Beaucoup se dopent d’abord au fric !

Dans le cadre de la première Université Populaire du vélo qui se déroulera le vendredi 20 et le samedi 21 juillet prochains à Créon, une carte blanche sera donnée à Hervé Mathurin, journaliste ayant suivi de très nombreux Tours de France, à Christian Grené qui a effectué quelques séjours sur la Grande Boucle et surtout à Christophe Bassons, ex-coureur professionnel qui a eu le courage de dénoncer le dopage qui a permis à Armstrong et à ses équipiers d’écraser la compétition. Il est certain que le débat sera captivant puisqu’il abordera une actualité désormais « traditionnelle » dans le milieu du vélo. Dommage d’ailleurs que ce sport véhicule cette image détestable, car il mérite beaucoup mieux. Le mal a des racines tellement profondes dans ce milieu du cyclisme que nécessairement il ressurgit chaque année. L’étrange course poursuite entre les « savants fous » qui inventent des procédés, et ceux qui ont en charge de les détecter pour les traquer et les dénoncer, relève du feuilleton scientifique. En fait, plus on cherche et plus vite on trouve…certains sports y mettent les moyens, d’autres ne font qu’effleurer le problème en se contentant des apparences, car elles se savent protégées. Les performances du sport ne peuvent pas sans cesse défier les constats sur la nature humaine. Certaines ne doivent donc absolument rien au hasard ou au travail ! La responsabilité de celui qui est interpellé est indiscutable, mais celle de son entourage est encore plus importante, car les processus sont devenus tellement dangereux et sophistiqués qu’il faut des spécialistes. Or, pour la première fois, on commence à taper sur des filières.

Trois collaborateurs de Lance Armstrong au sein de l’équipe US Postal, le docteur Luis Garcia del Moral, le préparateur Michele Ferrari et l’entraîneur «Pepe» Marti, ont été suspendus à vie, a annoncé par exemple l’Agence américaine antidopage (Usada). Del Moral, médecin de l’équipe US Postal, Ferrari, préparateur d’Armstrong et consultant de l’US Postal, et Marti ont été suspendus pour des infractions commises «dans le cadre d’un système de dopage organisé au niveau de l’équipe». Hier, sur le Tour, un coureur a été interpellé, mais deux autres personnes l’ont rejoint en garde à vue, ce qui tend à démontrer que là encore il s’agit de creuset ou de filière, parfois internationale, qui tente de « profiter » au sens propre, d’athlètes considérés davantage comme des sources de revenus. Il fut une époque, celle de la République Démocratique Allemande (RDA) où les objectifs étaient strictement politiques. J’ai en mémoire un séjour de l’autre coté du mur en 1967, où tout était fait pour imposer à l’Occident une reconnaissance d’un « État » factice via les victoires sportives… le système était le même, mais les objectifs étaient différents. Les laboratoires ne travaillaient que pour transformer des sportifs doués en faux sportifs surdoués… ce qui supposait l’emploi de méthodes que le Communisme présentait comme « scientifiques » et « maîtrisées ».

Bien évidemment, le monde capitaliste n’a jamais rechigné face à cette concurrence. Ce fut la surenchère, avec d’un côté des honneurs officiels et quelques avantages en nature (logement, salaire convenable, Stasi protectrice mais terriblement sévère) alors que de l’autre côté l’exploitation de l’homme par l’homme se traduisait par des contrats juteux, avec des sponsors qui devinrent, grâce à ces fausses performances, planétaires ! Les USA, le Canada, la Grande Bretagne, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, la France, l’ex-URSS et… depuis quelques années l’Espagne ont « produit » des vedettes « artificielles », comme dans le showbiz on fabrique avec quelques trucages le 33 tours estival d’une chanteuse ou d’un chanteur. Le sportif est devenu une marchandise, comme les fruits sur l’étal du marchand, brillant, gonflé, attirant et donc « vendable » à un bon prix ! J’ai aussi connu un journaliste sportif qui, sur le Tour, donnait en cachette, dans les années 1980, les ordonnaces d’un célèbre mèdecin bordelais aujourd’hui disparu, à des dizaines de coureurs qui lui faisaient confiance.  J’ai vu, dans un raid pédestre, le vainqueur s’isoler pour se piquer dans la cuisse, et gagner son poids en vin ! Le dopage est partout dans le sport, mais aussi dans la vie quotidienne, mais il n’est pas détecté ou pris en compte.

«Bannir ces individus à vie du sport est un puissant geste qui protège les générations d’athlètes, actuelle ou future, de leur influence et préserve l’intégrité des compétitions», s’est félicité le président de l’Usada, Travis Tygart après avoir décimé le staff de Armstrong. Sauf que ces trois personnes font partie des six, dont le multiple vainqueur du Tour de France, accusé de dopage de 1996 à 2011, soit durant la quasi-totalité de sa carrière. Il n’était pas le seul et peu ont payé, car ils n’ont jamais eu l’appétit de notoriété de celui que l’on surnommait le Cannibale. On trouve encore, sur la liste noire, un autre médecin, Pedro Celaya, actuel docteur de RadioSchack, et le directeur sportif Johan Bruyneel, actuellement chez RadioSchack, qui sont les autres accusés. Or figurez-vous que Di Gregorio, aujourd’hui pris dans la nasse, est passé la saison dernière dans cette équipe… mais bien entendu, ce sera un « acte malveillant isolé » qui aurait été prouvé par des écoutes téléphoniques, mais pas par des analyses. Pourvu que dans les autres sports on ne mette pas tous les champions sur écoute.