L es écrans deviennent les principaux reflets de votre confinement. Face à vous ils serventt de miroirs à vos espoirs ou vos angoisses ou sous vos pouces ils font défiler les conversations virtuelles avec celles et ceux que les décisions gouvernementales éloignent à juste titre. Ce sont les seules fenêtres ouvertes encore sur un monde angoissant. Et il faut bien avouer qu’ils envoient des images dont on se passerait volontiers.

La pression est constante avec des questions sans cesse ressassées et des réponses simplifiées pour ne pas lasser le(la) virussé.e potentielle. Selon les données issues du Médiamat (un panel de plus de 11.000 téléspectateurs, répartis dans 5000 foyers et dont la consommation de télévision est mesurée en permanence), la durée d’écoute moyenne des chaînes de télévision la semaine passée a grimpé à “4h48, soit 1h17mn de plus par rapport à la même semaine l’an dernier”, relève Médiamétrie. En outre, dimanche, cette durée “s’est élevée à 5h15, un niveau jamais atteint depuis 2006”, souligne Médiamétrie. On passe près de 70 % du temps de confinement dans certains foyers en allant d’un écran à l’autre;

Les pénuries se cumulent et donc le système ressemble à un trou gigantesque qu’il faudrait boucher à la hâte en creusant un trou encore plus grand et dans un temps record. La langue de bois ne risque pas de véhiculer le virus de la vérité : c’est la seule certitude ! Les écrans la masquent!

Ceux des télés font défiler tout ce que Paris compte comme spécialistes des sciences médicales en lien direct avec la crise sanitaire. Ils passent des examens de vulgarisation de ce qui est complexe et incertain, pour tenter d’expliquer que les dégâts du coronavirus vont aller en s’amplifiant ou peuvent être réduits non par leuir science mais par la citoyenneté active. Ils attendent… mais ils n’espèrent plus autre chose que le désastre.

Ils se chamaillent en direct touy en conservant des attitudes diplomatiques confraternelles plus ou moins élaborées. Des milliers, des milliers d’appel au secours montent des tranchées où se trouvent les personnels exposés. Les écrans ne renvoient que des considérations générales relevant de la prédiction, de la prévision, de la précaution. Demain on livrera gratis ce qu’il manque cruellement.

Les « généraux » invités à jouer les prophètes tentent d’expliquer que les guerres ne se gagnent qu’avec une « armée » solide et pas avec celle qui serait ébranlée par le doute. Or tout le monde commence à s’interroger sur sa capacité à juguler l’invisible menace. Les régiments de « héros en blouse blanche » selon l’expression historique du chef suprême ne tiennent que par une volonté d’acier d’être en phase avec leurs valeurs professionnelles. Tout le monde commence à en avoir conscience par écran de télé interposé.

Les élèves, les collégien.ne, les lycéen.ne.s accumulent des heures de cours via les ordinateurs et oublient que l’enseignement à un visage humain. Les mèdecins scrutent les gorges ou les plaques rouges, les blessures par caméras interposées. Les douments permettant de travailler à distance arrivent et repartent grâce aux écrans. Le commerce s’en empare aussi. Sur les autres écrans des mobiles dont on dit qu’ils recèlent plus de virus que tout autre surface, on maintient le lien social plus trop virtuel.

Il faudrait vraiment qu’ils ne jouent que ce rôle et que s’organise au niveau des groupes un dialogue constant. Des réseaux fiables, labellisés, réguliers manquent. Il serait souhaitable que des spécialistes ou simplement des gens éclairés ouvrent des lieux de partage des connaissances. Les filtres médiatiques passe en effet la crise avec un niveau de tamis changeant. Ils vont finir par tuer la confiance. Elle n’était pas déjà des plus élevées. Elle risque de s’effondrer.

Dans la journée tombent des absurdités affolantes, des contre-vérités énormes, des espoirs ressemblant à des miracles religieux ! L’isolement en renforce le poids et la peur leur donne leur valeur. Quand les consignes diffusées sont simples et efficaces elles deviennent suspectes puisque la solution relève des spécialistes en tous genres.

Les écrans seront les grands vainqueurs de la crise sanitaire. C’est la seule certitude du confinement.