COFINAVIRUS

Désolé mais nous ne sommes pas en « guerre » au sens propre du terme. Depuis ma fenêtre j’ai du mal à donner un sens à ce mot. Il s’agit d’une abus de langage destiné à améliorer une communication autour d’une crise sanitaire mondiale mais surtout pas d’un réalité. Sur le fond et sur la forme la situation est totalement différente entre les deux situations. Sommes nous dans la cas « d’une lutte armée entre États, considérée comme un phénomène historique et social » selon la définition de Larrousse.

Or sauf si des propos m’ont échappé il n’y a pas eu de déclaration en ce sens d’un quelconque état. « L’ennemi » s’il en est un, est simplement un phénomène naturel dont on ignore encore l’origine et dont on espère qu’il n’a pas été enclenché par des humains imprudents ou diaboliques.

Dans une guerre chaque camp essaie de « prendre » le plus de vies humaines possibles afin d’affaiblir le camp adverse. Les morts appartiennent à des entités organisées destinées justement à tuer… Tout est organisé pour produire des machines à détruire. Inutile de rappeler que deux bombes volontairement expédiées sur Hiroschima et Nagasaki font 150 000 victimes quasiment instantanément. Dans la journée du 22 août 1914, jour le plus meurtrier de toute l’Histoire de l’armée française il y eut plus de 27.000 soldats français tués par la mitraille allemande. Dans ces deux cas exemplaires une décision est prise pour volontairement exterminer des milliers et finalement des millions d’humains.

Dans la situation présente il n’existe pas d’initiateur vérifié de la « guerre ». Une catastrophe naturelle peut produire ou produira un nombre de victimes considérables. L’éruption du Tambora en 1815 est une éruption volcanique qui s’est produite sur l’île de Sumbawa, en Indonésie tua environ 92 000 personnes. Le tsunami a englouti plus de 230 000 personnes. Personne ne songerait à qualifier de tels événements de « guerres ».

Le Covid-19, anomalie naturelle agressive pour l’Homme appartient à cette catégorie des menaces surprenantes, invisibles, massives ayant la particularité de s’étaler dans le temps. Il s’agit d’une catastrophe sanitaire qui tourne au cauchemar parce que personne n’était réellement préparé à son éruption dans la vie sociale.

Moralement, matériellement, citoyennement, culturellement les pays ont été pris à la gorge sans aucune préparation. Une guerre s’anticipe. Une catastrophe se subit. Une guerre débute par une mobilisation. Une catastrophe enclenche une mobilisation à posteriori.

Selon le constat célèbre de Paul Valéry « la guerre, (est) un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » La catastrophe en cours est plutôt un vaste sauvetage de gens qui ne se connaissent pas, grâce au dévouement désintéressé de gens qui se connaissent bien mais qui se mobilisent pour les autres. Nous sommes donc incontestablement dans le second cas et pas dans le premier.

Il est également totalement impossible d’obtenir qu’un armistice ou traité de pais soit signé un jour ou l’autre pour mettre un terme à cette guerre sans . La catastrophe ressemble davantage à une inondation qui passe à travers tous les barrages, qui emporte les personnes fragiles, qui n’est arrêtée par aucune digue humain et qu’il est donc difficile de stopper quand on a que ses mains pour écoper. La guerre se reproduit malheureusement à l’infini sur une planète qui a fini par s’y habituer quand la catastrophe est unique dans son enclenchement et dans sa forme.

En fait la vraie différence c’est que la « guerre » a besoin d’un chef qui incarne le bien face au mal, qui rassemble les armées, qui harangue les troupes alors que la catastrophe nécessite des sauveteurs, des pompiers, des équipes de recherche spécialisées non-identifiés. On ne retient de la guerre que le nom du général, du maréchal, du politique se situant dans le camp du vainqueur mais on oublie les héros anonymes qui ont tenté de réparer, de compenser, de sauver au péril de leur vie les victimes d’un « accident » imprévu et gigantesque soit-il.

La France aura bien du mal à admettre qu’elle entre dans une nouvelle ère celle des catastrophes de toutes sortes. Celle en cours est biologique mais il y en aura beaucoup d’autres cataloguées comme climatiques, chimiques ou sociales. Elle doit se préparer à sans cesse réagir à l’imprévisible. La « guerre » avait ses réponses, ses codes, se spécialistes, ses scandales et sa rentabilité économique. La catastrophe suivie d’une crise nécessite une démarche jusque là inconnue.

Il y a quelques mois de Chine serait parti le phénomène le plus inquiétant pour l’humanité et de ma fenêtre je n’ai vraiment pas l’impression que le consommateur ait conscience de ce basculement qui effacera tous les repères antérieurs. La catastrophe serait que nous continuions à le maintenir dans l’ignorance en lui parlant de guerre. parce que c’est plus « rentable ».