Nous avons avec mon épouse bien du mal à nous persuader que les applaudissements destinés à soutenir les personnels en première ligne dans la catastrophe sanitaire ont un impact réelle. En effet si nous avons entendu dans le centre de notre village une lointaine corne sonore et un bruit de bâtons heurtés entre eux nous n’avons jamais eu le moindre signe supplémentaire. Les automobilistes qui passent à vive allure sans respecter le stop du coin de la Place, semblent éberlués de voir un couple de vieux applaudir à leur passage.

La mort lointaine, qui ne touche pas individuellement ne paraît pas menaçante. Tant que les décès ont été en Chine, en Iran, en Corée ou au Japon les populations européennes confiantes dans les capacités illusoires de leur système de santé à réagir ne sont guère inquiétées. Cette minoration du danger a été relayée par de nombreux dirigeant.e.s politiques occidentaux au nom d’une seule préoccupation : ne pas briser la croissance, sorte veau d’or vénéré du libéralisme économique.

Toutes les réactions du monde occidental supposé développé ont été tardives, brouillonnes et trompeuses. Le confinement a conforté l’idée désormais très répandu que la vie, le jour où il sera levée reprendra comme avant en quelques jours. Il suffira de renforcer les moyens humains et matériels pour juguler ce qui est s’ancre inexorablement dans une société inconsciente des enjeux. Les applaudissements paraissent donc totalement abstraits à beaucoup. C’est terrible car les héros sont dans la proximité.

« La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres.” Victor Hugo l’a fort bien écrit. Les « héros » sont partout autour de nous dans l’accomplissement simple d’un geste de solidarité, de compassion, de secours ou de participation. Il n’est pas question pour moi d’applaudir des images de télévision lointaines mais de simplement ouvrir les yeux pour trouver des proches qui se comportent en « héros » en ne faisant rien d’extraordinaire mais en s’exposant simplement pour le erspect de leur engagement social, par leur sens du devoir.

A Créon j’applaudis tout le personnel de l’EHPAD qui a mis les résident.e.s au cœur de ses préoccupations. De l’affection, de la patience, du professionnalisme au service de personnes fragilisées par l’isolement ou la dépendance physique ou psychique. Infirmier.e.s ; aide soignant.e.s, les cuisiniers, le personnel en charge de l’hygiène et la propreté, personnel administratif et de direction sont à quelques centaines de mètres dans un établissement confiné. Ces salarié.e.s du système public du secteur médico-social luttent en silence ont eu des masques de protection… il y a cinq jours !

Les gendarmes de proximité contraints de contrôler des fadas imprégnés de films catastrophes et se croyant invincibles et qui pensent être des exceptions héroïques parce qu’ils contournent les règles destinées à les protéger et à protéger les autres. Ce sont eux que j’applaudis !

Les maisons de santé créonnaises ouvertes et surchargées avec des toubibs devant reléguer leur vie familiale pour prendre en charge les maux psychiques ou physiques de dizaines de patient.e.s centrés sur leurs difficultés de santé. Les pharmacies ouvertes et qui gèrent des demandes parfois complexes.

Les infirmières à domicile, les aides-soignantes, les aides à domicile qui maintiennent leur présence auprès des personnes isolées, handicapées et que je vois sillonner la rue. Les éboueurs qui dès l’aube effacent nos déchets de confinés consommateurs. Je les applaaudis sincèrement!

Les responsables et les employé.e.s des surfaces commerciales qui sont submergés par les délires stockeurs de gens obsédés par la farine, le sucre en poudre, le lait et le papier hygiénique. Les boulangers qui ouvrent chaque jour, se lèvent encore la nuit pour produire le pain; la propriétaire de la crêperie qui confectionne plus d’en centaine de crêpes pour l’EHPAD, la bouchère qui tient bon malgré une clientèle rare; le restaurant de ma rue qui fait des plats livrables à domicile… et bien da’utres . Eux  méritent aussi de applaudissements qui ne viennent pas. Eux sont dans la proximité, dans le quotidien dans l’ordinaire et leur sens du devoir passe inaperçu car jugé normal.

Pour tous les autres en première ligne dans les hôitaux, les SAMU, les labos je suis admiratif, sincèrement admiratif et leur courage m’impressionne. Admirables dites vous ? certainement mais cherchez ils sont vos voisin.e. s avec qui vous ne parlez jamais ou à qui vous dites rarement bonjour… ou que vous oubliez tout le reste de l’année. Les héros s’oublient très vite. trop vite. Sauf s’ils meurent. on leur rend hommage mais c’est trop tard. Bougez-vous cer leur faudra à tous s’inscrire dans la durée… car dans des mois rien ne sera définitivement réglé et l’ordinaire ne sera plus comme avant. Alors soutenez les !