la plupart du temps. Le danger d’ailleurs réside dans ce changement de références puisque l’on est tenté de se laisser emporter par un certain non-conformisme que l’on croit salutaire.

Se lever à une heure raisonnable pour le quotidien quand on est seul.e ou même plusieurs nécessite un effort particulier. Les réveils sont pour une bonne part des actif.ves.s contraint.e.s à rester chez eux deviennent des sentinelles inutiles. Beaucoup d’entre sont confinés au silence. Cet instrument de torture surtout le lundi matin ont perdu de leur superbe.

Et si en plus ils sont couplés à une radio qui débite des nouvelles sur la crise sanitaire il vaut mieux qu’il ne troublent plus les derniers rêves de la nuit. Lentement mais inexorablement la tentation de traîner sous la couette s’installe. Il est prévisible que si la disette d’activité dure il faudra une vraie rééducation.

S’habiller selon les standards du quotidien professionnel relève aussi de la mission impossible. Le jogging, voire le pyjama constituent de nouveaux standards d’une vie sans but réel. Plaire à qui ? Se montrer à ma hauteur de qui ? Épater qui ? On finit par ne plus se le demander et de se contenter de ce qui sera le plus pratique.

Plus les jours vont défiler et plus il sera difficile de se maintenir à la hauteur de ses habitudes. Les dimanches de flemme et de refus des rites sociaux s’enchaîneront sur des semaines entières. L’habit ne fait pas le confiné mais il correspond bien à son moral.

En fait très vite émerge une préoccupation, celle des repas de la journée. Deux cas existent. Le premier : faire la cuisine et justement profiter des circonstances pour retrouver le sens des repas préparés à l’ancienne. Je vous conseille cette approche même si vous n’êtes pas prêt.e d’accéder aux sélections de Top Chef.

Prenez une recette et si vous avez réussi à ressortir indemne du rayon farine, légumes ou viande de votre supermarché et que vous disposez donc des ingrédients lancez vous. Le temps que vous passez à lire le bouquin ou le site internet sera du temps gagné sur l’ennui. Ces moments rendent modeste.

Si vous êtes à plusieurs à vivre sous le même toit et que vous n’êtes pas habitué de vous préoccuper de ce que l’on vous propose au déjeuner vous allez voir que la confection du menu relève d’une occupation authentique. A la cantine, pardon au restaurant d’entreprise, vous avez le choix et vous râlez sur les plats proposés. Pendant le confinement c’est vous qui devrez choir entre les pâtes ou… les pâtes, les frites ou les frites, le jambon blanc ou de pays, le cassoulet dangereux pour la vie de groupe ou les petits pois jamais assez fin…

Le débat autour de ce que l’on va manger prend une importance capitale dans la journée et peut constituer un ferment autogestionnaire fort. Il va en effet devenir impossible d’être original et performant très longtemps. La répétition ne passe alors que par le tout prêt à cuisiner et le prêt à consommer ce qui nécessite des expéditions dangereuses au pays du Covid-19. La routine dans la bouffe est pourtant souvent citée comme cause de séparation. Il faut croire qu’elles seront nombreuses si le confinement dure !

Il reste à lutter contre l’ennui. Le plus dur quand hier ressemble à aujourd’hui et annonce demain. La passion devient alors fondamentale. Un.e collectionneur.euse, un.e artiste, un jardinier, un bricoleur.euse, un.e lecteur.trice seront les plus résistant.es dans la durée pourvu qu’ils.elles aient matière à s’occuper. Bine entendu il reste les réseaux sociaux utilisables comme exutoire à son isolement social.

Des millions de messages circulent mais le plus rassurant c’est la « chaîne » car elle permet de transmettre des messages préfabriqués rassurants ou bien-pensants dans leur contenu mais sans signification directe. On s’évade virtuellement et on brise le silence matériel de son lieu de vie pour accéder aux bruits virtuels des autres.

Dans le fond le confinement risque bien de redonner un vrai sens à la parole sous toutes ses formes et contraindre à l’échange réel autour de sujets dont on se désintéressait jusque là. Une prise de conscience que l’on espère durable…même si l’angoisse qui monte passe bien avant des considérations subalternes comme celles évoquées si dessus.