8 mai 2012 : les sentinelles toujours sur le qui-vive !

Mon discours du 8 mai à Créon :

 « La mémoire est la sentinelle de l’esprit » a écrit dans l’une de ses œuvres William Shakespeare. En cette journée commémorative de la signature à Berlin du traité de capitulation du régime nazi qui avait enflammé l’Europe et détruit toutes les valeurs humanistes d’un vieux continent justement oublieux de sa mémoire collective, cette phrase prend toute sa signification.

Je vous remercie en effet chaleureusement de jouer aujourd’hui les « sentinelles » sur le front dangereux de l’oubli. Votre présence nombreuse pour ce moment de partage collectif d’une date essentielle dans l’Histoire du monde constitue un réconfort en une époque où nous sommes asphyxiés quotidiennement par les gaz inodores et incolores, mais terriblement mortels, de l’opinion dominante. Il est tellement plus facile de renoncer, de s’endormir, d’être indifférent, de refuser de voir, d’entendre et d’échanger pour se contenter de certitudes portées médiatiquement, que je voudrais louer votre courage et votre motivation pour être à nos cotés en cette journée.

Merci à vous les représentants des associations d’anciens ayant traversé les guerres. Merci à vous porteurs de ces drapeaux tricolores du coeur qui ne s’agitent pas frénétiquement en gage d’un patriotisme partisan.

Merci à vous toutes et à vous tous qui tenaient simplement à passer du statut peu enviable de consommatrices ou consommateurs d’un jour férié à celui beaucoup plus valorisant de citoyennes ou de citoyens conscients de la valeur de ce rendez-vous avec notre Histoire.

Merci du fond de mon cœur d’irréductible instituteur soucieux de toujours ressasser que les valeurs républicaines sont aussi fragiles que les roses qu’il est indispensable d’arroser avec des souvenirs souvent tristes des moments clés de son existence.

Merci d’avoir compris que notre présent ne peut être dissocié de ce passé dont on ne mesure l’importance que quand on l’a oublié.

Le 8 mai 1945, il était tard, beaucoup trop tard, pour réparer justement les désastres causés par une idéologie ayant enflé grâce à la complaisance de femmes et d’hommes politiques qui l’avaient laissée prospérer pour leur seul intérêt.

Le renoncement à la défense des principes clés de la vie collective, aura été, à toutes les époques, un encouragement à l’éruption des pires instincts qui sommeillent dans les esprits les plus faibles. Des millions d’enfants, de femmes, d’hommes avaient payé dans d’atroces circonstances la complicité, la lâcheté, la férocité de gens réputés bien pensants. Pourquoi l’oublions nous si facilement pour céder aux sirènes des discours haineux et xénophobes ?

Il y a quelques semaines décédait Raymond Aubrac dont la formule essentielle réglant son existence a été : « résister, reconstruire, transmettre ». Quelle belle devise !

Le peuple de France n’a pas toujours eu la force dans son histoire de « résister » et encore maintenant une trop grande partie succombe aux vieilles lâchetés du racisme, de la stigmatisation, de l’exclusion et finalement de la haine institutionnelle.

Cette part grandissante de l’opinion (449 personnes à Créon il y a un peu plus de 15 jours) considère que céder aux propos xénophobes serait une marque de force ou de lucidité.

Pour l’avoir cru à la fin des années 30 du XX° siècle des majorités dites silencieuses ont creusé le tombeau de minorités courageuses, des « forts » ont étranglé les libertés, des « puissants » ont étouffé les consciences.

Avons nous à ce point perdu la mémoire pour ne pas réagir aux propos tenus sur des estrades fastueuses par des exploiteurs des peurs inconscientes ?

Avons nous perdu par ignorance la douleur de ces regards d’enfants, arrachés à leur mère, perdus dans la nuit et le brouillard de ces camps d’extermination massive ?

Avons nous encore dans nos consciences les regards vides de ces soldats venus d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, d’Afrique noire pour mourir dans l’hiver de la plaine d’Alsace afin que nous ayons des printemps heureux ?

Aurons nous le courage de « reconstruire » comme le souhaitait Raymond Aubrac ?

Nous l’avons eu à Créon dimanche dernier en choisissant avec la confiance la plus forte depuis que l’élection présidentielle au suffrage universel existe, un nouveau Président de la république.

