Plus les jours passent et plus je me demande si j’aurai la force mentale pour reprendre un rythme de vie publique similaire à celui que je me suis imposé depuis plus de 50 ans. Les dizaines de milliers de réunions plus ou moins interminables où l’on passe à coté de l’essentiel pour des discussions vont vite me paraître insupportables. En fait la crise sanitaire risque bien de mettre en évidence le caractère obsolète de systèmes que l’on pensait essentiels. Je ne crois plus dans mon rôle de représentant d’une population locale oubliée.

Un exemple est fourni par le Parlement qui désormais fonctionne à effectif réduit avec une efficacité largement supérieure à celle de sa fréquentation dite normale. Inutile de se décarcasser pour passer à la télé lors des questions au gouvernement puisque un seul porte-parole par groupe politique suffit à faire avancer les dossiers. Personne ne souffre vraiment profondément du fait que des tonnes de textes écrits qui modifient des tonnes de textes déjà écrits n’occupe plus les travées. Les échauffourées sur les amendements n’existent plus. Le silence et donc le constat que l’essentiel est ailleurs.

On ne pond plus en effet depuis quelques temps de lois ne servant qu’à nourrir la machine à dogmes, la folie des normes et à règlements dont on voit à l’usage ce qu’ils produsient comme effets. Des centaines de spécialistes des décrets d’application qui souvent ont des années de retard sont donc confinés dans des taches différentes ou sans taches du tout ! La démocratie représentative a bien du mal à exister en temps de « guerre ». Elle est en panne. Elle aura du mal à repartir sur els mêmes bases.

Le confinement a mis également en évidence que le vrai pouvoir appartenait aux techno-structures. Elles s’organisent, se confortent, se soudent pour occuper l’espace laissé par le politique. L’État fait ainsi son grand retour en tentant de dissimuler ses insuffisances notoires comme il en a pris l’habitude par de la communication massive permettant de les noyer. Les annonces succèdent alors aux annonces accentuant le décalage avec le constat du terrain et décrédibilisant la parole politique. Le « global » et l’éloignement ressassés dans des déclarations institutionnelles abreuvant les télés perroquets, de statistiques, de graphiques, de ratios et de considérations mondiales, efface le « local » et la proximité qui deviennent pourtant essentiels. La seule réponse : c’est pas le moment d’en causer on verra plus tard !

Les problèmes concrets, réels, graves tombent comme toujours sur les « troupes » des collectivités territoriales livrées à elles-mêmes face à la colère de celles et ceux qui en subissent les conséquences. L’exemple des masques est révélatrice de cette confiscation de l’initiative locale au profit des grandes annonces nationales. Les tensions montent localement. Les révoltes se préparent. La violence social sera terrible dans une société où il faudra des années pour redonner confiance. Mais : on verra plus tard !

Des millions de personnes sont exposées alors qu’elles n’ont aucun lien avec le pouvoir politique national et vivent une crise moralement éprouvante. Elles se sentent ignorées, bafouées, mises en danger et se retournent vers celles et ceux qui assument la responsabilité dans la proximité de leur emploi. Inutile de vouloir le dénoncer avec elles ou avec eux : ce n’est pas le moment. On verra plus tard !

Des municipalités sont totalement à l’arrêt ou au minimum dans de situations ubuesques avec des maires désavoués par leurs électrice.eur.s qui continuent à exercer sans être redevables vis à vis de quiconque des actions menées ou de l’inaction caractérisée. Des équipes élues, motivées, prêtes à agir sont confinées dans les salles d’attente de l’action…et ne peuvent rien faire alors que les autres démobilisées sont dissoutes et réputées efficaces. Bien évidemment c’est d’une redoutable atteinte à la vie locale surtout dans le contexte actuel au niveau local où les inquiétudes surgissent de partout. Peu importe : on verra plus tard !

Une lueur d’espoir émerge dans cette chape de peur et de confusion qui s’abat sur le pays. Des formes de citoyenneté jusque là méprisées ou marginalisées s’organisent à l’insu du plein gré du pouvoir central. Les circuits courts de distribution de produits frais se révèlent bien plus efficaces que les appels à biner les carottes ou à ramasser les fraises faites par un ministre de l’agriculture en contradiction totale avec le message ressassé de rester à la maison. La leçon marquera c’est certain les esprits quand on reparlera de construire autre chose.

La mise en évidence que des réformes imposées reposant uniquement sur des considérations financières ne débouchent que sur le malheur humain aura un impact sur les modes de gouvernance. Il faut accentuer cette entraide. Il faut développer ces outils économiques nouveaux. Il faut redonner son sens à la proximité. Mais si j’en crois les augures : on verra plus tard !

Je n’ai plus l’âge d’attendre et je réclame le droit d’alerter sur ce que sera l’avenir immédiat si dès maintenant on ne commence pas à parler de ce qui nous attend dans quelques mois. Le Conseil National de la Résistance, au prix de la vie de ceux qui le composaient, n’a pas attendu la fin de la guerre pour réfléchir à une nouvelle ère républicaine. Ses valeurs ont été bafouées et détruites. N’est-il pourtant pas temps de réfléchir à l’après… On verra plus tard !