Les chaînes sont partout depuis quelque temps. Il ya les virtuelles et les réelles. Toutes sont sensées concourir à notre bonheur ou au moins à nous permettre de ne pas le perdre. Nous vivons cette crise sanitaire enchaînés alors que nous avions l’habitude de la liberté ! De partout les chaînes se déploient. Il y a d’abord celles que nous impose logiquement le confinement. Elles ne sont que morales mais elles sont normalement extrêmement strictes.

Elles nous condamnent pour notre bien et celui des autres à l’immobilité. Les fers réglementaires qui entravent notre quotidien ne blessent que celles et ceux qui ont perdu le sens des réalités. Le gouvernement resserre pour éviter des évasions malvenues pouvant compromettre la libération générale une fois la catastrophe jugulée.

C’est un choix qui se défend dans un pays où justement la tentation a toujours été vive de s’exonérer des contraintes individuelles. La durée peut en être longue puisque la citoyenneté émancipatrice n’est pas suffisante pour garantir l’application des mesures pourtant indispensables à la lutte contre un virus insidieux et dangereux.

D’autres chaînes beaucoup plus dangereuses entrent dans les aires de confinement, celles qui distillent à travers un écran une profusion d’informations relatives aux causes de « l’enfermement ». Leur nombre, leur diversité, leur omniprésence génèrent un flot considérable de contradictions dont il faut se débarrasser. En effet à longueur de journée des analyses à géométrie variable entrent dans les esprits.

Les discours officiels s’ajoutent, s’adaptent, s’aggravent ou courent après une actualité qui les dépassent. Ils entrent et sortent de controverses et se prononcent de manière péremptoire sur des sujets dont ils n’ont jamais entendu parler. Les bilans, les pourcentages, les courbes, les statistiques, les comparaisons ajoutent à la panique muette qui traverse les télés. Ils synthétisent le malheur et fascinent les enchainés.

Les meilleurs spécialistes n’affirment rien car ils doutent ou au minimum ils ne souhaitent pas éveiller l’espoir ou inculquer la peur. D’autres n’osent pas toujours, dans un contexte aussi dramatique de chercher des responsabilités à une situation compliquée. En fait la culture du plateau repas pour téléspectateur.trice.s affamés de d’espoir devient liberticide.

Il devient en effet impossible dans ce tintamarre scientifico-prévisionnaliste de se construire soi-même sa propre opinion. Le quidam se retrouve alors enchaîné par des propos qu’il ressent plus qu’il ne comprend vraiment.

Les esprits face à tant de malheurs et de risques n’arrivent que difficilement à se détacher de ces liens avec des télés déversant des flots de mots tous plus difficiles à supporter les uns que les autres. La peur constitue la pire des contrainte puisque selon Horace, celle ou celui qui vit dans la crainte ne sera jamais libre. Il est difficile qu’il en soit autrement.

Enfin il reste sur les réseaux sociaux ces inénarrables… chaînes créées pour pouvoir se persuader que l’on se sauvera avec des bonnes paroles, des prières, des incantations, des recettes miracles ou des certitudes venues de nulle part ou que l’on se réconfortera avec des bisous virtuels, des câlins froids. Il faut les faire suivre sous peine de perdre leur effet.

Ils seraient les vaccins attendus contre ce virus qui est brutalement sorti des ordinateurs et protégeraient contre tous les maux qui nous menacent. Ces envois tentent de conjurer un triste sort promis par la catastrophe sanitaire en cours.

Il existe pourtant des chaînes plus légères à porter, celles de la solidarité qui s’installent dans le quotidien. Elles naissent spontanément. Elles grandissent concrètement. Elles apportent de solutions de proximité. Elles fédèrent et surtout elles contredisent toutes les autres. Le téléphone « ordinaire » devient alors l’outil principal de lien social.

Attention certaines applications se voulant conviviales ou partageuses constituent de véritables pièges vous enchaînant tôt ou tard aux galères de la consommation. Il faut donc préférer l’humain à ces technologies d’espionnage institutionnel. Les gens qui tendent la main pour constituer la fameuse chaîne de l’amitié même virtuelle manquent de bras. Il faut dire que l’on ne parle guère de leurs initiatives positives !

La pandémie a restreint une part de nos libertés. C’était indispensable pour éviter que notre sort commun soit trop lugubre. Un grain invisible s’est glissé dans le mécanisme d’une société française trop sûre d’elle. L’enchaînement de la contamination restera comme un exemple mondial de la fragilité d’un système d’un extrême fragilité.