En votant à près de 62 % en faveur de François Hollande, Créon a souhaité tourner la page d’une campagne électorale outrancière pour « reconstruire » Reconstruire un pays dévasté par les crises. Reconstruire de manière plus juste, plus accueillante, plus prospère, plus fraternelle. Pour résumer le vote des Créonnaises et des Créonnais je reprendrai une apostrophe terriblement réaliste de Tristan Bernard destinée à son épouse le jour où ils furent arrêtés pour partir vers la déportation : « Jusqu’à présent nous vivions dans l’angoisse, désormais, nous vivrons dans l’espoir. »

Depuis des mois nous vivions dans la crainte . Des familles, des personnes seules mais aussi des peuples vivent sur notre planète dans la crainte. Crainte du chômage, crainte de la faillite, crainte de l’arrestation pour celui qui espérait un avenir meilleur chez nous, crainte de voir les enfants ou les petits-enfants étudier pour rien, crainte de ne pas manger à sa faim pour certains, crainte de l’autre pour trop de gens, crainte de l’insécurité sociale pour des millions…

Depuis dimanche vous avez ouvert une fenêtre sur l’espoir, vous Créonnaises et Créonnais, habitantes et habitants de ce territoire qui avaient refusé de voir perpétrer des choix trop proches de ceux qui ont conduit à ce que le monde ait besoin d’un 8 mai ! Et ce n’est pas fini, ne baissez surtout pas la garde car le ventre fécond de la bête immonde de la haine va encore libérer, dans les prochains jours, ses idées dangereuses dans l’actualité façonnée autour de la peur et de la haine !

François Hollande saura, j’en suis certain, reconstruire la confiance, le respect, la simplicité, la fraternité sans lesquels la démocratie n’existe pas.

Merci à celles et ceux parmi vous qui ont suivi mon appel à l’espoir. Que celles et ceux qui auraient fait un choix différent sachent que je le respecte et que si «je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » selon la fameuse formule de Voltaire. La démocratie voulue par le Conseil national de la Résistance repose sur le respect, le partage, la liberté de penser et de parole !

En ce 8 mai soyons heureux de témoigner solidairement que, comme le voulait Raymond Aubrac pour « transmettre » notre confiance dans l’avenir reposant sur notre connaissance du passé !

Transmettre notre respect vis à vis de celles et ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions nous exprimer.

Transmettre notre espoir d’être capables solidairement de construire un monde meilleur ;

Transmettre notre confiance dans un avenir différent de ce passé que l’on voudrait nous faire oublier en nous replongeant dans des propos honteux.

Le 8 mai 1945 aura été inutile si nous recommençons les mêmes erreurs, si nous renonçons à dénoncer les atteintes aux valeurs républicaines essentielles.

Nous n’avons donc rien à faire d’autre que continuer à résister, encore et toujours résister, aux idées faciles, factices et fragiles !

Nous avons à reconstruire, sans cesse reconstruire, avec rigueur, méthode et patience !

Nous aurons à toujours transmettre, inlassablement transmettre, avec conviction, émotion et passion !

C’est à ces tâches que je vous invite dans les prochaines semaines pour que ce 8 mai 2012 entre encore dans l’Histoire.

Merci encore de votre présence et de votre attention !

2 réflexions au sujet de « 8 mai 2012 : les sentinelles toujours sur le qui-vive ! »

  1. BRAVO!!!!!
    Superbe discours!!!!
    Je suis fière de vous Mr le Maire…
    Tiens, je vous embrasse

  2. Contrairement à une idée communément répandue et reprise régulièrement, Voltaire n’a jamais écrit «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »
    Il ne l’a même jamais dit.

    A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, « The Friends of Voltaire », lui attribue « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    L’auteure voulait ainsi résumer la pensée de Voltaire dans l’affaire Helvetius (1715-1771), l’un des philosophes qui contribua à l’Encyclopédie et dont il prit la défense en raison des attaques virulentes de son livre « De l’Esprit » que Voltaire qualifia lui même de « Fatras d’Helvetius ».

    Selon le propre aveu de Hall, cette confusion résulte d’une coquille dans l’impression de son ouvrage dans lequel cette phrase est par erreur mise entre parenthèses.
    cqfd

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